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L’installation des banu Israel

Nous avons vu précédemment comment en -1500 l’expulsion des hyksos, peuple asiatique semi nomade venu en immgration en Egypte, semble être l’evenement historique de l’exode, raconté dans sa version egyptienne.

Que deviennent-ils en Canaan ? Comment expliquer l’origine d’Israel mentionné en -1230 sur la stèle de Merenptah, peuple qui se sédentarisera à l’age du Fer I (-1200, -1000) dans la vallée du Jourdain ?

Une fois de plus la vidéo d’Allan Arsmann sur le sujet est interessante.

Historiographie

1925 – Théorie de l’infiltration
Albrecht Alt en 1925 propose une infiltration progressive des Israélites en Canaan, certains pouvant être passés par l’Égypte et ayant rapporté leur tradition particulière. Ce sont des peuples nomades ou semi-nomades qui arrivent sur une période étendue. Martin Noth y ajoute l’idée d’une fédération de douze tribus liées par un dieu commun et un lieu de culte. Elle est interessante en ce qu’elle formule l’importance de la religion dans la formation du peuple (ethnogénèse), et l’importance d’un apport nomade exterieur au peuple autochtone.

1940 à 1970 – Le modèle Albright-Wright de la conquête
C’est le modèle issu de l’archéologie biblique du milieu du xxe siècle. Albright et Wright aux États-Unis et Y. Yadin en Israël représentent le fer de lance de l’archéologie biblique sioniste dans les années 1940-70.

En se basant sur les fouilles d’Albright ainsi que sur la découverte par Wright d’une épaisse couche de cendre à Beitin, ils développent l’idée que la conquête de Canaan par les Israélites a eu lieu au 13e siècle en liant les destructions de Beitin, Hazor, Lakish.

Ce modèle est devenu obsolète, il est totalement remis en cause car il représente une conquête rapide et totale de Canaan qui ne correspond ni à l’archéologie ni au texte biblique. Les destructions qui leur servaient d’exemple ont eu lieu à des moments trop espacés pour faire partie de la même campagne. En particulier la destruction de Jéricho est bien trop précoce pour ce modèle.

1962 – Théorie de la révolte paysanne
George Mendenhall propose ce modèle en 1962. Selon lui, l’apparition d’un mouvement religieux rendit possible la révolte des paysans cananéens contre les collecteurs de taxe venus des villes. Ce serait l’apparition d’un petit groupe d’esclaves venant d’Égypte qui aurait permis le soulèvement de tout un pays contre ses rois. C’est un constat sociologique et culturel qui l’amène à cette conclusion. Cette idée est reprise par Norman Gottwald dans The Tribes of Yahwe, qui, au grand dam de Medenhall inscrit cette théorie dans une version plus marxiste de l’histoire. Gottwald sera sévèrement critiqué par Niels Peter Lemche, qui reprend l’idée de Medenhall, proposant les Israélites comme descendant des Apirous, mais en fait une évolution progressive, dépourvue de la dimension sociale.

Plus récemment, dans Moïse l’insurgé (résumé interessant, qui présente bien la vision de ce camps historiographique) , Jacob Rogozinski reprend cette thèse. “Pour lui, le « dispositif mosaïque », contrairement aux autres religions de l’Antiquité, n’est au service d’aucun pouvoir royal, mais au contraire porteur de l’idée que « les asservis ont la possibilité de se soulever contre leurs maîtres et de marcher vers une terre de liberté » .

Si ces théories vont assez loin, s’ancrant notemment dans la spécificité du Fer I et ses populations shasous et du conflit social des apirous avec les cités états, elles insistent beaucoup plus sur le caractère politique, important, que sur l’aspect religieux. Perdant la spécificité de la période de formation en Egypte, du conflit hyksos et de l’importance du désert et d’un Dieu nouveau. Elle réduise à un petit groupe isolé l’apport de l’exode.

1981 – Entrée en Canaan puis occupation tardive
Ce modèle, proposé dans différentes variantes (conquête à différents moments du Bronze récent, entre le xve et le xiiie siècle av. J.-C.) s’appuie sur une relecture des textes bibliques et les avancées de l’archéologie.

Le livre de Josué indique précisément que seules trois villes sont détruites pendant la conquête, sans toutefois être occupées par les Israélites par la suite : Jéricho, Ai et Hazor. Cette conquête aurait eu pour seul effet de tuer les chefs cananéens et une partie de la population. La Bible hébraïque raconte l’échec de cette conquête rapide et les difficultés des Israélites pour s’installer en Canaan, dans un conflit long, raconté par les egyptiens et les canaanéens dans les lettres d’El Amarna.

Pour John J. Bimson, la conquête correspond à la destruction de certaines villes cananéennes qui marque la fin du Bronze Moyen, tandis que l’histoire des populations nomades et tribales correspond au Bronze Récent. C’est définitivement la thèse qui sera défendue ici, nous expliquerons pourquoi ci dessous.

1990 à aujourd’hui – Théorie de la resédentarisation
C’est une théorie de Yohanan Aharoni, développée principalement par Israël Finkelstein et William G. Dever. C’est celle du “sionisme de gauche”, qui fait disparaitre la conquête et présente les banu Israel comme autochtones, le peuple canaanéen qui serait revenus après une periode de nomadisation. Ce qui est difficile à comprendre, vu qu’il y a continuité de l’occupation canaanéene à cette période.

Si I. Finkelstein est définitivement le grand chercheurs de la sédentarisation des banu Israel à partir du 12e siècle, ses travaux de vulgarisation ont fait beaucoup de mal, en présentant avec beaucoup de support médiatique une thèse qui sous pretexte d’archéologie fait disparaitre l’aspect religieux et politique, pourtant omniprésent, voyant le succès économique des Omrides (après -950) comme seul parametre interessant.

Le modèle repose sur l’idée que la population qui se sédentarise au Fer I est une population indigène, issue de la population cananéenne du Bronze récent. Israël Finkelstein s’appuie sur la similarité de la culture et des modes de vies du Bronze récent avec ceux du Fer I, également sur le fait que les villes du Nord retrouvent une culture cananéenne au 10e siècle. La continuité des cultures montre que la population se sédentarisant était déjà présente en Palestine pendant le Bronze récent.

D’après A. Mazar, les traditions cananéenne sont générales à toutes les populations du Fer I et ne pointent pas nécessairement vers l’origine cananéenne d’Israël. La Bible décrit également un mélange culturel, les Israélites adoptant les traditions de ceux qui les entourent. Cette théorie de la resédentarisation repose sur les Shasous, or, certains shasous ont émigré en Égypte, comme le Jacob biblique. Dans un document égyptien, leur territoire est nommé « Yahu ».

Résumé

Ce qui est prouvé archéologiquement, grâce à Finkelstein, c’est la sédentarisation des Banu Israel au Fer I, après -1200, après qu’Israel soit mentionné comme un peuple nomade sur la stèle de Merenptah. C’est la sédentarisation d’un peuple nomade dans les colines autour de la vallée du Jourdain.

Les différentes théories varient sur l’origine de ce peuple, dont on sait qu’il formera le royaume de David et Salomon plus tard (les thèses sur leur inexistance se sont effondrées).

Tout le monde se réfère à ce qui est connu auparavant au 14e et 13e : les populations nomades que sont les bédouins Shasous des textes egyptiens et les Apirous des lettres d’El Amarna. En insistant ou en réduisant leur importance. Certains lieux de culte, comme Shilo et Beth-El sont à la fois utilisés par cette population nomade des hautes terres et expressément mentionnés dans la Bible comme lieus de culte des Israélites.

La destruction des villes fortifiées en Canaan, lors passage du bronze moyen au bronze récent en Palestine, n’a pas d’autre explication historique que l’expulsion des hyksos (Ben Tor), la campagne egyptienne elle même n’a pas dépassé Sharuhen.

A partir de là, la société canaanéenne décline, mais devient culturellement plus prolixe. cette destruction ne va pas marquer la fin des canaanéens, mais leur chute progressive, en accord avec le texte biblique. Le livre de Josué ne parle pas d’une destruction massive, mais de trois villes détruites, puis l’installation et la repartition des terres entre les tribues. Les livres suivants décrivent la cohabitation difficile entre les canaanéens et les banu israel, dont un conflit religieux, et la permabilité des banu israel aux idoles canaanéennes, ce que confirme l’archéologie.

La civilisation cananéenne était particulièrement développée au Bronze Moyen, et formait un ensemble conséquent de cités-États fortifiées. De nombreuses villes, comme Hazor, la ville cananéenne la plus importante, Lakish, Jéricho, sont détruites à la fin du bronze moyen, dans ce qui est appelé un effondrement systémique,  daté au carbone 14 aux alentours de -1550. Ces cités sont rapidement reconstruites dès le début du Bronze Récent et connaîtront pour la plupart une nouvelle prospérité. Cependant ces villes ne sont plus fortifiées au Bronze Récent. Que se passe-t-il au XVe siècle dans l’archéologie canaanéenne ? Les villes à haute murailles (Jericho, Hazor, …) sont détruites et laissent place à des villes bien plus petites, sans fortifications. La culture canaanéenne change à ce moment. Le récit biblique ne raconte pas un conquète immédiate, mais seulement la destruction de trois villes canaanéennes : Jericho, Ai et Hazor. Puis l’installation des israélites dans les marges, en conflit avec les canaanéens.

Voici les dates de destructions généralement acceptées, telles que proposées par les personnes en charge des fouilles respectives des villes concernées :

Le schéma montre une première strate de destruction vers -1500 qui marque le passage du bronze moyen au bronze récent en Palestine. Les cités sont reconstruites, mais sans leurs murs. La période suivante est celle des lettres d’el amarna, qui relate un combat continue entre ces cités et les rebelles ‘apirous’, qui est le pendant egyptien du conflit raconté par les ‘hébreux’ dans le livres des juges. Et relate le combat culturel entre le polythéisme sédentaire canaanéen et les semi nomades monothéistes. Vers 1200 ceux-ci se sédentarisent puis fondent leur propre “royaume” vers -1000.

-1500 à -1200 L’émergence en Palestine d’une communauté de bédouins shasous dans les montagnes autour du Jourdain. On a une mention partielle d’Israel dans une stèle présente en Allemagne et surtout la mention des Shasous de Yahwah. On a aussi le témoignage des lettres d’el Amarna qui montre au 14e siècle des combats acharnés entre les cités canaanéennes et des bandes de “renegats” nomades qui les entourent. au 14e siècle conflit entre les apirous et les cananéens vassaux des egyptiens. Le terme “apirou” n’est pas un terme ethnique, mais social, ce sont des marginaux nomades en conflit avec les autorités (lire “gitans” donnera une bonne aproximation). si l’on regarde le texte biblique avec attention, c’est bien le terme “hébreu” qui est toujours pejoratif et donner par des étrangers aux banu israel (voir Nadav Na’aman, « Habiru and Hebrews, the transfer of a social term to the literary sphere »). On observe de nouvelles destructions, étalées dans le temps qui marquent la fin de la periode, canaanéennes, les villes seront par la suite occupée par les banu israel, façon campement d’abord, avec des puits, puis reconstruction.

-1200 l’archéologie parle de la sédentarisation de tribues nomades pré existante au 12e siècle. et on a avant la sédentarisation la stèle qui donne le nom d’israel a des nomades présents. donc le 12e siècle est un terminus “ante quem”, on a la preuve qu’ils sont déjà présents à ce moment. les canaanéens ont progressivement disparu. L’archéologie décrit au XIIe siècle la sédentarisation de tribues nomades !préalablement existantes!. La stele de merenptah décrit avant la sédentarisation la présence des banu israel comme popuilation nomade. au Xe siècle se forme le royaume de David. Arrivées des philistins en Palestine (qui lui donneront leur nom). Ce sont des peuplades grecques parti s’sinstaller sur toute la méditerannée, jusqu’en Egypte. Peut etre après la fin de la guerre de Troie. D’eux font partie le fameux Goliath.

1000 la fondation d’un petit royaume dont les fondateurs sont David et Salomon. Et du temple d’Al Quds.

Les banu Israel en Egypte

« Nous te racontons, en toute vérité et à l’intention des gens qui croient, une partie de l’histoire de Moïse et de Pharaon. Pharaon s’était érigé [en despote arrogant], sur terre, et avait divisé son peuple en castes (distinctes). Il opprimait l’une d’elles, dont il faisait tuer les enfants mâles, tout en épargnant les femmes. Il était vraiment de ceux qui sèment la corruption. Mais Nous voulions favoriser ceux qui avaient été opprimés sur terre et faire d’eux des exemples (à suivre) et des héritiers. Nous voulions les établir fermement sur terre et réaliser sous les yeux de Pharaon, de Haman et de leurs troupes ce qu’ils redoutaient tant de leur part. » (Coran 28:3-6)

Les hyksos, peuple asiatique semi nomade venu en immgration en Egypte. L’hypothèse développée ici, c’est que l’expulsion des hyksos est la version égyptienne et que le récit biblique est la version des banu Israel d’une même histoire. Depuis une immigration venue progressivement du levant, jusqu’à leur expulsion violente par Kamose. C’est la seule fois ou des sémites sont présents massivement en Egypte.

L’arrivée dans la vallée du Nil de bédouins sémite remonte a bien avant la période Hyksos proprement dite. Une immigration progressive de levantins vers l’Egypte, qui a un moment, pendant la seconde periode intermédiaire, devient majoritaire et s’autonomise.

Bien que l’origine levantine de ces dirigeants ne soit pas remise en question en raison de leurs noms, de leur architecture et de leur culture matérielle, ces résultats remettent en question le récit classique des Hyksos en tant que force envahissante. Au lieu de cela, cette recherche soutient la théorie selon laquelle les dirigeants Hyksos n’étaient pas originaires d’un lieu d’origine unifié, mais étaient des Asiatiques occidentaux dont les ancêtres se sont installés en Égypte pendant le moyen empire, y ont vécu pendant des siècles, puis ont régné sur le nord de l’Égypte. Le large éventail de valeurs dans l’assemblage de Tell el-Dab”a suggère que les non-locaux, que ce soit avant ou pendant le règne des Hyksos, ne venaient pas d’une seule patrie unifiée, mais d’une grande variété d’origines.Who were the Hyksos? Challenging traditional narratives

Ils ont des noms sémitiques comme Yaqoub-her ou Khyan (amorite?).

Plutôt qu’une « invasion », il semble qu’à mesure que l’autorité centralisée des rois égyptiens déclinait, les élites de Tell el-Dab’a augmentèrent leur pouvoir local jusqu’à ce que, par un coup d’État ou simplement un processus lent et pacifique, on voit l’installation d’un gouvernement autonome autour d’Avaris, que les egyptiens enregistreront dans leurs termes en 15 et 16e dynastie.

Les relations directes et intenses entre le royaume d’Avaris et le souverain de Kouch, mentionnées dans les stèles de Kamose, sont attestées par les découvertes de poteries de Basse-Égypte dans les cimetières de Kermac et dans les forteresses de Basse-Nubienne, des sceaux portant les noms de dirigeants asiatiques et des motifs Tell el-Dabaa ou cananéens trouvés dans des contextes Kerma en Nubie.

La ville d’Avaris

La ville d’Avaris, (qui deviendra bien plus tard Pi-Ramses, la capitale de Ramses II) est la capitale et le lieu principal de l’immigration levantine en Egypte.

Manfred Beitak est le responsable des fouilles de la ville d’Avaris. Il en propose un résumé ici, où l’on peut lire entre autres :

Située entre la branche la plus orientale du NIL et une branche latérale, Avaris était entourée d’eau et se trouvait au début de la route d’Horus vers le Sinaï et la Palestine.

Il semble y avoir eu des troubles plus tard, avec des statues brisées et des demeures abandonnées. Peu de temps après, un modèle de peuplement égalitaire est visible au sommet des manoirs et dans la ville de l’Est (zone A/II, phase G/1-3 (vers le 17e siècle). Les parcelles étaient vastes et les enterrements étaient effectués à l’intérieur des cours. Pendant cette période, le pourcentage de poteries de l’âge du bronze moyen importées et fabriquées localement est passé du niveau précédent de 16 pour cent à près de 20 pour cent, et peu après à 40 pour cent. Le processus d’acculturation aux normes égyptiennes non seulement s’est arrêté, mais il semble également y avoir eu une augmentation des traits et des attributs culturels cananéens.

Il existe des preuves de cultes cananéens. Un sceau cylindrique en hématite avec une représentation du dieu de la tempête de la Syrie du Nord Hadad/Ba’al Zephon date de la 13e dynastie et a été découpé localement. Dans la Ville de l’Est (A/II), un grand temple proche-oriental à larges salles a été construit, qui s’est développé peu de temps après, au cours de la phase E/3, pour devenir une formidable enceinte sacrée qui date probablement de l’époque du roi Nehesy du début 14e dynastie (vers 1720 avant notre ère). Le temple principal (III) (avec des dimensions finales de 32,5 × 21,5 m), avec un autel de feu devant, fut le premier sanctuaire à être construit. Comme les parallèles architecturaux les plus proches d’Alep, d’Alalakh et de Hazor étaient consacrés au dieu syrien de la tempête, il est probable qu’il était également la divinité titulaire de ce temple.

Sous la 14e dynastie, les animaux sacrificiels de la période Hyksos étaient des bovins, des moutons et des chèvres. Les os de porc, bien que pas rares dans les déchets des colonies, étaient largement absents. Il semble qu’une sorte de tabou du porc à des fins rituelles ait déjà été établi parmi les Cananéens vivant en Égypte.

Couches stratiagraphiques M-N
Amenemhet I (12e dynastie) a planifié une colonie, appelée Hutwaret, située dans le 19e Nome, vers 1930 avant JC. C’était une petite ville égyptienne jusqu’à environ 1830 avant JC, date à laquelle elle commença à se développer grâce à l’immigration des Cananéens (Levant âge du bronze moyen IIA). En 1800 avant JC, c’était une colonie commerciale beaucoup plus grande sous contrôle égyptien. Au cours des 100 années suivantes, l’immigration a accru la taille de la ville.[26] Des scarabées portant le nom de « Retjenu » (proche orient actuel) ont été trouvés à Avaris, datant également de la 12e dynastie (1991-1802 avant notre ère).[27]

Asiatiques entrant en Égypte à l’époque de Khnumhotep II qui régna entre l’époque de Amenemhat II et Sésostris III (12e dynastie – 19e siècle).

Couches stratiagraphiques G
Vers 1780, un temple dédié à Seth fut construit. Les Cananéens vivant à Avaris considéraient le dieu égyptien Seth comme le dieu cananéen Hadad. Tous deux dominaient la météo.[26]

Couches stratiagraphiques F
Vers 1700 avant JC, un quartier de temples dédiés à Asherah cananéenne et à Hathor égyptienne a été construit dans la partie orientale de la ville. À partir de 1700, la stratification sociale commence et une élite apparaît.[26]

Couches stratiagraphiques E
En 1650 les Hyksos arrivent et la ville s’étend jusqu’à 250 ha. On pense qu’Avaris était la plus grande ville du monde de 1670 à 1557 avant JC. Une grande citadelle fut construite vers 1550.[26]

Schéma de l’occupation de la ville. L’expansion a partir de l’immigration du levant commence bien avant la période Hyksos a proprement parler.

Une population levantine

La période hyksos proprement dite, de 1650 à 1530 commence avec des arrivées massives, constatables sur la strate E. Les travaux de Manfred Bietak montrent des liens dans l’architecture, la céramique et les pratiques funéraires cohérents avec une origine nord-levantine des Hyksos. S’appuyant particulièrement sur l’architecture des temples, Bietak montre de forts parallèles entre les pratiques religieuses des Hyksos à Avaris avec celles de la région autour de Byblos, Ougarit, Alalakh et Tell Brak, définissant la « maison spirituelle » des Hyksos : « à l’extrême nord de la Syrie ». et le nord de la Mésopotamie”. Le terme égyptien Retjenu suggère également une origine nord-levantine.

On pense qu’Avaris était la plus grande ville du monde de 1670 à 1557 avant JC. Cette ville, qui est un port sur le Nil avec accès direct à la mer, a des connections marquées avec la mer égée et la civilisation minoéenne, ainsi qu’avec le nord du levant comme on l’a vue. Ce systeme commercial méditerannéen peut être vue comme un précurseur de ce que fera par la suite la Phénicie.

Cet ensemble aussi se retrouve dans les textes : la légende d’Io, pélasge d’Argos “enlevée par des Phéniciens” et fécondée par Zeus, engendrant de là toute une descendance qui régnera sur l’Égypte… autant que la “Phénicie”, et la Crète (par Europe), prend tout son sens. De même que la légende égyptienne du Papyrus d’Astarté qui associe cette sombre période de domination étrangère au dieu levantin MARIN Yam. D’une certaine manière les légendes et l’association aux divinités, tout comme les filiations reconstruites dans le monde sémite, sont une façon de garder l’histoire des peuples.

Cependant ces immigrés levantins, dont le commerce maritime est Pendant ces 300 ans d’immigrations progressive, la ville a aussi acceulli des immigrés bédouins (la culture bédouine est largement attestée) de mésopotomie et probablement aussi des arabes. Une telle ville a forcement accueilli des marchands, des réfugiés (famines), des voyageurs, etc.


Le temple de seth

Pendant la periode Hyksos on note la présence d’un temple au Dieu Seth. Une version Hyksos de Seth, qui prend des aspects levantins est alors construite. Certains aspects font penser au dieu des tempêtes que sont les divinités principales teshub des hurrites, ou adad des amorites, ou peut etre encore le sumérien dumuzi. Vu la diversité d’origine des hyksos, il est possible qu’à travers le seth égyptiens, la population asiatique importe ses dieux suprèmes de leurs religions respectives. Les egyptiens accusent d’ailleurs les hyksos d’avoir “corrompu” seth. Le nouvel empire en fera le dieu des étrangers. Au cours de ce processus le dieu égyptien Seth a progressivement commencé à incorporer ces traits d’altérité religieuse et à assumer les caractéristiques à la fois mauvais et asiatique, également un dieu du désert.

La vidéo d’Allan Arsnann là dessus, mais il faut le corriger : ils n’adoraient pas Seth, ils ont traduit leur Dieu en Seth pour les egyptiens. Alla Arsnann fait trop de concordisme, en oubliant souvent de s’attacher aux différences, au modifications, aux prises de partis conflictuels à l’intérieur du systeme religieux antique. A l’époque des hyksos, (conc contrairement à son hypothèse) le serpent représente-t-il l’ennemi du dieu seth ? Moise le tenant dans sa main et en faisant un bout de bois semble plutot une remise en cause du serpent comme figure egyptienne, une maitrise de leurs symboles, réduits à rien. Il donne cependant des liens interessants, comme la destruction des idoles (d’après Flavius Joseph).

Apopi vs Seqenenre

Un dernier hyksos Apopi est un candidat interessant pour le Moïse historique. “”Le roi Apophis a choisi pour son seigneur le dieu Seth. Il n’adorait aucune autre divinité dans tout le pays à l’exception de Seth.” The Quarrel of Apophis and Seqenenre

Durant son règne long de plus de quarante ans, Apophi entre en guerre contre le roi thébain Seqenenrê Tâa.

« Qu’un messager aille vers le chef de la ville du Midi pour lui dire : Le roi Râ-Apôpi, (vie, santé, force), t’envoie dire : Qu’on chasse sur l’étang les hippopotames qui sont dans les canaux du pays, afin qu’ils laissent venir à moi le sommeil, la nuit et le jour»

La référence aux hippopotames est un detournement de la culture egyptienne, puisque celui-ci, une des représentations de seth, est aussi connu pour avoir tué le premier roi egyptien, Menes. Ce qui peut expliquer le malaise de Seqenre décrit par la suite. Ce roi a été tué violemment, probablement par une hache “duckbill” couramment utilisée par les asiatiques. Son premier fils meurt jeune. Pour le témoin de Jehovah Gerard Gertoux qui a fait de longues recherches sur l’histoire biblique, c’est le pharaon de l’exode. Moise, et l’exode, quelle évidence ?

La stèle de la tempête

La stèle de la tempête, écrite pendant le règne d’Ahmose marque une terrible tempête et ses conséquences sur l’Egypte. Celle-ci pourrait être liée à l’eruption de Thera et ses conséquences sur l’est de la méditerranée (voir A Storm in Egypt during the Reign of Ahmose), bien que des débats sur la chronologie continue à ce propos. Si l’on considère comme Gertoux qui appuie son analyse sur d’autres documents, comme lesTeaching for King Merikare (voir ref plus haut), que celle ci a lieu avant son règne, les dates commencent à se rapprocher, vers le début ou la mmoitié du 16e siècle.

Guerre

Kamose, le frère de Seqenenre va ensuite mener la guerre contre les hyksos et les chasser d’Avaris puis les combatre jusqu’à Sharuhen. Cependant aucune mention d’Apopi n’est faite dans ses campagnes.

Nous verrons par la suite que cette campagne et la fuite des hyksos correspondent au passage du bronze moyen II (-2000 a 1550) au fer ancien (1550 -1200) en Palestine, qui marque le début des conflits des banu Israel contre les cités états canaanites, suite de notre étude.

Y-a-t-il equivalence entre les banu Israel et les hyksos ?

Dans les textes bibliques, on ne parle pas encore d’un peuple à ce moment, mais simplement d’une famille qui va y trouver refuge. Au moment où le pouvoir égyptien commerce et est favorable aux étrangers.

La formation d’un peuple, une alliance de douze tribues autour du Dieu monothéiste, n’a lieu qu’avec Moïse. Au moment du conflit entre la population immigrée et un nouveau pharaon. Seqenenre puis Ahmose.

La Torah formule qu’une “multitude mélangée” (Ex12.38 : עֵ֥רֶב רַ֖ב) sort d’egypte. Le peuple est alors en formation, il se forme par cet évenement, avant de s’exiler de cette ville par le désert, vers Madyan. Il y a une alliance qui se forme dans la reconnaissance du Dieu de Moïse, qui rassemble, par le conflit avec le pouvoir égyptien, une multitude d’habitants, qui deviennent un peuple.

Si la présence sémite massive en Egypte fait de cette période la seule possible pour l’histoire des banu Israel en Egypte, il reste des questions a explorés:

  • ceux qui partiront avec Moise sont ils l’ensemble de la population sémitique ou une partie seulement ? y-a-t-il des conflits ou des différences entre eux ?
  • Comment comprendre les divinités Hyksos ? Dans les textes monothéistes Dieu est révélé à Moïse dans le désert de Madian, puis Moïse revient en Egypte. Le Seth/Adad des Hyksos est-il une figure hyksos de ce Dieu monothéiste avant Moïse ? Ou bien est il une forme des ba’al, les idoles moyen oriental de cette époque ?
  • Apopi n’aurait-il pas été associé à Seth, une divinité négative, par les égyptiens plus tard, pour décrire en mauvais termes le Dieu monothéistes des sémites ?
  • Qui est l’amalek en gueerre sur la voie du nord ? Une partie des hyksos, pourrait elle avoir été en opposition avec l’alliance des banu Israel qui s’enfuit ? ce que signifierait alors le probleme d’amalek sur la route du nord, un conflit entre les égyptiens de Kamose et une partie hourrite (indo européenne) des élites hyksos ? Un conflit interne aux hyksos est la théorie de cette vidéo https://youtu.be/As7DJIIUYCc?si=HSYOHdUHvqg_k6Uv&t=1009 et elle mérite d’être étudiée. La question des constructions en brique (mais qui ont lieu deux fois), y est également importante.

RAFANELLI : ÉCRIVAINE ANARCHISTE INDIVIDUALISTE ET MUSULMANE par Felip Equy

Article original paru sur “Socialisme Libertaire”.

Leda_Rafanelli Anarchisme
Leda Rafanelli (1880-1971)


« Leda Rafanelli est une figure particulièrement attachante du mouvement anarchiste italien. Elle fut écrivaine, journaliste, éditrice, individualiste, féministe, partisane de l’amour libre, anticolonialiste mais aussi musulmane, soufie, orientaliste et même cartomancienne ! La Biblioteca Panizzi et l’Archivio Famiglia Berneri-Aurelio Chessa (Reggio Emilia) qui possèdent les archives de Leda Rafanelli ont organisé en 2007 une journée d’études sur cette anarchiste et en ont publié les actes en 2008.

Leda est née en 1880 à Pistoia en Toscane dans un milieu modeste. En 1900, elle fait un séjour à Alexandrie en Égypte. Elle fréquente la colonie italienne et notamment Luigi Polli (1) qui lui fait découvrir les idées anarchistes. En même temps, elle s’enthousiasme pour l’islam et se convertit. Elle apprend l’arabe, elle le parle et l’écrit. Toute sa vie, elle gardera un mode de vie à l’orientale avec sa mystique, ses habits, ses décors, ses coutumes, etc. Bien qu’elle soit attirée par le nomadisme, elle vivra une vie de recluse. Elle arrivera à concilier un anarchisme qui est du domaine de la vie publique avec un islam qui relève du privé et de la vie intérieure. « Je suis anarchiste mais Allah sait que je crois en lui » (sic !). Sa vision de l’islam est une alternative au monde occidental dominé par la technologie, la déshumanisation et le règne de l’argent.

En 1901, elle rentre d’Égypte et s’installe à Florence. Ses premiers écrits sont édités : des brochures, La bastarda del principe (1904) et  Alle madri italiane (1905) ainsi qu’un roman Un sogno d’amore (1905). Elle participe à la revue anarchiste Il Pensiero animée par Luigi Fabbri (2) et Pietro Gori (3), deux figures importantes du mouvement italien. Ses sympathies vont vers le courant individualiste. Au cours de sa carrière d’écrivaine, elle a utilisé de nombreux pseudonymes : Djali, Zagara Sicula, Costantino Bazaroff, Étienne Gamalier, Ida Paoli, Nada, Sahara, Vega Monanni, etc.

Avec Luigi Polli qu’elle a épousé en 1902, elle crée la première de ses maisons d’édition, les éditions Rafanelli-Polli. Sont publiées la revue La Blouse et des brochures qui ont pour thèmes l’antimilitarisme, l’anticléricalisme, l’anti-autoritarisme, la lutte contre l’école et les prisons. La propagande vise la classe ouvrière et les femmes.

Leda a des convictions féministes déjà bien affirmées. Mais dans ses écrits, elle fait une différence entre la « donna » et la « femmina ». En tant qu’anarchiste, elle lutte pour l’égalité entre l’homme et la femme mais en tant que musulmane, elle croit au destin. Elle accepte que la femme demeure soumise aux lois naturelles comme la maternité.

En 1907, elle noue une relation sentimentale avec Giuseppe Monanni (4) qui durera une vingtaine d’années. Avec lui, elle participe à la revue Vir (« l’homme » en latin) (1907-1908) qui défend les idées philosophiques de Friedrich Nietzsche et de Max Stirner ainsi qu’à Sciarpa nera et La Libertà. En 1908, ils s’installent à Milan où ils fondent la Società editrice milanese puis la Libreria editrice sociale. Ils publient des brochures et collaborent à des revues (La Protesta UmanaLa Questione socialeLa Rivolta, etc.). Leur maison d’édition est sans doute la plus importante dans le milieu anarchiste d’avant-guerre. Le peintre Carlo Carrà (5) (avec lequel Leda aura une intense et brève relation amoureuse en 1912) dessine le logo et la couverture de plusieurs livres. Outre les œuvres de Leda, sont édités Pierre Kropotkine, Pietro Gori, Octave Mirbeau, Élie et Élisée Reclus, etc.

Leda joue un rôle important dans le mouvement individualiste milanais. Elle reçoit beaucoup dans son appartement à deux étages de la rue Monza qui est un véritable salon exotique avec tentures, tapis et tissus orientaux, brûleurs d’encens et images de la culture arabe. Les photographies la montrent souvent habillée à l’orientale. Quel que soit son âge, elle a la même expression, elle ne sourit jamais, elle semble un peu rêveuse.

Entre 1913 et 1914, elle a une relation sentimentale avec Benito Mussolini qui n’est pas encore un dirigeant fasciste. Il dirige alors le journal socialiste Avanti ! Elle s’éloigne de lui lorsqu’il prend des positions bellicistes. La correspondance de Leda et Mussolini sera publiée en 1946 par Monanni sous le titre Una donna e Mussolini. Il ne s’agit pas d’un livre politique mais de l’histoire de leur relation.

Pendant la Première Guerre mondiale, elle est anti-interventionniste et fait de la propagande contre la guerre. En 1915, elle publie notamment Abasso la guerra. Pendant que Giuseppe Monanni vit en exil en Suisse, elle reste à Milan avec son fils. Celui-ci est né en 1910, il s’appelle Elio Marsilio et a pour surnom Aini (« mes yeux » en arabe). Elle est aussi active dans le mouvement anticolonialiste. Elle s’intéresse au sort des Falashas, juifs éthiopiens pauvres, marginalisés et victimes d’ostracisme. En 1916, elle avait noué une relation avec Emmanuel Taamrat (6), un étudiant falasha.

En 1920 est créée la Casa editrice sociale qui publie des œuvres d’Errico Malatesta (7), Romain Rolland, Louise Michel, Georges Palante, Max Stirner, Luigi Fabbri, Charles Darwin, Eugène Sue, Friedrich Nietzsche, etc. Leda  continue sa participation à diverses revues : NichilismoUmanità nova et publie de nouveaux romans et nouvelles L’eroe della folla (1920), Incantamento (1921), Donne e femine (1922). Pendant la période fasciste, elle sort peu de sa maison qui sera perquisitionnée ainsi que les locaux de la Casa editrice. De nombreux livres seront brûlés en place publique. La maison d’édition doit fermer ses portes en 1926. Leda est surveillée, elle utilise des pseudonymes pour écrire.

En 1927, elle participe à la création de la Casa editrice Monanni qui jusqu’en 1933 publiera des romans et des textes philosophiques. Si la censure empêche la parution de textes anarchistes, la maison d’édition réussit quand même à publier des textes que l’on peut qualifier d’antifascistes. Le catalogue est impressionnant : Pierre Louys, Maxime Gorki, Jack London, Upton Sinclair, l’humoriste anglais P.G. Wodehouse (26 titres), les romanciers populaires Maurice Dekobra et Guy de Téramond,  Friedrich Nietzsche (11 volumes d’œuvres complètes), Han Ryner, etc. En 1929, elle publie sous pseudonyme un roman anticolonialiste L’Oasi : romanzo arabo. Ce texte paraît alors qu’en Libye, l’armée fasciste réprime un soulèvement de la confrérie soufie des Senoussis. Un certain nombre d’ouvrages publiés sont cependant saisis. La maison d’édition connaît des difficultés économiques et doit arrêter ses activités.

Entre 1934 et 1939, elle vit avec Adem Surur, un ascaro (soldat noir de l’armée italienne). Leur relation s’achève lorsqu’il doit partir pour l’Éthiopie. En 1938, elle écrit des nouvelles arabes pour les enfants dans le Corriere dei piccoli.

Après la Seconde Guerre mondiale, elle vit à Gênes. À la suite du décès de son fils, elle vit dans l’isolement mais continue à écrire dans Umanità nova ou Il Corvo. Elle écrit aussi des romans, des nouvelles et des contes, des pièces de théâtre, de la poésie et des textes autobiographiques et politiques qui n’ont jamais été publiés. Elle s’intéresse au bouddhisme. Pour gagner sa vie, elle pratique la cartomancie et donne des cours d’arabe. La zingara anarchica (« la gitane anarchiste » ainsi qu’elle se surnommait) meurt en 1971. »
 

★ À lire :

Leda Rafanelli : « donna e femmina » par Christine Guidoni. Dans la revue Chroniques italiennes, n° 39-40, 1994. Ce numéro est consacré aux Femmes écrivains en Italie : (1870-1920), l’article peut être lu sur Internet.

Leda Rafanelli-Carlo Carrà : un romanzo : arte e politica in un incontro ormai celebre par Alberto Ciampi. Venezia : Centro internazionale della grafica, 2005. 216 p. 16 €.

Leda Rafanelli : tra lettetura e anarchia édité par Fiamma Chessa. Reggio Emilia : Biblioteca Panizzi : Archivio Famiglia Berneri-Aurelio Chessa, 2008. 287 p. 16 €.
 

Felip Équy


★ Notes : 

1. Luigi Polli (1870-1922). Typographe, libraire, éditeur et conférencier.

2. Luigi Fabbri (1877-1935). Professeur, théoricien, il a collaboré à de nombreux journaux. Contraint à l’exil par le fascisme, il s’établit en Uruguay après avoir été expulsé de France et de Belgique. Il est l’auteur de Dittatura e rivoluzione.

3. Pietro Gori (1865-1911). Avocat défenseur des anarchistes et propagandiste. En exil à Buenos Aires (Argentine), il a participé à la création de la FOA (Federación obrera argentina).

4. Giuseppe Monanni (1887-1952). Éditeur, journaliste et propagandiste. Pendant la Première Guerre mondiale, il se réfugie en Suisse où il sera emprisonné à la suite de l’affaire des « bombes de Zurich ».

5. Carlo Carrà (1881-1966). Peintre futuriste. En 1911, il peint Les Funérailles de Galli l’anarchiste mais il est ensuite séduit par le fascisme.

6. Emmanuel Taamrat (1888-1963). Après ses études en Europe, il a été enseignant en Éthiopie. En 1930, il devient conseiller du négus Hailé Sélassié.

7. Errico Malatesta (1853-1932). En 1872, il est présent au congrès de l’Association internationale des travailleurs. Créateur de nombreux journaux, il a participé à des insurrections en Italie puis a vécu en exil en Grande-Bretagne. En 1919, il est l’un des fondateurs de l’Union anarchiste italienne.

L’énigmatique bolchevik de Jérusalem : les mémoires de Najati Sidqi – Salim Tamari

Le sujet de ces mémoires, Najati Sidqi (1905-1979), est presque oublié dans les annales du mouvement national palestinien : même au sein de la gauche, rares sont ceux qui se souviennent de lui. Pourtant, Sidqi fût une figure marquante du communisme palestinien et arabe. Leader du mouvement syndical, il a représenté le Parti communiste palestinien (PCP) au Komintern, a été l’un des rares socialistes arabes à rejoindre la lutte antifasciste en Espagne et a contribué de manière significative au journalisme politique et culturel de la gauche. en Syrie, au Liban et en Palestine. 

Aujourd’hui, grâce à l’édition méticuleuse de Hanna Abu Hanna – et à ses nombreuses annotations et glossaire – nous possédons un témoignage précieux de ce qui s’est passé dans les coulisses des activités partisanes syriennes et palestiniennes et un récit vivant de la façon dont les socialistes et communistes arabes vivaient dans le régime soviétique.

À différentes étapes de sa carrière, Sidqi a eu des contacts personnels (et parfois intimes) avec Joseph Staline, Nicolaï Boukharine (auteur de la Constitution soviétique) et l’un des fondateurs du Komintern, Jorge Dimitrov (le chef des communistes bulgares) , Dolores Ibaruri (la légendaire dirigeante du mouvement républicain espagnol), George Marchais (dirigeant du Parti communiste français) et avec Khalid Bagdash (le dirigeant kurde du Parti communiste syrien avec lequel Sidqi avait des différends chroniques et amers sur leurs évaluations divergentes de la situation). Islam et nationalisme arabe). Il a été témoin de l’arrestation et de l’exécution de Grégoire Zinoviev et de Boukharine, de la chute de Madrid aux mains des forces franquistes et de la montée du mouvement nazi à Berlin. Il fut également témoin oculaire de l’entrée de l’armée britannique en Palestine, de l’exil du roi Fayçal de Damas et de la sortie de l’armée française de Syrie et du Liban. 

L’un des aspects importants de ces mémoires est qu’ils mettent en lumière un aspect négligé de la vie politique à Jérusalem. Pendant la période du Mandat, la ville était connue pour les rivalités factionnelles entre les deux principales familles de Jérusalem (les Nashashibis et les Husseinis) et leurs partis politiques respectifs, ainsi que pour être le siège du gouvernement colonial. Mais, en général, la vie politique était le domaine de Haïfa et de Jaffa, avec leurs activités syndicales, leur politique radicale et leur journalisme de gauche. 

Sidqi met en lumière les premières apparitions de la politique de gauche à Jérusalem – et sa propre participation à celle-ci, d’abord dans le contexte des tentatives des groupes juifs radicaux de rompre avec le mouvement sioniste, puis dans la tentative des socialistes arabes d’« s’infiltrer » des regroupements traditionnels tels que les processions quasi-religieuses de Nebi Musa (voir extraits ci-dessous). Sidqi souligne également le degré de mobilité avec lequel les militants de gauche, et probablement d’autres militants, se déplaçaient d’une ville à l’autre et la relative facilité avec laquelle ils traversaient clandestinement la frontière vers la Syrie et le Liban. Quatre ans seulement avant la rédaction de ces mémoires, la Syrie, le Mont-Liban, la Palestine et la Transjordanie faisaient partie d’un seul domaine ottoman sans frontières entre eux. 

Sidqi a publié un fragment de ses mémoires « publiques » en 1968. Les mémoires actuelles sont censées exposer l’aspect « secret » et clandestin de son histoire politique. Pourtant, ils laissent de nombreuses questions sans réponse et plusieurs problèmes non résolus, que l’éditeur, lui-même un vétéran du socialisme palestinien, aurait pu clarifier. Par exemple, pourquoi le jeune Sidqi a-t-il rejoint le mouvement communiste dans les années 1920 alors que ses sympathies étaient clairement nationalistes ? Et pourquoi a-t-il été exclu du mouvement dans les années 1940 ? Pourquoi son frère aîné Ahmad, un militant du parti qui vivait avec lui à Moscou, est-il devenu témoin à charge contre Sidqi lorsqu’il a été arrêté par la police britannique pendant le mandat – un facteur crucial dans son emprisonnement ? Mais surtout, la dimension personnelle de la vie de Sidqi est absente des mémoires. 

Dans l’introduction d’Abu Hanna, nous apprenons de manière schématique la biographie de Sidqi, mais la propre interprétation des mémoires par le chroniqueur reste rigide et énigmatique. Tout se passe comme si son style de vie militant bolchevique clandestin l’empêchait de dévoiler ses pensées intimes par crainte d’une révélation posthume. Sidqi est né dans une famille de Jérusalemite de classe moyenne en 1905. Son père, Bakri Sidqi, était un professeur de turc qui rejoignit plus tard le prince Faisal dans le Hijaz dans la campagne contre le mouvement wahhabite. Sa mère était Nazira Murad, issue d’une importante famille marchande de Jérusalem. Najati a passé son enfance à Djeddah et au Caire, puis a déménagé avec sa famille à Damas lorsque Faisal a été proclamé roi. Au début des années 1920, il retourna à Jérusalem et travailla au Département des Postes et Télégraphes où il rejoignit le PCP naissant, alors dominé par des immigrants juifs d’Europe de l’Est et des sionistes de gauche. 

En 1921, il est envoyé par le Parti étudier à Moscou à la KUTV (l’Université communiste des travailleurs d’Orient), où il fait la connaissance du poète turc Nazim Hikmat et des membres de la famille Nehru. Sa thèse universitaire portait sur le mouvement national arabe, depuis la rébellion unioniste contre l’État ottoman jusqu’à la formation du bloc national. Cette courte thèse, jointe aux mémoires, jette un peu de lumière sur le type d’études menées à KUTV et établit Sidqi comme un érudit marxiste mineur (bien qu’il soit tout à fait possible de supposer, comme le suggère Abu Hanna dans son introduction, que le manuscrit disponible – qu’il a rassemblé en fragments provenant de trois sources différentes – est incomplet). 

À Moscou, Siqdi a épousé une communiste ukrainienne qui reste anonyme, sans visage et sans voix tout au long de son journal. Paradoxalement, la seule fois où on l’entend dans les mémoires, c’est lorsqu’elle est arrêtée par des gendarmes libanais lors d’une des escapades de la famille, alors qu’elle est voilée déguisée et ne baisse la tête qu’en réponse à leurs interrogatoires. De même, son fils et ses filles – dont l’une est devenue un éminent médecin en Union soviétique – ne sont mentionnés qu’en passant. 

Après avoir terminé sa formation universitaire, Sidqi retourna en Palestine – ou plutôt fut envoyé pour participer à l’arabisation de ce qui était essentiellement un parti juif. Dans les années trente, il fut arrêté par la police britannique et passa trois ans incarcéré à Jérusalem, Jaffa et Akka. Le Komintern l’a fait sortir clandestinement du pays dans les années trente à Paris où il a édité le journal arabe du Komintern, L’Orient arabe , qui était distribué clandestinement en Afrique du Nord et au Mashriq. Finalement, les autorités françaises ont fermé le journal, probablement en raison de son ton anticolonial en Algérie. En 1936, le Komintern envoya Sidqi mobiliser les soldats marocains contre Franco. (Au début de la rébellion fasciste, il faut le rappeler, une partie importante de l’armée franquiste débarquée à Malaga était composée de mercenaires marocains, tandis que la majeure partie des Brigades internationales qui combattaient aux côtés de la république étaient des volontaires européens de gauche. C’est dans ce contexte que le mouvement communiste avait intérêt à se rapprocher des Marocains). Siqi vivait dans les rangs du mouvement républicain à Barcelone et à Madrid, distribuant des tracts en arabe aux milices nord-africaines du mouvement fasciste. (On peut imaginer à quel point ces tracts étaient inefficaces, étant donné l’arabe palestinien de Sidqi et le faible niveau d’alphabétisation des troupes rurales marocaines de Franco). Au début de 1937, il fut envoyé en Algérie pour créer une station de radio arabe, sa propre idée, pour diffuser de la propagande anti-franquiste auprès des combattants marocains – une mission qui échoua pour des raisons inexplicables. À ce stade, le Komintern a ordonné à Sidqi de s’installer au Liban où sa carrière de journaliste dans les journaux de gauche a prospéré. 

C’est à cette époque que ses relations avec Khalid Bagdash sont devenues si tendues que Sidqi a finalement été expulsé du parti. Abu Hanna suggère que la principale raison de l’expulsion était son opposition au pacte de non-agression entre Hitler et Staline en août 1939, mais cela ne ressort pas clairement du propre récit de Sidqi. En fait, l’évaluation par l’auteur de ses divergences avec les partisans de Bagdash est symptomatique d’une naïveté politique frappante qui prévaut tout au long de son journal. Il affirme, par exemple, que l’accord a été bien accueilli par les partisans du parti parce qu’il signifiait un rapprochement entre le communisme international et le national-socialisme allemand ; il s’est opposé au traité parce qu’il s’agissait d’un « faux accord, destiné à faire gagner du temps [à Staline] » (pages 165-166). Il est plus probable que ce soit le contraire qui soit vrai : les communistes arabes pro-soviétiques ont soutenu l’accord, peut-être avec quelques hésitations, parce qu’ils voulaient donner aux Russes un sursis face à leur isolement mondial. Il est extrêmement improbable, comme le prétend Sidqi, qu’ils aient été favorables à l’affinité idéologique entre les deux mouvements. 

Finalement, Sidqi se présente comme un nationaliste arabe avec des sympathies socialistes. Sa rupture avec le Komintern et Bagdash ne l’a pas retourné contre la gauche. Il a plutôt poursuivi une carrière réussie dans la critique littéraire et la radiodiffusion au Liban et à Chypre. Au moment de sa mort à Athènes en 1979, il avait produit une douzaine de livres sur la littérature russe, des pièces de théâtre et des volumes de critique littéraire. L’un de ses livres, Un Arabe qui a combattu en Espagne, sur son expérience dans la lutte antifasciste, a été faussement publié sous le nom de Bagdash – un épisode qui a enflammé Sidqi contre Bagdash et le Parti. Un autre ouvrage Nazisme et Islam, qu’il a publié pour mobiliser les musulmans traditionnels contre le mouvement nazi, a été traduit en anglais et a reçu des citations des gouvernements français et britannique. Le livre est devenu un facteur décisif dans son expulsion du parti (p. 167) car – selon Sidqi – il s’appuyait trop sur des textes islamiques au goût de ses collègues laïcs du parti. Nonobstant ces réserves, les Mémoires de Najati Sidqi apportent une contribution significative à la littérature biographique palestinienne et offrent aux historiens un aperçu précieux des étapes formatrices du socialisme arabe et palestinien d’avant-guerre.

Le bolchevisme arrive à Jérusalem 

Dans les extraits traduits suivants de son journal, Sidqi retrace sa propre implication dans le mouvement bolchevique à Jérusalem dans les années 1920, alors qu’il était fonctionnaire dans le gouvernement mandataire. 

L’immigration juive en Palestine a apporté à ce pays des idéologies, des coutumes et un mode de vie en contradiction avec l’environnement arabe palestinien. Au début des années 1920, nous avons commencé à entendre parler du bolchevisme, de l’anarchisme, de Marx, de Lénine, de Trotsky et de Hertzl. Nous avons également rencontré des mouvements ouvriers parmi ces immigrants juifs, comme l’Histadrut – le syndicat des travailleurs juifs – la « Fraktsia », l’opposition de gauche au sein de l’Histadrut, le parti Poaleh Tsion et les Kibboutzim, les campements quasi socialistes des nouveaux les immigrants. 

Les immigrés de gauche commencèrent à s’agiter parmi les Arabes. L’une de leurs premières manifestations a eu lieu dans les rues de Jaffa lors du défilé du 1er mai 1921. Ils ont brandi des drapeaux rouges dans les quartiers de Manshiyyeh et scandé des slogans en hébreu et en arabe [cassé]. Les habitants arabes les regardaient avec émerveillement, incapables de comprendre ce que criaient ces ouvriers, ni ce qu’on attendait d’eux. 

J’étais à l’époque [1921] un jeune homme employé au département des Postes et Télégraphes à Jérusalem, qui était situé dans l’ancien complexe du consulat italien, en face de la banque Barclays aujourd’hui [1939], c’est-à-dire que c’était située aux frontières séparant les zones arabes des zones juives hors des murs de la ville. 

Le département des Postes comprenait des employés des deux groupes et d’une variété d’ethnies et de modes de vie. Vous observeriez des habitants locaux portant des vêtements arabes, des Juifs ashkénazes portant des manteaux de velours colorés et des chapeaux de fourrure ; Halutsim (« immigrants juifs pionniers »), hommes et femmes, portant des shorts ; Sépharades (Juifs arabisés originaires d’Espagne) ; et Kurgis – les restes des Juifs babyloniens exilés du huitième siècle avant JC. 

Dans le département, nous avions l’habitude de nous associer avec des immigrants juifs, soit comme collègues de travail, soit dans le cadre de relations sociales. Beaucoup d’entre nous fréquentaient un petit café derrière le bâtiment où se trouve aujourd’hui la banque Barclays. Il appartenait à un juif russe de constitution robuste, qui portait toujours un pantalon blanc surmonté d’une chemise noire, dont les boutons étaient ouverts sur l’épaule gauche. Il se rasait la tête avec un rasoir pour garder la tête fraîche pendant l’été, et avait une barbe taillée et une énorme moustache bouclée à la manière russe. La serveuse était une Polonaise blonde et séduisante, aux joues rougeâtres et aux yeux bleus. 

Dans ce café, mes amis et moi nous réunissions le soir et socialisions avec ses clients étrangers. Je me souviens de cette époque d’un capitaine tsariste à barbe blanche qui affirmait que les bolcheviks s’étaient emparés de son navire à Odessa ; et un jeune employé municipal dont le père était russe et la mère arabe ; un peintre immigré qui dessinait les clients pour quelques piastres ; une dame élégante qui revenait toujours sur ses biens immobiliers perdus en Ukraine, et des dizaines de jeunes immigrés qui achetaient de l’eau gazeuse pour étancher leur soif en été. 

Je me souviens dans cet environnement des débats fréquents qui tournaient autour de l’immigration juive et de la résistance arabe ; de la rébellion de Jabotinsky, de Tell Hai au nord de la Palestine… ; de la rébellion de Jaffa [1921] ; et des affrontements armés entre Juifs et Arabes à Jérusalem après que Jabotinsky ait conduit ses partisans au Mur des Lamentations. Beaucoup de ces débats étaient accompagnés de discussions idéologiques qui nous ont été traduites par ces immigrants qui connaissaient l’arabe familier. J’ai appris que le socialisme vise à établir l’autorité des conseils ouvriers, que l’anarchisme ne reconnaît pas l’autorité de l’État et qu’il vise l’autonomie gouvernementale du peuple par le biais des syndicats. J’ai également appris que le bolchevisme (nous n’utilisions pas le mot arabe pour le communisme – shuyu’iyya – à l’époque) a établi un État socialiste en Russie grâce à la révolution et à l’Armée rouge. 

Ces discussions m’ont paru étranges et plutôt éloignées de nos préoccupations locales. Nous étions alors préoccupés par l’avenir inconnu, par l’occupation britannique et par la Déclaration Balfour. De nos parents nous avons appris que les Britanniques et les Français étaient apparemment arrivés pour nous libérer [de la domination ottomane], que Lawrence était l’ami des Arabes et que la rébellion de [Chérif] Hussein ben Ali visait à établir un État unifié. Etat arabe. Nous avons grandi dans cette atmosphère… les hordes coloniales et sionistes s’emparaient de la Palestine, tandis que les doctrines internationales imprégnaient nos pensées impressionnables. Nous étions prêts à entendre n’importe quoi et à accepter n’importe quelle préposition pour lever le cauchemar de la nouvelle occupation qui a succédé à la domination turque. 

Au Café Postal, je me suis lié d’amitié avec un groupe de nouveaux immigrants russes appartenant à la Fraktsia et au Parti des travailleurs palestiniens. Leur propagande était centrée autour des thèmes suivants : 

Premièrement, le colonialisme britannique était l’ennemi à la fois des Juifs et des Arabes et sa politique était basée sur le principe « diviser pour régner ». 

Deuxièmement, ces immigrants juifs étaient composés d’une bourgeoisie aisée et de travailleurs pauvres, et le sionisme était un mouvement bourgeois qui ne profitait qu’aux juifs riches. Les travailleurs juifs ont intérêt à s’allier au socialisme international et finiront par se débarrasser de leurs maîtres. 

Troisièmement, les effendis arabes sont des opportunistes qui collaborent avec les autorités coloniales et ne sont pas fiables en tant qu’alliés. 

Quatrièmement, seul un parti ouvrier pour tous les Palestiniens sera capable de concilier les intérêts des travailleurs des deux peuples et de résoudre radicalement le problème palestinien. 

C’étaient des notions nouvelles et intrigantes pour moi, ce qui m’a amené à y réfléchir profondément. Certains de ces immigrants m’invitaient dans leur club derrière l’hôpital allemand de Jérusalem. Là, j’ai appris l’arrestation de leurs camarades en Égypte et la mort d’un des militants, un Arabe libanais, en prison après une grève alimentaire prolongée. Ils distribuaient un journal arabe – al-Insaniyya – publié à Beyrouth par Yusif Yazbek. Ils m’ont aussi donné un pamphlet en arabe du prince Kropotkine sur l’anarchisme. 

Nous nous retrouvions alternativement au club et dans la forêt de Shniller. De temps en temps, nous nous rencontrions dans les collines de Ratzbone. Un jour, fin 1924, alors que je n’avais que 19 ans, mes camarades m’ont demandé si je serais intéressé à voyager à Moscou pour étudier à l’université sans payer les frais de voyage, d’éducation ou de subsistance. Je n’ai pas hésité un seul instant à accepter cette offre. Ils m’ont demandé de préparer mon voyage dans un délai de six mois. 

J’ai commencé par prendre des cours particuliers de russe élémentaire auprès d’un jeune immigrant russe qui connaissait un peu l’arabe. Il m’a appris l’alphabet et quelques compétences conversationnelles rudimentaires. Durant cette période, le groupe m’a invité à sa conférence de la jeunesse à Haïfa, où j’ai été élu au comité central de la section jeunesse du Parti. Ce fut mon initiation formelle au mouvement bolchevique en Palestine. Depuis ce jour, je devais assister à toutes les réunions clandestines du mouvement et distribuer les tracts et brochures du parti. 

Durant cette période, je suis devenu actif dans le festival Nebi Musa. Cette célébration a été initialement créée par Salah ed Din al Ayyubi, en même temps que la fête de Nebi Rubin à Jaffa, dans l’espoir qu’elle rappelle aux gens les conquêtes islamiques. Les partisans du parti m’ont porté sur leurs épaules. J’avais un kuffiyyeh et un iqal comme couvre-chef et je portais des lunettes noires. J’étais élevé parmi les étendards des sectes religieuses, au milieu des tambours et des trompettes, des chants et des dabkes des villages. J’ai crié quelques slogans qui me sont venus à l’esprit. Les camarades ont brandi le drapeau rouge et un immense slogan saluant la lutte pour l’indépendance. Les manifestants étaient en délire et la nouvelle s’est répandue : les bolcheviks arabes sont arrivés !! 

Cet événement a conduit les autorités britanniques à lancer une campagne pour m’arrêter. Des informateurs diffusaient des informations contradictoires à mon sujet. Certains ont affirmé m’avoir vu couvert d’une abaya de femme, avec un voile noir sur le visage ; un autre prétendait m’avoir vu dans le quartier chrétien habillé en prêtre orthodoxe avec une barbe assez longue ; un troisième a dit que le mendiant qui dort dans la Porte Sombre menant au complexe du Haram est aussi un autre déguisement, et ainsi de suite. Toutes ces rumeurs ont obligé le CID à rechercher une photo de moi à jour. Ils ont amené une jeune connaissance à moi et lui ont demandé de décrire mes traits à un artiste policier. Ils ont distribué des copies du croquis au personnel de sécurité. En quelques jours, ils avaient arrêté un professeur d’école, un courtier immobilier et un vendeur de textile ambulant. Finalement, ils les ont tous relâchés.

Salim Tamari est directeur de recherche à l’Institut d’études de Jérusalem et président du conseil consultatif du JQF.

Article Original :

Les mémoires de Najat Sidqi, PDF en arabe :

Nazisme et Islam sont ils compatibles ? PDF en arabe :

Le facteur Dahlan – Joseph Massad

Par Joseph Massad

Note de la rédaction d’Intifada-Palestine.com : Le site Al Jazeera en anglais a une nouvelle fois retiré un article du professeur de l’Université Columbia Joseph Massad quelques heures après sa publication. L’article, “Le Facteur Dahlan”, est apparu pendant plusieurs heures sur le site de l’organe de diffusion basé au Qatar à ce lien mais il a été retiré plus tard sans explication (l’article complet est republié ci-dessous). [L’article n’est plus non plus sur le site ISM Palestine, et intifada palestine n’est plus. Retrouvé, je le poste ici pour conservation. D’autres articles sont présents sur electronic intifada à propos de Dahlan.

La résurrection récente de Mohammad Dahlan par plusieurs gouvernements arabes, Israël et les Etats-Unis est un développement très important pour l’avenir de la cause palestinienne, les négociations entre l’Autorité palestinienne (AP) et Israël et Gaza gouverné par le Hamas. Dahlan est considéré par de nombreux Palestiniens comme le responsable le plus corrompu de l’histoire du mouvement national palestinien (et les prétendants à ce titre ne manquent pas).

M ohammad Dahlan, au centre, entouré par l’ex-Premier ministre du gouvernement sioniste Ehud Olmert (à g.) et l’ex-ministre de la “Défense” Shaul Mofaz


Dahlan, faut-il le rappeler, fut l’homme de l’AP en charge de Gaza après la signature des Accords d’Oslo, où il commandait à 20.000 agents palestiniens de sécurité qui relevaient de la CIA et du renseignement israélien. Ses forces ont torturé des membres du Hamas dans les geôles de l’AP tout au long des années 1990.


Sa corruption, à l’époque, était telle qu’il aurait détourné plus de 40 pour cent des impôts prélevés aux Palestiniens pour son compte personnel dans ce qu’on a appelé le Scandale de Karni Crossing en 1997.

Dahlan, qui a été accusé à maintes reprises tant par le Hamas que par le Fatah d’être un agent du renseignement étasunien, israélien, égyptien et jordanien, a tenté de fomenter à Gaza un coup d’Etat organisé par les Etats-Unis contre le gouvernement Hamas démocratiquement élu en 2007, tentative qui s’est retournée contre lui et qui s’est terminée par son expulsion de la Bande (j’avais mis en garde contre ce coup d’Etat plusieurs mois avant qu’il ne se produise).


Un coup d’Etat simultané conduit par Abbas et ses forces de sécurité soutenues par Israël et les Etats-Unis en Cisjordanie a réussi à déloger le Hamas élu du pouvoir. Dahlan s’est replié dans ce bastion du pouvoir US et israélien, à savoir la Cisjordanie sous contrôle de l’AP, où il a commencé à tramer de nouveaux complots avec ses nombreux patrons pour saper non seulement le Hamas mais aussi Abbas, dont il enviait et convoitait le poste.


Les Américains et l’Union européenne (cette dernière sur ordre des Etats-Unis) ont commencé ensuite à faire pression sur Abbas pour qu’il prenne Dahlan comme adjoint, montrant clairement qu’ils aimeraient le voir succéder à Abbas. Abbas a résisté à la pression et a refusé.


Entretemps, Dahlan a été accusé par le Hamas et par l’AP d’ourdir des tentatives d’assassinat contre plusieurs responsables palestiniens, dont le Premier ministre Hamas Ismail Haniyeh et des ministres Fatah à l’AP. Des accusations qu’il a constamment réfutées. Sa participation dans l’assassinat par le Mossad d’un responsable Hamas à Dubai en 2010 [Mahmoud Abdel Raouf al-Mabhouh, ndt] impliquait que deux hommes appartenant à ses escadrons de la mort (arrêtés plus tard par les autorités de Dubai) ont aidé à l’opération, une accusation qu’il a également niée. Sa fortune personnelle fut prudemment estimée par un groupe d’expert israélien en 2005 à 120 millions de dollars.

La somptueuse demeure de Dahlan à Ramallah, dans le quartier chic de Maysoon


Lorsque les intrigues de Dahlan sont devenues trop évidentes pour être ignorées, Abbas l’a dépouillé du pouvoir et l’a chassé hors de la Zone verte de Ramallah en 2010. Il a déménagé dans l’Egypte de Moubarak et plus tard, après l’éviction de ce dernier, à Dubai (et à l’occasion en Europe) où il est resté jusqu’à sa résurrection récente par les héritiers de Moubarak qui siègent maintenant sur le trône de l’Egypte.

L’homme de tous les patrons

Le pouvoir de Dahlan réside dans son aptitude à servir les plans de plusieurs clients. Pour les Israéliens, c’est un homme assoiffé de pouvoir impitoyable et corrompu qui se soumettrait à toutes leurs demandes docilement s’il accédait au pouvoir à Gaza et en Cisjordanie . Les Américains et les Israéliens voient en lui un homme tout-à-fait disposé à signer, sans hésitation, un accord sous parrainage US avec Netanyahu.

Pour les Egyptiens et les monarchies du Golfe (on dit qu’il est en affaires avec un dirigeant du Golfe), il s’occupera de leurs intérêts et obéira à leurs ordres en éliminant toute résistance à une capitulation palestinienne finale à Israël imposée par les Etats-Unis et en supprimant le Hamas une fois pour toutes.

Pour les putschistes égyptiens, dont le coup d’Etat est la reproduction de celui de Dahlan à Gaza en 2007, à part qu’ils ont réussi, il les débarrassera du Hamas, qu’ils considèrent comme une extension du pouvoir des Frères musulmans, et il rendra leurs relations avec Israël encore plus étroites qu’elles ne le sont déjà. Le rôle le plus important de Dahlan, toutefois, est celui pour lequel les Américains ont besoin de lui, à savoir remplacer Abbas si ce dernier ne signe pas la reddition finale que Barack Obama et John Kerry ont concoctée sur ordre de Netanyahu au cours de ces derniers mois.

Exactement comme George Bush Jr et Bill Clinton ont mis fin aux services d’Arafat après que ce dernier se soit révélé incapable de signer la capitulation palestinienne finale exigée de lui à Camp David à l’été 2000 (une incapacité qui lui a certainement coûté la vie par Abbas ou Dahlan – ça dépend avec lequel des deux vous discutez – agissant sur ordre des Israéliens, et très vraisemblablement des Américains), Obama mettra fin aux services d’Abbas s’il ne signe pas la reddition commanditée par les Etats-Unis. Et même si Abbas signe un tel accord, dans la mesure où il approche de son 80ème anniversaire, Dahlan sera nécessaire, et prêt à prendre la relève après sa mort.

C’est dans ce contexte que de hauts gradés de l’armée égyptienne ont récemment visité Israël pendant toute une semaine tandis que la chaîne de télévision privée égyptienne Dream (appartenant à Ahmad Bahgat, un homme d’affaires allié de Moubarak) a diffusé un entretien avec Dahlan dans lequel il a attaqué Abbas, dans une nouvelle tentative de le délégitimer.

Dahlan s’est vu offrir le soutien de l’homme d’affaire égyptien de droite Naguib Sawiris (tristement célèbre pour avoir couper les lignes des téléphones cellulaires pendant le soulèvement égyptien en janvier 2011 sur ordre de l’appareil sécuritaire de Moubarak), qui a chanté les louanges de Dahlan (ainsi que ceux de Mohammad Rashid, alias Khaled Salam, ancien assistant d’Arafat et lui aussi fugitif et soupçonné de corruption et de détournement de fonds) comme l’un des hommes d’affaires les plus honnêtes avec lequel il a jamais travaillé et il a ensuite traité Abbas de “menteur”.

En effet Sawiris, qui a eu auparavant des investissements en Israël, est allé jusqu’à affirmer que si la Palestine avait eu “trois hommes” comme Dahlan, “elle serait maintenant libérée.”

Pendant ce temps, après des mois de fermeture des frontières avec Gaza et de harcèlement des Palestiniens en Egypte par les héritiers de Moubarak, la fille du défunt leader égyptien Gamal Abdel Nasser, Huda, a, comme ses autres frères et sœurs, rendu un hommage public abject au leader du coup d’Etat, publié une lettre au Premier ministre Hamas Ismail Haniyeh, l’accusant lui et le Hamas de terrorisme visant les soldats égyptiens dans le Sinaï.

En outre, la Syrie n’étant plus un refuge pour les dirigeants du Hamas en exil, les Saoudiens et les Emirats arabes unis resserrent leur poigne sur le Qatar, la nouvelle base pour la direction Hamas en exil et sponsor des Frères musulmans. Ils espèrent aussi que certaines des concessions que l’Iran consentirait dans le cadre de son nouveau modus vivendi avec les Etats-Unis comprendraient l’abandon du soutien au Hamas.

Le plan de prise de contrôle

Alors qu’un tribunal égyptien a récemment rejoint Israël et les Etats-Unis pour bannir le Hamas du pays et pour le considérer comme une organisation terroriste, et tandis que les Israéliens ont menacé ouvertement cette semaine qu’une invasion de Gaza serait nécessaire, le plan de prise de contrôle par Dahlan avance lentement mais sûrement et est considéré comme une telle menace qu’Abbas a envoyé ses partisans et ses petits copains dans les rues de Ramallah pour prouver aux Américains et aux Israéliens qu’il jouit toujours d’un large soutien en Cisjordanie .

La compétition entre Abbas et Dahlan est essentiellement une lutte dans laquelle chacun veut montrer qu’il peut être plus servile aux intérêts israéliens, américains, égyptiens et du Golfe, tout en maintenant sa légitimité et son contrôle total sur la population palestinienne.

Les détails du complot ne sont pas clairs. Ils pourraient comprendre l’invasion de Gaza depuis l’Egypte et Israël (et les responsables égyptiens ont déjà menacé de lancer une telle invasion il y a quelques semaines), une sorte de coup d’Etat en Cisjordanie , et même les assassinats de Haniyeh et/ou d’Abbas.

Pour le moment, tous les paris sont ouverts puisque Abbas, comme Arafat avant lui, fait preuve d’une obéissance totale aux diktats étasunien et israélien et qu’il ira beaucoup plus loin que n’est allé Arafat, mais il ne comprend que trop bien qu’il perdrait toute légitimité et contrôle s’il signait la capitulation humiliante finale que les Etats-Unis et Israël exigent de lui. Dahlan bien sûr n’aura pas ce genre de problème.

Quant au Hamas qui, contrairement aux Frères musulmans, est un mouvement de résistance et non un parti politique, on ne peut pas le rafler ou l’écraser si facilement, et l’entrée de Dahlan à Gaza, et en Cisjordanie , entraînerait une guerre civile qui pourrait à nouveau se terminer par sa défaite, à moins d’une invasion israélienne de toute la Bande de Gaza pour le ramener au pouvoir (Dahlan a également été accusé par l’AP de collaborer avec les Israéliens lors de leur invasion de Gaza fin 2008 et a récemment été accusé d’avoir aidé la contre-révolution en cours en Egypte

Le même scénario serait reproduit en Cisjordanie .

L’avenir du peuple palestinien est en danger et les ennemis des Palestiniens les cernent, à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine. Des plans Obama-Israël-Egypte-Golfe pour liquider leur cause et leurs droits se trament en ce moment.

Cependant, tout comme les dirigeants palestiniens corrompus du passé n’ont pas réussi à liquider les droits des Palestiniens et leur cause, le pari israélien et étasunien sur le cheval Dahlan ne fera que décupler la conviction du peuple palestinien et de ses partisans que la résistance palestinienne ne cessera qu’après la liquidation finale du racisme d’Etat et du colonialisme israélien dans toutes ses manifestations sur l’ensemble de la Palestine historique.


(1) Dans un article intitulé “L’émigration, la dernière menace au droit au retour des Palestiniens“, son auteur Qassem Qassem révélait le rôle du couple Dahlan dans une campagne dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban pour les pousser à émigrer. ISM-France, 4 mars 2014 (ndt).

Source : Intifada Palestine Traduction : MR pour ISM

Marche et recueillement pour la terre et l’eau à Sainte-Soline

Attentats de 2015 : L’Etat fait des perquisitions arbitraires, violentes et humiliantes en visant des musulmans au hasard pour les punir collectivement et donner un signal populiste de fermeté au reste de la population française. Il a dissout par la suite les organisations de défense des droits comme le CCIF, mais aussi des écoles et associations musulmanes en agitant le fantasme du séparatisme. En ce moment-même la justice emprisonne par groupes entiers des lycéens qui n’avaient pour seul tort que de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment lors des révoltes des quartiers suite à la mort de Nahel Merzouk à Nanterre. 

Les événements récents nous enseignent que ce qui arrive aux musulmans en tant que minorité arrive ensuite à l’ensemble de la population. Toutes ces violences et cette répression touchent maintenant sans distinctions nos concitoyens qui se mobilisent pour la justice sociale et l’environnement. À Sainte Soline, la violence de l’Etat s’est abattue cette fois sur nos frères et sœurs en humanité qui se battent pour la protection de l’eau et de la terre.  Grenades explosives et assourdissantes, fusil LBD autrefois expérimentés sur les Palestiniens avant d’être généralisées aux banlieues françaises et aux Gilets Jaunes… L’arsenal de la répression a fait des morts et de graves blessés dont certains viennent de sortir du coma. Pour les autres c’est la prison, les poursuites judiciaires et la censure qui s’ajoutent à la dissolution des Soulèvements de la Terre.

« La corruption s’est manifesté sur terre et dans la mer à cause des actions des êtres humains. De sort qu’ils expérimentent les conséquences de leurs propres actes, et dans l’espoir qu’ils se tournent vers leur nature véritable”.     Sourate Ar-Roum. Verset 41.

Après ce traumatisme collectif, nous éprouvons pour certains un besoin de recueillement et de prière. Individuellement dans la salât et dans les dou’as bien sûr, à la maison ou à la mosquée. Mais aussi collectivement sur place à Sainte-Soline où s’est déroulée la bataille de l’eau en mars 2023. C’est pourquoi des membres du collectif Attariq répondront présents à l’appel du Comité pour une journée de recueillement le 9 septembre 2023 de 13h à 18h.  

« Nous faisons descendre du ciel de l’eau, en mesure exacte, puis nous l’entreposons dans le sol. Certainement, nous pouvons la laisser s’échapper. Avec elle, Nous avons produit pour vous des jardins de palmiers et de vignes, dans lesquels vous avez des fruits abondants et desquels vous mangez ».        Sourate Al Mou’minune – Versets 18-19.

Nous refusons la destruction irréversible du cycle de l’eau qui a des conséquences catastrophiques sur les nappes en profondeur et les sols qui nous nourrissent. La gestion de l’eau par les bassines a pour cause et conséquence son accaparement par une poignée d’industriels et d’en interdire l’accès aux paysans modestes dans une période où elle vient à manquer. L’eau a un caractère sacré, mouharam, car c’est le moyen de la vie sur terre. Aussi c’est un droit fondamental, un commun, qui devrait être l’occasion d’un waqf, d’un moyen qui y donne un accès commun, ancré dans le cycle de l’eau. Comme le renflouement des nappes phréatiques.

Musulmans, nous marcherons aux côtés de représentants d’autres traditions philosophiques ou religieuses en silence au départ du village de Sainte-Soline. Nous irons sur place pour honorer à notre manière, dans la tradition musulmane les personnes mobilisées à Sainte Soline contre le vol de l’eau par les riches propriétaires. Pour appeler à faire sur place un waqf, un projet qui refasse de l’eau un bien commun. Prier pour que Dieu nous guide pour trouver des solutions à ce problème fondamental de l’eau, prier pour l’arrêt des grands projets inutiles qui saccagent les écosystèmes, pour l’arrêt de la destruction de la terre et des peuples par l’intérêt capitaliste.

Besoin d’infos ? Envie de nous rejoindre ? Écrivez-nous à comite9sept@proton.me

Appel rédigé par des membres mobilisés du collectif Attariq

Le Ramadan et la réification du football

Il y a tellement de présupposés derrière le discours sur le ramadan au football, on va essayer d’en debunker quelques uns.

1. L’efficacité

Le plus gros argument, qui devrait faire le plus réagir, c’est celui de la forme physique. Un joueur perdrait de sa forme et serait moins bon. Quelques dixièmes de perdu sur la course justifient des lois (réglements) liberticides. Le joueur est donc un ouvrier à la chaine, astreint à la productivité. Le but c’est de gagner (et donc faire du fric), pas de jouer ou regarder un bon match. Sa vie doit s’articuler là dessus, sur sa fonction. Le fait que certains excellent (Benzema) pendant le ramadan est un bon argument, parce que jouer, ce n’est pas que des stats, c’est aussi un état d’esprit, le calme dans la tension, et que l’esprit lui n’est pas quantifiable. Donc les commentateurs qui pensent qu’une equipe de joueurs doit être gérées dans un tableau excel ou dans une simulation style jeux vidéo ont tout faux. Mais ce n’est pas l’essentiel, la vie ne s’arrete pas au système technicien marchand, et la façon dont l’individu y est pris au piège.

2. L’autorité

L’entraineur décide, l’état légifère, la fédération réglemente. Le joueur se soumet. Pourquoi ce n’est pas la fédération des joueurs, ou l’equipe, qui décide de comment ils veulent jouer ? On nous accuse régulièrement d’être soumis à un ami imaginaire, mais dans les faits les soummissions concrètes sont tellement ancrées dans l’inconscient colletif qu’elles en deviennt obligatoires. C’est totallement anti démocratique, et il conviendront de laisser les joueurs, ceux qui font, décider. Ce qui parait insensé dans un tableau excel est logique dans la prise sur le réel : celui qui fait comprend les enjeux. Là disparaissent les fantasmes sur la nutrition au profit de la réalité de la pratique et de qui est important.

3. Disparition du cadre idéologique

Les commentateurs n’ont aucune idée qu’ils sont mobilisé bien plus par les enjeux du discours franco français qui leur paraissent “le cadre naturel” que par les résultat. Il suffit de dezoomer pour voir que ce n’est un problème qu’en France. Aucun d’entre eux n’a la conscience que discours anti religieux, reification, soumission à l’argent, racisme et autoritarisme fonctionnent ensemble pour réaliser notre intégration dans le tissu économique en tant que maillons privés d’existence, sous une apparence de réalisme. Le cadre imposé leur parait être le réel, et ça c’est dangereux, parcequ’ils font vivre cet aveuglement idéologique.

Voilà quelques billes pour montrer que cette énième version de l’islamophobie véhicule le même discours autoritaire (totalitaire dans leur langiage ?), qu’elle révèle en fait surtout la corruption de la FFF avec ses problèmes d’argent et de harcelement sexuels, corruption masquée par sa soumission au pouvoir politico économique et sa capacité à propager encore et toujours les pratiques racistes de controle de la population.

La Justice des Larmes

/ COLLECTIFANASTASIS

[NDLR : Un très beau texte de nos camarades du Collectif Anastasis qui trouvent une fois de plus les mots justes tout en refusant les pièges tendus par les affects médiatiques. Ce texte est une invitation à la Compassion comme corrolaire nécessaire à la recherche de vérité et de justice. Mais aussi un rappel sur nos failles, nos indignations sélectives qu’il faut comprendre et dépasser.]

Dans sa prière, Saint Ephrem le Syrien demande à Dieu « Ne m’abandonne pas à l’esprit de paresse, de découragement, de domination et de vain bavardage ». Il est difficile, lorsqu’on s’essaie à mettre des mots sur ce qu’il s’est passé le 7 octobre dernier en Israël et Palestine de ne pas tomber dans ces quatre écueils. Mais il est difficile aussi de rester muet au milieu d’un déferlement médiatique qui ne clarifie pas les événements mais, souvent, les obscurcit encore davantage tant il est pleinement partie prenante de la guerre en cours. 

Or chercher des mots justes pour saisir la situation n’est pas un maniérisme : c’est chercher à être, autant que possible, de plain-pied avec ce qu’il se passe là-bas depuis notre vie ici, c’est-à-dire refuser que « là-bas » reste dans l’abstraction, et affirmer qu’il nous concerne pleinement et à divers titres. Ephrem nous donne peut-être à cet égard une piste sur la nature de ce qui se joue et la juste attitude à adopter lorsqu’il demande à Dieu de lui accorder « l’esprit d’intégrité, d’humilité, de patience et de charité ». Car ce que nous révèle ce 7 octobre depuis le point de vue, limité mais qui est le nôtre, de l’opinion publique occidentale, c’est peut-être une crise de la compassion. 

La vision des crimes commis par le Hamas sur des innocents Israéliens, en particulier sur des personnes âgées et des enfants, est insupportable. Elle suscite en nous, à juste titre, la colère, le dégoût, le désespoir et la peur. Elle vient aussi nous marteler, en creux, cette question : où était est ton cœur toutes les autres fois où ont été tués, sous tes yeux, des vieillards et des enfants innocents Palestiniens ? Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit nullement de nourrirune « compétition entre victimes » ou de s’essayer à la confection d’une odieuse échelle des crimes permettant de relativiser les uns par rapport aux autres. Mais de remonter à la source de notre juste colère : dès qu’une vie humaine est détruite, c’est une singularité absolue, voulue par Dieu comme telle, qui disparait de la Création. Chaque vie humaine est un absolu et doit être pleurée en tant que telle. Il y a de la justice dans les larmes aussi. 

Or c’est de cette justice dans la compassion dont nous avons manqué affreusement lorsque nous nous sommes collectivement accoutumés du « conflit israélo-palestinien » et de sa morne litanie de morts, qui n’a pas commencé ce terrible 7 octobre et qui se continue aujourd’hui par les bombardements sur Gaza – lesquels ne détruisent pas des « masses » indifférenciées, parfois même animalisées, mais des vies singulières, pleines et complexes, dignes. Cette date nous invite peut-être à ne pas être « paresseux » en matière de compassion, à ne pas nous « décourager » face à une situation enlisée et semble-t-il parfois inextricable, à ne pas non plus faire de ce qui se passe là-bas un objet de voyeurisme ou de « bavardages ». Mais à considérer chaque vie humaine comme égale et infiniment digne de compassion, et à élaborer l’attitude politique la plus juste en conséquence.

Lien vers l’article : https://collectif-anastasis.org/2023/10/12/la-justice-des-larmes/

YaSin – Premier passage (1-12)

Présentation synthétique des parties

La première partie (1-7)

Premier morceau (1-4)

La sourate YaSin commence par les deux lettres liminaires qui lui donnent son nom. Dans le Coran, ces lettres sont toujours suivies d’une évocation de l’écrit, à l’exception de la sourate Maryam. Ici, les deux lettres YaSin et l’invocation du Coran sont réunies pour former le premier segment de la sourate. De plus ces deux membres prennent la forme des deux types d’invocations qui peuvent faire l’ouverture des sourates : les lettres liminaires (« ya sin ») et un serment introduit par ‘wa’ (« par le Coran sage »).

Le second segment confirme Muhammad en tant que messager. ‘Inak’ prend ici le sens de « certainement », de confirmation divine. Le parallèle entre les deux membres est fait sur l’idée du chemin (messager, voie), fil qui reviendra tout au long de la sourate. Muhammad est envoyé de Dieu vers l’homme, tandis que « le chemin droit » mène l’homme vers Dieu. Le Prophète avance sur cette voie dans les deux directions.

L’expression « Le Coran sage » annonce les deux membres du second segment, le « Coran » est le message apporté par le prophète, et « la sagesse » est ce qui guide l’action, donc prépare la « voie droite ». Ainsi le serment du premier segments introduit et confirment l’affirmation du second. Muhammad est bien messager car il transmet et suit la ‘voie droite’ vers Dieu, qui est l’objet du message/Coran. C’est l’unicité, entre le Coran et son porteur, le fond (la voie droite) et la forme (le Coran, le messager) qui est exprimé par la forme structurelle de ces quatre versets. Si un sens est à chercher pour les deux lettres Ya Sin, il pourrait se chercher dans cette structure. Sont-elles la forme du Coran, comme la voie droite est la forme du messager ? D’autres indices de cette énigme seront peut-être trouvés plus tard dans la structure globale du Coran.

Second morceau (5-7)

Le premier segment (5-6) décrit la finalité de la descente et donc du rôle du messager. Suivant le sens de « ma » (6a) deux sens sont possibles pour la phrase et donnent deux aspects, négatifs ou positifs, du verbe « avertir »[1]. Nous verrons plus loin comment la sourate Al Baqara donne un éclairage sur ces deux sens. Le membre 6a construit la symétrie entre le peuple et ses pères, marquée par la répétition de « avertir », verbe et complément. Cette symétrie organise le rapport avec les membres externes 5 et 6b par la logique syntaxique (5=> ‘lam’ 6a; 6b => ‘fa’ 6c )  différemment que par le sens (« descente » liée « aux pères » ; « peuple » avec « insouciants »). Elle fait de ce segment une structure très imbriquée et très cohérente, autour du pivot central (et d’un retournement au centre).

Le second segment est plus concis et plus énigmatique. 7a est aussi construit sur un verbe et son complément. Que signifie « la réalisation de la parole sur eux » ? Est-ce la cause ou la conséquence de leur incroyance ?

Le morceau est construit par la forte symétrie entre les versets 6 et 7, construits sur la même forme (verbe, complément, conséquence). La répétition de « alors », sa même ambiguïté sur la cause et la conséquence, ainsi que la rime qui relie l’insouciance et l’incroyance mettent en valeur le lien, et donc la différence entre les deux segments. Qui sera exprimée par la reprise du Coran comme terme initial de chaque segment : dans le premier la « descente » tente de remédier à l’insouciance du peuple, dans le second au contraire, cette « parole » confirme que cette insouciance est incroyance.

La différence subtile entre ces deux états donne au texte sa dynamique : l’action de la parole provoque le changement. L’état du peuple est révélé et changé dans le second. La parole opère une division : le premier segment considère le peuple comme un ensemble, incluant ‘ses pères’, le second créé une fracture entre des individus, et ne concerne plus que « la plupart d’entre eux ». Il y a donc un reste implicite, que l’on retrouvera plus loin. L’expression « s’est réalisée » implique subtilement une menace qui pourrait lier l’avertissement du peuple mecquois et les destructions des peuples précédents racontées en plusieurs passages du Coran.

Considérons la seconde traduction :


Dans cette traduction « Alors (fa) qu’ils sont insouciants » serait la raison de l’invitation, en mémoire de leurs pères. Dans ce cas ils sont insouciants malgré l’appel de ces derniers que renouvelle le Coran, qui serait alors un rappel, confirmant un avertissement reçu précédemment.[2] J. Berque dans sa traduction du verset s’étonne par exemple que « leurs pères » inclut Abraham, qui connaissant déjà Dieu.  On trouve justement dans la sourate Al Baqara un appel d’Abraham :

 
124. Le Seigneur lui dit : Je t’ai établi pour les humains comme direction. « Et parmi ma descendance ? » demanda-t-il. Ma promesse, dit Allah, ne s’applique pas aux injustes. (…) 126. Le Seigneur dit : « Et quiconque dément, alors Je lui accorderai un peu, puis Je le contraindrai au châtiment du Feu. Et quelle mauvaise destination ! » (…) 129. Notre Seigneur ! Envoie l’un des leurs comme messager parmi eux, pour leur réciter Tes versets, Leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier. Car c’est Toi certes le Puissant, le Sage ! »

Abraham, en comprenant que le jugement de Dieu est juste et s’applique sans préférence équitablement à tous, craint pour sa descendance et demande à Dieu de leur envoyer un messager pour leur enseigner « le Livre ». Le Coran présente Muhammad comme le prophète demandé par Abraham pour prévenir l’injustice de sa descendance. La parole qui se réalise sur eux est la menace du verset 126. Le texte établit ensuite une séparation nette entre les générations, brisant à nouveau la notion d’unité d’un même « peuple » entre les pères et les fils dans le jugement divin :

134. Cette communauté a certainement disparue. à elle, ce qu’elle a acquis, et à vous ce que vous avez acquis. Et vous ne serez pas interrogés sur ce qu’ils faisaient.

Muhammad demanderait alors à son peuple un engagement plus sérieux vers Dieu et pas seulement un mimétisme héréditaire. Les deux lectures restent possibles ensembles, suivant la reconnaissance ou non d’Abraham et d’Ismaël comme les pères des arabes, Muhammad revendiquant a minima la descendance spirituelle.


[1] « Avertir » convient très bien pour ceux qui rejettent la parole. Mais il traduit mal le côté positif également contenu dans la racine nadhara (dédier à Dieu quelque chose), « être averti », c’est « entendre l’appel » comme l’indique le parallèle avec « da’a » en 21:45. La forme IV (faire pour rendre tel) de dédier pourrait donner « convertir » ou « appeler » :

إِنَّمَا       أُنْذِرُكُمْ           بِالْوَحْيِ

وَ        لَا يَسْمَعُ الصُّمُّ          الدُّعَاءَ     

إِذَا مَا      يُنْذَرُونَ

je ne fais que     vous avertir (IV)    par la révélation,

mais               les sourds n’entendent pas                    l’appel    

quand          ils sont prévenus (I).

[2] J. Berque, Le Coran, note p. 470.

L’ensemble de la partie

La partie est constituée de deux morceaux parallèles. Le « Coran » et la « Descente » ouvrent chaque morceau, ils en sont des termes initiaux (2 et 5). Le « Coran » et « la parole » encadrent le morceau  (2 et 7). « Sage », qui qualifie le Coran, fait aussi parti des noms de Dieu et pourrait renvoyer au « Tout-Puissant, le Très-Miséricordieux » dans le second morceau, une interprétation de ce parallèle serait que le Coran est sage car il vient de Dieu.

Les deux morceaux présentent l’action du prophète, son rôle d’« envoyé » par Dieu est « d’inviter » son peuple, de les tourner vers Dieu. Le parallèle entre les deux morceaux créé une tension : alors que Muhammad est « sur une voie droite » son peuple « est insouciant » et finalement « ne croit pas » à son message : le verset 4 est opposé aux membres 6b et 7b. La parole de Dieu qui confirme le messager

« se réalise » contre son peuple en révélant leur incroyance. La réception du message divin est dans le Coran et ici en particulier le critère qui distingue entre les humains (le Coran lui-même est appelé critère, « furqan »).

La 3e Partie (10-12)

1er morceau (10-11)

Le morceau est composé de deux segments opposés, par leur réception de l’appel. Dans le premier, le pluriel « pour eux » rassemble ceux qui ne reçoivent pas l’avertissement ; dans le second le singulier (« qui », « lui ») distingue « qui suit le rappel ».

Le premier segment est construit dans une forme AA’B. L’opposition entre les deux premiers membres forme un tout qui s’annule devant la conclusion « ils ne croient pas ». La permanence de l’incrédulité est donc indépendante de l’action du messager.

Le second segment est de forme ABA’. Le membre central suit le premier (suivre et craindre, la foi et les œuvres), et les deux ensembles décrivent le croyant. Cependant la construction et la syntaxe rassemblent les deux membres externes, avec le parallèle récurrent[3] entre « avertir » et « annoncer ». Le 3e membre n’est pas qu’une conclusion heureuse, mais la transformation du premier : l’avertissement devient bonne annonce. La foi joue le rôle de pivot, et le parallèle entre « Miséricordieux » et « pardon », résout par la confiance le paradoxe central « craindre Le Miséricordieux ».

La structure met en évidence la dynamique opposée de ces deux segments. Le premier exprime une fermeture de l’incroyance sur elle-même, tandis que dans le second la foi et l’action permettent de transformer l’avertissement en réussite. Le morceau est adressé au prophète et lui présente à lui aussi le résultat de son action. Dans le premier segment, la relation entre le messager et son peuple est brisée, car l’incrédulité finale ne dépend pas de l’avertissement initial. Alors que dans le second, il y a un rapport de causalité qui transforme la relation, montrant au prophète son importance, et l’importance de choisir à qui il s’adresse.

Intertextualité :

Le Coran reprend ici un thème de l’ancien testament, où Dieu reprend à son compte le rejet subit par le prophète. C’est d’abord une remarque de Moïse à son peuple :

« Exode 16.8 Ce n’est pas contre nous que sont vos murmures, c’est contre l’Eternel. »

Elle est redite par deux fois dans le premier Livre de Samuel où Dieu console le prophète Samuel en lui donne les raisons du rejet qu’il subit : c’est un choix par le peuple des finalités qu’il se choisit :

« 1 Samuel 8.7 L’Eternel dit à Samuel: Ecoute la voix du peuple dans tout ce qu’il te dira; car ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux. »

« 1 Samuel 8:8 Ils agissent à ton égard comme ils ont toujours agi depuis que je les ai fait monter d’Egypte jusqu’à ce jour; ils m’ont abandonné, pour servir d’autres dieux. »

Le prophète Ezéchiel reprend ce thème en y incluant le thème de la nuque raide[4], que l’on retrouvera plus loin : « Ézéchiel 3:7 Mais la maison d’Israël ne voudra pas t’écouter, parce qu’elle ne veut pas m’écouter; car toute la maison d’Israël a le front dur et le cœur endurci. ».

Le Coran reprend donc ce thème de l’opposition entre le prophète et son peuple, en inversant la position humaine : c’est ici parce qu’il craint Dieu que le croyant écoute le prophète : « Seulement tu avertis qui suit le rappel et craint Le Très-Miséricordieux dans l’invisible. »

[3] Remarquons que ces deux termes sont une des paires du Coran (voir 48.8 ; 35.24). Elle rassemble les deux fonctions du messager. En 2.119 : «  إِنَّا أَرْسَلْنَاكَ بِالْحَقِّ بَشِيرًا وَنَذِيرًا, », « Oui Nous t’avons envoyé avec la vérité, bonne nouvelle et avertissement ».

[4] Un front dur et un cœur raide (חִזְקֵי־מֵ֥צַח וּקְשֵׁי־לֵ֖ב), référence à l’exode קְשֵׁה־עֹ֖רֶף, un peuple à la nuque raide.


2e morceau

Le morceau est composé de deux segments. Tous les membres de ce morceau commencent par un verbe conjugué au « Nous divin », qui lui donnent un ton solennel. C’est une promesse énoncée par Dieu lui-même.

Le premier segment assemble deux membres parallèles, mettant en relation « les morts » (12a) et ce qu’ils ont fait de leur vivant (« ce qu’ils ont présenté et leurs traces », 12b). Dans le second membre (12b, l’opposition entre ce qu’ils ont eux-mêmes présenté et ce qu’ils laissent réellement derrière eux forme la totalité de l’action humaine. La résurrection est ainsi liée à la réalité de la vie humaine, elle semble en être la lecture[5].

Le second segment compte un seul membre (13) qui généralise le décompte : le parallèle entre « écrire » et « compter » se retrouve dans celui entre les « traces » que laissent les hommes sur le réel et le compte que laisse « toute chose » dans le « registre ». Ce parallèle place l’action humaine dans le réel, l’écriture et le décompte par Dieu rend objective l’action humaine dans la réalité. En écrivant avec tout le reste l’action humaine, Dieu rend possible la lecture du réel. Que la résurrection met en œuvre.  


Ce morceau est un arrangement en fractal qui développe l’opposition entre « ce qu’ils ont présenté » et « leurs traces », entre le réel subjectif et l’écriture objective. Cette opposition se retrouve ensuite au niveau du premier segment entre la résurrection des morts et la vie humaine. Puis entre les deux segments : la résurrection des humains, et le décompte de l’univers. Au niveau du morceau entier, cette opposition formule l’énoncé suivant : Dieu, par la résurrection, rend visible les choses dans leur clarté[6].

[5] Comme l’indique ce livre ouvert devant lui à la résurrection, par exemple en 17 :13 : « Tout humain porte son sort attaché à son coup. Et nous sortirons au jour de la résurrection un livre qu’il trouvera déployé. Lis ton livre qui te suffit aujourd’hui comme décompte ».

[6] Ce morceau trouve un parallèle dans le morceau central de la sourate Al Naba qui postule le rejet de l’écriture comme un refus de rendre compte de ses actes. Voir en ligne https://collectif-attariq.net/wp/78-la-grande-prophetie-analyse-rhetorique-de-la-sourate-al-naba/


L’ensemble de la partie

La partie est composé de deux morceaux dont les segments forment un chiasme AB-B’A’. Deux types d’écrits sont présentés en miroir. Dans le premier segment le prophète transmet le Rappel de Dieu vers son peuple (« avertir », « annoncer »). Dans le second Dieu « écrit », « compte » les actions humaines. L’écrit qui guide l’humanité, « le Rappel » est mis en miroir d’un « registre clair » (12c) qui note leurs actions.


Les deux segments AA’ (10, 12c) encadrent la partie entre deux verbes à l’accompli, de forme IV. La partie s’ouvre sur le prophète qui « avait averti » sans succès. Et se referme Dieu qui « avait compté » toute chose. Peu importe qu’ils ne croient pas, puisque toute chose est inéluctablement notée. Et par là rendue visible et compréhensible (مُبِينٍ : « clair », « manifeste »). L’opposition met en regard l’incroyance devant le texte révélé avec la clarté du registre qui « manifeste », rend visible, tout le réel.


Les segments B (11) et B’ (12ab) sont tous deux introduits par la proposition « ina » et mentionnent Dieu (« Le Très Miséricordieux », « Nous »). Ils évoquent le chemin suivit par l’homme (« suit », 11a ; « leurs traces », 12b), du point de vue de Dieu, qui conseil et observe.  Le segment B termine le premier morceau par « une rétribution généreuse », que le segment B’ reprend en ouvrant le deuxième morceau par l’affirmation de « la résurrection », pivot de la partie.

C’est à la réalité que le texte fait appel comme confirmation de son message, en particulier la réalité des actions humaines. Dieu, par la résurrection, est le pivot qui place la subjectivité humaine en face de sa réalité objective. Ainsi le rappel de la résurrection, et des textes précédents, est un rappel à l’homme sur lui-même. Celui qui écoute le rappel est celui qui accepte déjà aujourd’hui de confronter ses actions à l’écrit. Le parallèle entre le « Rappel » et le « Registre » du réel explique l’opposition entre « ils ne croient pas » et «manifeste » : ils ne croient pas dans ce qui est manifesté, presque mis sous leur nez par la résurrection : leurs actions objectives. Constamment, le Coran suppose le rejet du texte comme refus de voir ses propres actions (d’où l’emploi de la racine « KFR », recouvrir).

L’écrit, le chemin et l’homme sont ici entremêlés dans un même mouvement. Dieu est à la fois celui qui écrit les actions et les révèle. L’inversion temporelle entre les deux morceaux (comment la connaissance advient avant l’observation ?) laisse imaginer un espace atemporel d’où part l’écrit et où il aboutit, les « tables préservées ». Intermédiaire nécessaire de la sagesse et de sa transmission. Le simple énoncé que l’action humaine laisse des traces, manifeste leur réalité à l’esprit du lecteur et en constitue déjà le rappel.

Tout l’enjeu de la résurrection (« Nous faisons vivre les morts », 12a), qui n’a pas de parallèle dans ce passage, est la révélation à l’homme de son écrit[7]. Seuls ceux qui écoutent le « rappel » et alignent leur pas sur la connaissance de leurs actions et de leurs conséquences se voient pardonné leurs erreurs. Et ceux qui n’y croient pas, refusent de voir leurs traces (recouvrent l’écrit qui les manifeste) sont menacés par la résurrection, qui en sera la révélation.

[7] On pensera à ces livres présentés aux hommes au jour de la résurrection, dont l’intention est bien de présenter l’écriture objective de leurs actions. Ainsi en 17.13-14 : « Nous attachons l’œuvre de chaque homme à son cou. Et le Jour de la résurrection, Nous lui montrerons son livre ouvert : Lis ton livre, tu peux faire le compte, aujourd’hui, toi-même ». On pensera également à 82 :10-12 : « Mais il y a des gardiens sur vous, de nobles scribes, ils savent ce que vous faites » (S82 : V 10 à 12) et 45 :29 : « Voici Notre Livre. Il parle contre vous avec vérité car Nous inscrivons vos actes ».

La partie est constituée d’un seul morceau de trois segments. Chaque segment est introduit par un verbe par lequel Dieu bloque les corps : la tête, puis le mouvement et les sens.

Le premier segment est fait de trois membres. Les deux premiers nomment des parties du corps. Placés sur les « cous », les chaines progressent « jusqu’aux mentons », la symétrie continue l’enchainement et le rend complet. La répétition de « fa (alors) » donne l’effet d’une progression jusqu’au troisième membre qui décrit le résultat : ils sont bloqués.

Le deuxième segment est fait de deux membres. L’opposition entre « derrière » et devant eux (« entre leurs mains ») forme une totalité : ils sont enfermés par les barrières. Il s’agit de limites au-delà d’eux-mêmes (bien que semblant venir d’eux, par la répétition de « min »), comme un enclot.

Les deux membres du troisième segment mettent en parallèle la cause et la conséquence (« recouvert », « ne voient pas »), mises sur un pied d’égalité par la répétition de « fa » et de « eux ». C’est aussi l’action divine (Nous les avons garroté) et l’action humaine (ils ne voient pas) qui sont mises en parallèles.  

Les deux premiers membres reprennent le verbe « Nous avons placé « , les parties du corps et les éléments bloquants (chaine, barrière). Alors que le troisième membre semble une conséquence introduite par « fa ». Le morceau semble donc de forme AA’B. Cependant les deux morceaux externes (8 et 9cd) sont mis en parallèles par leurs derniers membres, de forme semblable et qui concluent sur le blocage des personnes mentionnées (8c, 9d). Ce qui donne une forme ABA’ au morceau. Le premier morceau joue donc un rôle particulier, liés aux deux autres. Il donne aussi la forme de l’ensemble : deux membres mentionnant le corps (comme les deux premiers segments) et une conclusion (comme le troisième segment).

Il convient enfin de noter le parallèle entre le blocage du corps et en particulier de la tête et le blocage des sens : ne pouvant agir, ils ne peuvent non plus percevoir. Comme des animaux dirigés par des œillères. Ici le terme « مُقْمَحُونَ », un hapax dans le Coran, pourrait se traduire par « maintenus », selon l’image du blé, ou plutôt « garrotés » évoquant le cou de l’animal dirigé ou de l’homme prisonnier. A moins que le terme n’ait un lien avec l’Ethiopien ቀምሐ, le bétail (ceux qui mangent le grain).

L’image rappelle par le coup bloqué « le peuple à la nuque raide »[8] de l’ancien testament vu précédemment.  Dans la sourate Al Baqarah, recouvrir les sens est une référence explicite à Isaïe[9]. Comme pour les hypocrites au début de la sourate Al Baqarah, Dieu reprend à son compte leur aveuglement et leur incompréhension, traduite métaphoriquement par l’action de « recouvrir » leurs yeux et leurs oreilles. Etant « maintenus » et aveuglés, les hommes ne peuvent ni ressentir ni se diriger eux-mêmes, ils sont bridés, tels du bétail, enfermés dans un enclot. Le Coran reformule les paraboles de l’ancien testament dans une métaphore nouvelle du bétail entravé. Nous verrons que cette image prend sens à la fin de la sourate.


Il n’est pas précisé s’il s’agit d’un châtiment au jour dernier, ou bien d’une métaphore pour le peuple qui ne veut pas comprendre, reformulée à l’égard des mecquois qui rejettent la parole prophétique qui leur est adressée.


[8] Exode 33.5 : Et l’Eternel dit à Moïse: Dis aux enfants d’Israël: Vous êtes un peuple à la nuque raide; si je montais un seul instant au milieu de toi, je te consumerais. Ote maintenant tes ornements de dessus toi, et je verrai ce que je te ferai. 6 Les enfants d’Israël se dépouillèrent de leurs ornements, en s’éloignant du mont Horeb.

[9] Isaïe 6,10 (repris en Matthieu 13,14-15 et Jean 12,40) présente une métaphore analogue : « Appesantis le cœur de ce peuple, rends-le dur d’oreille, bouche-lui les yeux, de peur que ses yeux ne voient, que ses oreilles n’entendent, que son cœur ne comprenne, qu’il ne se convertisse et ne soit guéri. »

L’ensemble du passage

Le passage est composé de 3 parties concentriques, dont les deux parties externes forment un chiasme qui encadre la partie centrale. Ainsi les 5 morceaux forment une structure (AB) C (B’A’). Les deux parties externes forment un chiasme ABB’A’ : les morceaux A (1-3) et A’ (12) sont parallèles, de même que les morceaux B (5-7) et B’ (10-11).

Les deux morceaux A et A’ encadrent la partie par deux affirmations appuyées sur le texte : l’envoi du prophète et la résurrection. Cet envoi ouvre la métaphore du chemin, et le chemin de l’envoyé (« la voix droite », 3), présenté dans le Coran, est mis en valeur parmi tous les chemins possibles (« leurs traces », 12) notés dans le Registre. La sagesse du Coran semble puiser dans le compte de ce dernier.

Les deux morceaux B et B’ précise la mission du prophète, « avertir » son peuple, dans deux grandes phrases symétriques ou le verbe est répété avec sa négation (6, 10). « Le Très Miséricordieux », repris dans les deux morceaux (5,11) agit à travers l’écriture (« la Parole » et « le Rappel »). La conclusion sur le peuple, « ils ne croient pas », termine B et ouvre B’. Celui « qui suit le Rappel » est le reste opposé à  « la plupart d’entre eux » sur qui « s’est avérée La Parole ». Cet accomplissement de la parole pourrait renvoyer au verset 7.179 : « Nous avons destiné beaucoup de djinns et d’hommes pour l’Enfer. Ils ont des cœurs, mais ne comprennent pas. Ils ont des yeux, mais ne voient pas. Ils ont des oreilles, mais n’entendent pas. Ceux-là sont comme les bestiaux, même plus égarés encore. Tels sont les inconscients. » qui lie dans un seul morceaux le jugement de la résurrection, la citation d’Isaïe et les bestiaux de la partie centrale, et l’inconscience du peuple.

La partie centrale est une césure, dont l’énoncé rompt abruptement avec ce qui le précède. Elle illustre ceux qui ne « ne croient pas » par une métaphore filée qui se termine sur « ils ne voient pas ». Leur attitude est comparée à des entraves qui les empêchent de voir et de se déplacer par eux-mêmes, ils sont comme du bétail (inversion intéressante du rôle du berger dans le nouveau testament). Le chemin évoqué dans les parties externes est ici bloqué (« devant eux une barrière et derrière eux une barrière », 9), introduisant l’opposition devant eux et derrière eux, qui sera reprise dans la dernière partie par le visible et l’invisible des actions humaines. Cette partie cachée des actions humaines dans la dernière partie est préparée par « ils ne voient pas ».

[1] « Avertir » convient très bien pour ceux qui rejettent la parole. Mais il traduit mal le côté positif également contenu dans la racine nadhara (dédier à Dieu quelque chose), « être averti », c’est « entendre l’appel » comme l’indique le parallèle avec « da’a » en 21:45. La forme IV (faire pour rendre tel) de dédier pourrait donner « convertir » ou « appeler » :

إِنَّمَا       أُنْذِرُكُمْ           بِالْوَحْيِ

وَ        لَا يَسْمَعُ الصُّمُّ          الدُّعَاءَ     

إِذَا مَا      يُنْذَرُونَ

je ne fais que     vous avertir (IV)    par la révélation,

mais               les sourds n’entendent pas                    l’appel    

quand          ils sont prévenus (I).

[2] J. Berque, Le Coran, note p. 470.

[3] Remarquons que ces deux termes sont une des paires du Coran (voir 48.8 ; 35.24). Elle rassemble les deux fonctions du messager. En 2.119 : «  إِنَّا أَرْسَلْنَاكَ بِالْحَقِّ بَشِيرًا وَنَذِيرًا, », « Oui Nous t’avons envoyé avec la vérité, bonne nouvelle et avertissement ».

[4] Un front dur et un cœur raide (חִזְקֵי־מֵ֥צַח וּקְשֵׁי־לֵ֖ב), référence à l’exode קְשֵׁה־עֹ֖רֶף, un peuple à la nuque raide.

[5] Comme l’indique ce livre ouvert devant lui à la résurrection, par exemple en 17 :13 : « Tout humain porte son sort attaché à son coup. Et nous sortirons au jour de la résurrection un livre qu’il trouvera déployé. Lis ton livre qui te suffit aujourd’hui comme décompte ».

[6] Ce morceau trouve un parallèle dans le morceau central de la sourate Al Naba qui postule le rejet de l’écriture comme un refus de rendre compte de ses actes. Voir en ligne https://collectif-attariq.net/wp/78-la-grande-prophetie-analyse-rhetorique-de-la-sourate-al-naba/

[7] On pensera à ces livres présentés aux hommes au jour de la résurrection, dont l’intention est bien de présenter l’écriture objective de leurs actions. Ainsi en 17.13-14 : « Nous attachons l’œuvre de chaque homme à son cou. Et le Jour de la résurrection, Nous lui montrerons son livre ouvert : Lis ton livre, tu peux faire le compte, aujourd’hui, toi-même ». On pensera également à 82 :10-12 : « Mais il y a des gardiens sur vous, de nobles scribes, ils savent ce que vous faites » (S82 : V 10 à 12) et 45 :29 : « Voici Notre Livre. Il parle contre vous avec vérité car Nous inscrivons vos actes ».

[8] Isaïe 6,10 (repris en Matthieu 13,14-15 et Jean 12,40) présente une métaphore analogue : « Appesantis le cœur de ce peuple, rends-le dur d’oreille, bouche-lui les yeux, de peur que ses yeux ne voient, que ses oreilles n’entendent, que son cœur ne comprenne, qu’il ne se convertisse et ne soit guéri. »

[9] Exode 33.5 : Et l’Eternel dit à Moïse: Dis aux enfants d’Israël: Vous êtes un peuple à la nuque raide; si je montais un seul instant au milieu de toi, je te consumerais. Ote maintenant tes ornements de dessus toi, et je verrai ce que je te ferai. 6 Les enfants d’Israël se dépouillèrent de leurs ornements, en s’éloignant du mont Horeb.