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Muhammad avant l’Islam

Qui est Muhammad ?

Que se passe-t-il dans la vie de Muhammad pendant les 15-20 ans qui séparent son mariage de la révélation ? Après son mariage Muhammad a vécu dix ans dans la plus grande obscurité. Ce qui nous ammène à nous demander qui sont ses proches ? Comme suggéré par Khaled Ridha et M. Rodinson, étudier les personnes qui sont rassemblés autour de lui dans ses débuts pourrait donner un éclairage sur les 10 ans qui viennent de passer et ce qu’est devenu Muhammad depuis le hilf al fudhul.

La Famille ‘Abd al Muttalib

Le grand-père de Muhammad est Shaiba ibn Hāshim, appelé ʿAbd al-Muṭṭalib. Il est le fils de Hachim et Salma bint Amr (Banu Khazraj), qui l’a élevé à Yathrib (Médine) jusqu’à ses 8 ans. Mutallib, l’oncle de l’enfant, vient alors le chercher pour continuer son éducation à La Mecque. 

Il hérite après Muttalib du leadership des Banu Hashim et de la rifada et la siqaya, qui consistent à nourrir les pélerins à La Mecque. Avec son fils ainé Al Harith, il va creuser le puit de Zamzam. 

C’est lui qui ouvre la route commercial vers le Yémen, où il est dit avoir rencontrer le guerrier arabe Amr ibn Ma’adi Yakrib, qui participera aux batailles de l’Islam, pendant les guerres de Ridda et les conquêtes.

Orphelin

Son fils Abdallah ibn ‘Abd al Muttalib est le père de Muhammad. Peu après la naissance de Muhammad, au retour d’une caravane de Gaza, Abdallah s’arrete à Yathrib, chez sa grand mère Salma bint Amr et tombe gravement malade. Son frère, Al Harith vient le chercher ; malheureusement, Abdallah est déjà mort quand il arrive. 


Le jeune Muhammad est confié à la nourice Thuwayba, comme son oncle Hamza ibn ‘Abd al-Muttalib, qui devient ainsi son frère de lait. Elle rejoindra l’Islam par la suite. Puis Muhammad est élevé au désert par Halimah bint Abi Dhuayb, une nourrice des Banu Sa’d. Comme d’autres enfants mecquois, il grandit avec les bédouins, dont il apprend l’arabe.
A quatre ans, suite à un malaise dont il est dit que les anges lui ont retiré tout mal de son coeur, il retourne chez sa mère Aminah, jusqu’à la mort de celle-ci 4 ans plus tard, en 577. Il est alors pris en charge par son grand-père, ‘Abd al-Muttalib qui le confie à Baraka bint Thaʿlaba (Umm Ayman), esclave abyssinienne d’Abdullah et Aminah, qui s’occupe du jeune Muhammad après la mort de sa mère. Par la suite il la libérera et elle participera activement à l’Islam. 


Lors de son mariage avec Khadija, il la libère et elle épouse un Banu Khazraj Ubayd ibn Zayd. Ils ont un fils, Ayman (né en 612), qui travail avec Muhammad pour qui il garde les moutons. Tous les trois entrent dans l’Islam. Ayman tombera à la bataille de Hunayn et son père Ubayd à la bataille de Khaybar.

Elevé par ses oncles

A la mort d’Abd al Muttalib, en 578, il est élevé par ses oncles Al Zubayr et Abu Talib, qui l’emmènent dans des expéditions. Abu Talib est doué en poésie, mais vit pauvre. Malgré cela, il accepte de prendre en charge son neveu Muhammad et l’emmène dans des expéditions en Syrie où la traditions le fait rencontrer des moines et ermites chrétiens. Al-Zubayr emmène Muhammad en voyage au Yémen vers 584. Passant par le souq d’Ukaz, Muhammad assiste au prêche de Quss Ibn Sa’ida al-Iyadi, un chrétien yéménite. Il est dit aussi qu’Abu Bakr, féru de poésie, était fréquentait régulièrement l’endroit.


Ses oncles l’emmène également participer aux guerres de Fijar (vers 590, Muhammad a entre 17 et 20 ans), où Muhammad participera sur la fin en tant qu’archer.  Il a entre 14 et 15 ans. Dans le Kitab al-Aghani, il est dit qu’il se bat courageusement à la bataille de yawm Shamṭa. La tradition semble par la suite atténué sa participation.


Au retour Al Zubayr lance le hilf al Fudhul, qui regroupe plusieurs clans faibles de La Mecque en défense d’un marchand Yéménite des Banu Zubayd, Hamza et Muhammad y participent avec lui. En 605, Al Zubayr participe à la reconstruction de la Kaaba, dans laquelle Muhammad jouera un rôle important en associant les clans à équité dans la pose symbolique de la pierre noire. 


Abu Talib ayant de la peine à nourrir ses enfants, Muhammad et Hamza vont prendre en charge les deux plus jeunes, respectivement ‘Ali et Ja’ffar ibn Abi Talib.

Khadija

Khadija bint Khuwaylid, des Banu Asad. Son père Khuwaylid est un ami d’Abd al-Mutallib, ils ont ensemble combattu contre Abraha et sont envoyés en ambassade auprès de Sayf ibn Dhi Yazan, qui suite à la défaite d’Abraha, conquiert le Yemen au profit des Sassanides. Le père de Khadija, Khuwaylid ibn Asad, meurt pendant la guerre de Fijar. 
izam ibn Khuwaylid meurt également pendant la guerre. Le fils de Hizam, Hakim ibn Hizam a également combattu durant la guerre d’Al-Fidjar de 589-592. Il devient marchand de blé.

Le frère de Khadija, Awwam ibn Khuwaylid a épouser Safiyya bint Abd al-Muttalib. Awwam meurt la troisième année de la guerre de Fijar. Ils ont trois enfants :
Son fils Zubayr ibn al-Awwam, né vers 589 (656-67, son age reconnu à sa mort) est un des premiers convertis.
Hind bint al-Awwam, qui épousera par la suite Zayd ibn Haritha
Zaynab bint al-Awwam épouse de Hakim ibn Hizam

Khadija hérite d’une partie des biens de son père. Elle est aussi veuve de Atiq ibn ‘A’idh Al-Makhzumi, Malik ibn Nabash at-Tamimi. Elle a donc un pecule et cherche quelqu’un pour lancer une caravane. Elle engage Muhammad pour une caravane en Syrie. Qui s’en sort bien et reçoit les noms d’al-Sadiq et al-Amin.
Dans le batiment des enfants de Khuwaylid :
Khadija et Muhammad;
Saffya et ses enfants, Zubayr, hind et Zaynab;
Hakim ibn Hizam et Zaynab bint Awwam.

Des esclaves autour de lui

Khadija a contacté Muhammad par l’intermédiaire de sa soeur Hala et d’Ammar ibn Yasir, un ami proche de Muhammad. Ammar est le fils de Yasir, immigré des Banu Malik de la confédération Madhhij du Yemen, mawali d’Abu Hudhayfah, un riche Banu Makhzum, et de Summayya une esclave de ce dernier. Ammar et sa mère rejoindront l’Islam dès ses débuts et subiront de plein fouet les persécutions, Summaya assassinée devant son fils par Abu Jahl al-Makhzûmî. 


Suhayb ibn Sinan al Roumi, est un esclave byzantin en fuite, qui se mettra sous la protection d’Abd Allâh Ibn Judan, qui hébergea le hilf al Fudhul. Il est probablement un ami d’Ammar Ibn Yasin (les deux amis rejoindront l’Islam dès l’ouverture de Dar al Arqam).


C’est Khadija qui ammène Zayd ibn Haritha à Muhammad. Esclave, acheté par son neveu Hakim ibn Hizam au souq d’Oukaz. Zayd, sera adopté et affranchi par Muhammad. C’est l’un des tous premiers convertis. Zayd vient des Banu Kalb, une tribue chrétienne monophysiste du nord de l’arabie. 


Enfin, Bilal ibn Rabah. Son père Rabah était un esclave du clan des Banu Jumah et sa mère, Hamamah une ancienne princesse d’Abyssinie capturée après l’événement de l’Année de l’Éléphant et mise en esclavage. Né esclave, Bilal n’avait d’autre choix que de travailler pour son maître, Umayyah ibn Khalaf. Bilal fut reconnu comme un bon esclave et se vit confier les clés des idoles d’Arabie. Cependant, ils subit le racisme et sa position social. Il rentre très tôt dans l’Islam, renonce aux idoles, et va être torturé pour cela. 


Miqdad Ibn Aswad est un yéménite en fuite qui se réfugie à La Mecque et devient mawali d’Al-Aswad bin Abd Yaghuth bin Wahb des banu Zuhra, qui l’adopte. Il épouse Duba’a, la fille d’Al Zubayr ibn ‘Abd al-Muttalib et fait parti des tous premiers convertis.


Khabbab ibn al aratt est devenu l’esclave d’une femme nommée Oum Anmar bint Siba, appartenant à clan des Banu Khuza’a, et alliée d’Awf bin Abd Awf Al-Zuhri, le père d’ Abd Al-Rahman bin Awf. Umm Anmar l’envoya vers un forgeron dans le but d’apprendre la farbique des sabres. Quand il a été assez expérimenté, Oum Anmar lui a acheté un magasin. Umm Anmar a réalisé des gains importants grâce à son esclave. Et l’a probablement affranchi, il devenir mawali car pendant les persécutions il est appelé “esclave affranchi d’Oum Anmar”.

La famille de Hind bint Awf

Lubaba bint al-Harith, amie proche de Khadijah, elle est la seconde femme à se convertir à l’Islam, le même jour que Khadija. Elle est l’épouse d’Abbas ibn Abd al-Muttalib, leur fils ainé nait en 614. C’est elle qui tuera Abu Lahab avec une lance après la bataille de Badr en 624. Nous allons voir que la famille de Lubaba est très proche des Banu ‘Abd al-Muttalib. 
La mère de Lubaba et de ses soeurs est Hind bint Awf, d’après les dates retouvées, elle doit avoir avoir l’age du couple Khadija-Muhammad. Le père de Hind est Awf ibn Zuhayr ibn al-Harith, de Himyar au Yemen. Hind a eu quatres maris. 


Le premier mari de Hind est Al-Jaz’i de la tribue Zubayd du Yémen. Leur fils Mahmiyah ibn Al-Jaz’i al-Zubaydi, fait parti des émigrés en Abyssinie et est nommé trésorier de la communauté musulmane quand il rejoint Médine en 628. 


Le second mari est Al-Harith ibn Hazn, des banu Hilali, branche des Banu Amir, une tribue du Najd en guerre contre les Quraysh pendant la guerre du Fidjar. De lui elle a Lubaba bint al-Harith en 593, que nous venons d’évoquer, son père meurt alors qu’elle est jeune enfant. 


Le troisième mari de Hind (celui de cette période) est Umays ibn Ma’ad, des banu Khath’am, une tribue du Yemen, qui vit dans les montagnes du sud de l’arabie, entre les villes de Ta’if et Najran sur la route des caravanes entre La Mecque et le Yemen. Les Banu Khath’am servent dans l’armée aksumites, le royaume chrétien ethiopien. De lui, elle a deux filles, Asma et Salma (nées entre 595 et 600?) qui vont se convertir pendant la période de Dar al-Arqam. Asma’ Bint ‘Umays, va épouser Jafar ibn Abi Talib (le frère de Ali) avec lequel elle partira en Abyssinie. Salma bint ‘Umays va épouser Hamza ibn Abd al-Muttalib.

La famille de Jahsh ibn Riyab

Jahsh ibn Riyab des Banu Asad ibn Khuzayma, du Najd, vient s’installer à La Mecque. C’est un commerçant aisé car il forme une alliance avec Harb ibn Umayya à son arrivée à La Mecque. Il va épouser la tante de Muhammad Umayma bint Abd al-Muttalib (leur fils ainé nait vers 584), ses enfants vont épouser des jeunes de riches familles : des filles d’Abu Sufyan, et deux jeunes de riche famille des clans Zurah et ‘Abd al Dar. Toute la famille va partir en Abyssinie, y compris les épous(e)s des enfants. Les mariages ont donc eu lieu avant l’Islam.


Abd Allah ibn Jahsh, qui épouse Fatima bint Abi Hubaysh, 
Ubayd Allah ibn Jahsh, s’interesse au monothéisme, en particulier au christianisme déjà avant la révélation. Il épouse Ramla bint Abi Sufyan. En Abyssinie, Ubayd Allah se convertit au christianisme et divorce.
Zaynab bint Jahsh, divorce puis émigre à Médine où elle épousera Zayd puis Muhammad.


Abu Ahmad ibn Jahsh, aveugle, épouse Al-Faraa bint Abu Sufyan.
Habiba bint Jahsh, épouse ‘Abd al-Rahman ibn ‘Awf des Banu Zuhra[4].
Hamna bint Jahsh, épouse Muṣʿab ibn ʿUmayr des Banū ʿAbd al-Dār. Ils sont jeunes à l’époque de la révélation, et vont partir ensembles à Médine quand Muhammad envoie Mus’ab en ambassadeur à Médine après le premier serment d’Al Aqaba.

The Yemenite connexion

Un fait revient souvent à la lecture, c’est le lien très fort du début de la sira nabawya avec le Yemen. Celui-ci est constemment en guerre pour son indépendance des empires sassanides et aksoumites. Il semble que l’Islam va établir un lien avec l’indépendance du Yemen.

D’après la tradition ‘Abd al-Muttalib a ouvert le commerce avec le Yemen. Des bateaux mecquois circulent sur la mer rouge. ‘Abd al Muttalib rencontre de son vivant Amr ibn Ma’adi Yakrib qui sera un des premiers convertis au Yemen.

Al-Zubayr ibn Abd al-Muttalib, est à l’initiative du Hilf al Fudhul, qui vient en défense d’un marchand yéménite de Zabid. Il s’occupe de Muhammad et l’emmène en voyage au Yémen. Meurt avant l’Islam. Parmis ses enfants, deux de ses filles participent à l’Islam.

Abu Musa Al Ashari est originaire de Zabid, dans la région du Yémen, où vivait sa tribu, les Ash’ir, à l’époque préislamique. Il a accepté l’Islam à La Mecque avant l’Hégire et est retourné dans son Yémen natal pour propager sa foi.

Miqdad Ibn Aswad est né dans l’Hadhramaout, au Yémen. Il partit pour La Mecque après un incident entre lui et l’un des membres de la tribu.

Abu Bakr al Taymi rejoint le groupe au retour d’un voyage au Yemen.

Hind bint Awf. Son père est Awf ibn Zuhayr ibn al-Haarith de la tribue Himyar du Yemen. A l’époque du prophète elle est probablement mariée à Umays ibn Ma’ad , des banu Khath’am, une tribue du Yemen, qui vit dans les montagnes du sud de l’arabie, entre les villes de Najran et Ta’if sur la route des caravanes entre Yemen and Mecca. Ses filles sont parmis les premières converties et vont épouser des banu ‘Abd al Muttalib.

Quss Ibn Sa’ida al-Iyadi, eveque de Najran. Réputé avoir prêché le christianisme au Souq d’Ukaz en présence de Muhammad.

Parmi les premières sourates, on retrouve le massacre des chrétiens de Najran, des références au royaume de Saba, au barrage de Marib qui est partiellement détruit en 570 et au peuple de Tubbaʿ.

D’après un hadith, Muhammad aurait affirmé “le souffle d’al-Rahmann m’est venu du Yémen” :

  • “إني أجد نفس الرحمن من قبل اليمن”.والجواب: أن هذا الحديث رواه الإمام أحمد في المسند من حديث أبي هريرة – رضي الله عنه -قال: قال النبي، صلى الله عليه وسلم،: “ألا إن الإيمان يمان، والحكمة يمانية، وأجد نفس ربكم من قبل اليمن”
  • عن أبي هريرة رضي الله عنه قال النبي صلى الله عليه و سلم : جاء أهل اليمن هم أرق أفئدة الإيمان يمان والفقه يمان والحكمة يمانية (رواه مسلم في صحيحه رقم ٥٢)
  • عن أبي هريرة رضي الله عنه قال رسول الله صلى الله عليه وسلم : إن الله يبعث ريحا من اليمن ألين من الحرير فلا تدع أحدا في قلبه مثقال حبة من إيمان إلا قبضته (رواه مسلم في صحيحه رقم ١١٧)

Sana’ restera musulmane pendant les ridda wars.

Les Chrétiens autour de Muhammad

voir aussi Hanafyah et Intertextualité

Zayd ibn Haritah, le fils adoptif de Muhammad, est issu des Banu Kalb, une tribue évoluant dans le nord de l’arabie.Ils ont adopté le christianisme monophysiste. En conflit avec les Ghatafan, les Banu Kalb sont offusqués par les idoles incluses par ceux-ci dans un haram semblable à la Kabaa.


Ce contexte historique donne un relief aux différentes traditions sur Zayd Ibn Amr, qui avertit le prophète de ne pas consommer de viandes dédiées aux idoles, que le culte de pierres ou de bois coupés est irrationnel, car celles-ci ne peuvent ni voir, ni manger, ni aider. Toutes ces reflexions sont présentes dans la Torah et l’Evangile, et l’abstention de viande dédiées aux idoles est aussi une pratique chrétienne. Zayd appartient aux Banu Adi, son père Amr ibn Nufayl va mourrir pendant son enfance. Il a un fils Said de son premier mariage avec Fatima bint Baaja des Banu Khuza’a, une tibue convertie au christianisme. Il fait de nombreux voyages en Syrie où il interroge juifs et chrétiens. Ces voyages agacent sa seconde épouse, car en rentrant il est accoutumé à prêcher contre les idoles à La Mecque. Elle s’en plaind à l’oncle de Zayd, Al Khattab ibn Nufayl, qui finit par exiler Zayd de La Mecque. 


Son fils Said ibn Zyad va épouser Fatma bint Al Khattab avant 600. Said et Fatma sont parmi les tout premiers convertis à l’Islam et Sayd devient secretaire de Muhammad. Les frères de Fatma, Umar ibn al-Khattab et Zayd ibn al-Khattab se convertiront pendant la période d’Al Arqam et émigreront à Médine. Les recherches de Zayd ibn Amr sur le monothéisme, son prêche contre les idoles de la Ka’ba et les conseils donnés à Muhammad montrent une proximité entre le rejet monothéiste des idoles et les débuts de l’Islam. Les Banu ‘Ady n’étaient pas proches des clans du Hilf, le fait que Said et sa femme rejoignent directement l’Islam, ainsi que la conversion de Omar, ajoutent à l’importance de Zayd.


Quss Ibn Sa’ida al-Iyadi, eveque de Najran (une des première sourates évoque le massacre des chrétiens de Najran. Réputé avoir prêché le christianisme au Souq d’Ukaz (Sūq ʿUkāẓ سوق عكاظ). Une fois à Médine il lui écrira des lettres et recevra une délégation. Muhammad et Abu Bakr [8] l’ont entendu sur place.


Waraqa ibn Nawfal est le cousin de Khadija. Il écrivait depuis les livres en hébreu, y compris l’évangile. (وكان امرأ تنصر في الجاهلية، وكان يكتب الكتاب العبراني، فيكتب من الإنجيل بالعبرانية ما شاء الله أن يكتب) noter aussi l’emploi du mot nemous ( فقال له ورقة هذا الناموس الذي نزل الله على موسى). Il y avait des judéo chrétiens proche de l’arabie, comme en témoigne par exemple Epiphane dans son panarion, évoque des elkasaites venus dans le pays nabatéen et chez les assyriens après la troisième guerre judéo romaine. 

L’installation des banu Israel

Nous avons vu précédemment comment en -1500 l’expulsion des hyksos, peuple asiatique semi nomade venu en immgration en Egypte, semble être l’evenement historique de l’exode, raconté dans sa version egyptienne.

Que deviennent-ils en Canaan ? Comment expliquer l’origine d’Israel mentionné en -1230 sur la stèle de Merenptah, peuple qui se sédentarisera à l’age du Fer I (-1200, -1000) dans la vallée du Jourdain ?

Une fois de plus la vidéo d’Allan Arsmann sur le sujet est interessante.

Historiographie

1925 – Théorie de l’infiltration
Albrecht Alt en 1925 propose une infiltration progressive des Israélites en Canaan, certains pouvant être passés par l’Égypte et ayant rapporté leur tradition particulière. Ce sont des peuples nomades ou semi-nomades qui arrivent sur une période étendue. Martin Noth y ajoute l’idée d’une fédération de douze tribus liées par un dieu commun et un lieu de culte. Elle est interessante en ce qu’elle formule l’importance de la religion dans la formation du peuple (ethnogénèse), et l’importance d’un apport nomade exterieur au peuple autochtone.

1940 à 1970 – Le modèle Albright-Wright de la conquête
C’est le modèle issu de l’archéologie biblique du milieu du xxe siècle. Albright et Wright aux États-Unis et Y. Yadin en Israël représentent le fer de lance de l’archéologie biblique sioniste dans les années 1940-70.

En se basant sur les fouilles d’Albright ainsi que sur la découverte par Wright d’une épaisse couche de cendre à Beitin, ils développent l’idée que la conquête de Canaan par les Israélites a eu lieu au 13e siècle en liant les destructions de Beitin, Hazor, Lakish.

Ce modèle est devenu obsolète, il est totalement remis en cause car il représente une conquête rapide et totale de Canaan qui ne correspond ni à l’archéologie ni au texte biblique. Les destructions qui leur servaient d’exemple ont eu lieu à des moments trop espacés pour faire partie de la même campagne. En particulier la destruction de Jéricho est bien trop précoce pour ce modèle.

1962 – Théorie de la révolte paysanne
George Mendenhall propose ce modèle en 1962. Selon lui, l’apparition d’un mouvement religieux rendit possible la révolte des paysans cananéens contre les collecteurs de taxe venus des villes. Ce serait l’apparition d’un petit groupe d’esclaves venant d’Égypte qui aurait permis le soulèvement de tout un pays contre ses rois. C’est un constat sociologique et culturel qui l’amène à cette conclusion. Cette idée est reprise par Norman Gottwald dans The Tribes of Yahwe, qui, au grand dam de Medenhall inscrit cette théorie dans une version plus marxiste de l’histoire. Gottwald sera sévèrement critiqué par Niels Peter Lemche, qui reprend l’idée de Medenhall, proposant les Israélites comme descendant des Apirous, mais en fait une évolution progressive, dépourvue de la dimension sociale.

Plus récemment, dans Moïse l’insurgé (résumé interessant, qui présente bien la vision de ce camps historiographique) , Jacob Rogozinski reprend cette thèse. “Pour lui, le « dispositif mosaïque », contrairement aux autres religions de l’Antiquité, n’est au service d’aucun pouvoir royal, mais au contraire porteur de l’idée que « les asservis ont la possibilité de se soulever contre leurs maîtres et de marcher vers une terre de liberté » .

Si ces théories vont assez loin, s’ancrant notemment dans la spécificité du Fer I et ses populations shasous et du conflit social des apirous avec les cités états, elles insistent beaucoup plus sur le caractère politique, important, que sur l’aspect religieux. Perdant la spécificité de la période de formation en Egypte, du conflit hyksos et de l’importance du désert et d’un Dieu nouveau. Elle réduise à un petit groupe isolé l’apport de l’exode.

1981 – Entrée en Canaan puis occupation tardive
Ce modèle, proposé dans différentes variantes (conquête à différents moments du Bronze récent, entre le xve et le xiiie siècle av. J.-C.) s’appuie sur une relecture des textes bibliques et les avancées de l’archéologie.

Le livre de Josué indique précisément que seules trois villes sont détruites pendant la conquête, sans toutefois être occupées par les Israélites par la suite : Jéricho, Ai et Hazor. Cette conquête aurait eu pour seul effet de tuer les chefs cananéens et une partie de la population. La Bible hébraïque raconte l’échec de cette conquête rapide et les difficultés des Israélites pour s’installer en Canaan, dans un conflit long, raconté par les egyptiens et les canaanéens dans les lettres d’El Amarna.

Pour John J. Bimson, la conquête correspond à la destruction de certaines villes cananéennes qui marque la fin du Bronze Moyen, tandis que l’histoire des populations nomades et tribales correspond au Bronze Récent. C’est définitivement la thèse qui sera défendue ici, nous expliquerons pourquoi ci dessous.

1990 à aujourd’hui – Théorie de la resédentarisation
C’est une théorie de Yohanan Aharoni, développée principalement par Israël Finkelstein et William G. Dever. C’est celle du “sionisme de gauche”, qui fait disparaitre la conquête et présente les banu Israel comme autochtones, le peuple canaanéen qui serait revenus après une periode de nomadisation. Ce qui est difficile à comprendre, vu qu’il y a continuité de l’occupation canaanéene à cette période.

Si I. Finkelstein est définitivement le grand chercheurs de la sédentarisation des banu Israel à partir du 12e siècle, ses travaux de vulgarisation ont fait beaucoup de mal, en présentant avec beaucoup de support médiatique une thèse qui sous pretexte d’archéologie fait disparaitre l’aspect religieux et politique, pourtant omniprésent, voyant le succès économique des Omrides (après -950) comme seul parametre interessant.

Le modèle repose sur l’idée que la population qui se sédentarise au Fer I est une population indigène, issue de la population cananéenne du Bronze récent. Israël Finkelstein s’appuie sur la similarité de la culture et des modes de vies du Bronze récent avec ceux du Fer I, également sur le fait que les villes du Nord retrouvent une culture cananéenne au 10e siècle. La continuité des cultures montre que la population se sédentarisant était déjà présente en Palestine pendant le Bronze récent.

D’après A. Mazar, les traditions cananéenne sont générales à toutes les populations du Fer I et ne pointent pas nécessairement vers l’origine cananéenne d’Israël. La Bible décrit également un mélange culturel, les Israélites adoptant les traditions de ceux qui les entourent. Cette théorie de la resédentarisation repose sur les Shasous, or, certains shasous ont émigré en Égypte, comme le Jacob biblique. Dans un document égyptien, leur territoire est nommé « Yahu ».

Résumé

Ce qui est prouvé archéologiquement, grâce à Finkelstein, c’est la sédentarisation des Banu Israel au Fer I, après -1200, après qu’Israel soit mentionné comme un peuple nomade sur la stèle de Merenptah. C’est la sédentarisation d’un peuple nomade dans les colines autour de la vallée du Jourdain.

Les différentes théories varient sur l’origine de ce peuple, dont on sait qu’il formera le royaume de David et Salomon plus tard (les thèses sur leur inexistance se sont effondrées).

Tout le monde se réfère à ce qui est connu auparavant au 14e et 13e : les populations nomades que sont les bédouins Shasous des textes egyptiens et les Apirous des lettres d’El Amarna. En insistant ou en réduisant leur importance. Certains lieux de culte, comme Shilo et Beth-El sont à la fois utilisés par cette population nomade des hautes terres et expressément mentionnés dans la Bible comme lieus de culte des Israélites.

La destruction des villes fortifiées en Canaan, lors passage du bronze moyen au bronze récent en Palestine, n’a pas d’autre explication historique que l’expulsion des hyksos (Ben Tor), la campagne egyptienne elle même n’a pas dépassé Sharuhen.

A partir de là, la société canaanéenne décline, mais devient culturellement plus prolixe. cette destruction ne va pas marquer la fin des canaanéens, mais leur chute progressive, en accord avec le texte biblique. Le livre de Josué ne parle pas d’une destruction massive, mais de trois villes détruites, puis l’installation et la repartition des terres entre les tribues. Les livres suivants décrivent la cohabitation difficile entre les canaanéens et les banu israel, dont un conflit religieux, et la permabilité des banu israel aux idoles canaanéennes, ce que confirme l’archéologie.

La civilisation cananéenne était particulièrement développée au Bronze Moyen, et formait un ensemble conséquent de cités-États fortifiées. De nombreuses villes, comme Hazor, la ville cananéenne la plus importante, Lakish, Jéricho, sont détruites à la fin du bronze moyen, dans ce qui est appelé un effondrement systémique,  daté au carbone 14 aux alentours de -1550. Ces cités sont rapidement reconstruites dès le début du Bronze Récent et connaîtront pour la plupart une nouvelle prospérité. Cependant ces villes ne sont plus fortifiées au Bronze Récent. Que se passe-t-il au XVe siècle dans l’archéologie canaanéenne ? Les villes à haute murailles (Jericho, Hazor, …) sont détruites et laissent place à des villes bien plus petites, sans fortifications. La culture canaanéenne change à ce moment. Le récit biblique ne raconte pas un conquète immédiate, mais seulement la destruction de trois villes canaanéennes : Jericho, Ai et Hazor. Puis l’installation des israélites dans les marges, en conflit avec les canaanéens.

Voici les dates de destructions généralement acceptées, telles que proposées par les personnes en charge des fouilles respectives des villes concernées :

Le schéma montre une première strate de destruction vers -1500 qui marque le passage du bronze moyen au bronze récent en Palestine. Les cités sont reconstruites, mais sans leurs murs. La période suivante est celle des lettres d’el amarna, qui relate un combat continue entre ces cités et les rebelles ‘apirous’, qui est le pendant egyptien du conflit raconté par les ‘hébreux’ dans le livres des juges. Et relate le combat culturel entre le polythéisme sédentaire canaanéen et les semi nomades monothéistes. Vers 1200 ceux-ci se sédentarisent puis fondent leur propre “royaume” vers -1000.

-1500 à -1200 L’émergence en Palestine d’une communauté de bédouins shasous dans les montagnes autour du Jourdain. On a une mention partielle d’Israel dans une stèle présente en Allemagne et surtout la mention des Shasous de Yahwah. On a aussi le témoignage des lettres d’el Amarna qui montre au 14e siècle des combats acharnés entre les cités canaanéennes et des bandes de “renegats” nomades qui les entourent. au 14e siècle conflit entre les apirous et les cananéens vassaux des egyptiens. Le terme “apirou” n’est pas un terme ethnique, mais social, ce sont des marginaux nomades en conflit avec les autorités (lire “gitans” donnera une bonne aproximation). si l’on regarde le texte biblique avec attention, c’est bien le terme “hébreu” qui est toujours pejoratif et donner par des étrangers aux banu israel (voir Nadav Na’aman, « Habiru and Hebrews, the transfer of a social term to the literary sphere »). On observe de nouvelles destructions, étalées dans le temps qui marquent la fin de la periode, canaanéennes, les villes seront par la suite occupée par les banu israel, façon campement d’abord, avec des puits, puis reconstruction.

-1200 l’archéologie parle de la sédentarisation de tribues nomades pré existante au 12e siècle. et on a avant la sédentarisation la stèle qui donne le nom d’israel a des nomades présents. donc le 12e siècle est un terminus “ante quem”, on a la preuve qu’ils sont déjà présents à ce moment. les canaanéens ont progressivement disparu. L’archéologie décrit au XIIe siècle la sédentarisation de tribues nomades !préalablement existantes!. La stele de merenptah décrit avant la sédentarisation la présence des banu israel comme popuilation nomade. au Xe siècle se forme le royaume de David. Arrivées des philistins en Palestine (qui lui donneront leur nom). Ce sont des peuplades grecques parti s’sinstaller sur toute la méditerannée, jusqu’en Egypte. Peut etre après la fin de la guerre de Troie. D’eux font partie le fameux Goliath.

1000 la fondation d’un petit royaume dont les fondateurs sont David et Salomon. Et du temple d’Al Quds.

Les banu Israel en Egypte

« Nous te racontons, en toute vérité et à l’intention des gens qui croient, une partie de l’histoire de Moïse et de Pharaon. Pharaon s’était érigé [en despote arrogant], sur terre, et avait divisé son peuple en castes (distinctes). Il opprimait l’une d’elles, dont il faisait tuer les enfants mâles, tout en épargnant les femmes. Il était vraiment de ceux qui sèment la corruption. Mais Nous voulions favoriser ceux qui avaient été opprimés sur terre et faire d’eux des exemples (à suivre) et des héritiers. Nous voulions les établir fermement sur terre et réaliser sous les yeux de Pharaon, de Haman et de leurs troupes ce qu’ils redoutaient tant de leur part. » (Coran 28:3-6)

Les hyksos, peuple asiatique semi nomade venu en immgration en Egypte. L’hypothèse développée ici, c’est que l’expulsion des hyksos est la version égyptienne et que le récit biblique est la version des banu Israel d’une même histoire. Depuis une immigration venue progressivement du levant, jusqu’à leur expulsion violente par Kamose. C’est la seule fois ou des sémites sont présents massivement en Egypte.

L’arrivée dans la vallée du Nil de bédouins sémite remonte a bien avant la période Hyksos proprement dite. Une immigration progressive de levantins vers l’Egypte, qui a un moment, pendant la seconde periode intermédiaire, devient majoritaire et s’autonomise.

Bien que l’origine levantine de ces dirigeants ne soit pas remise en question en raison de leurs noms, de leur architecture et de leur culture matérielle, ces résultats remettent en question le récit classique des Hyksos en tant que force envahissante. Au lieu de cela, cette recherche soutient la théorie selon laquelle les dirigeants Hyksos n’étaient pas originaires d’un lieu d’origine unifié, mais étaient des Asiatiques occidentaux dont les ancêtres se sont installés en Égypte pendant le moyen empire, y ont vécu pendant des siècles, puis ont régné sur le nord de l’Égypte. Le large éventail de valeurs dans l’assemblage de Tell el-Dab”a suggère que les non-locaux, que ce soit avant ou pendant le règne des Hyksos, ne venaient pas d’une seule patrie unifiée, mais d’une grande variété d’origines.Who were the Hyksos? Challenging traditional narratives

Ils ont des noms sémitiques comme Yaqoub-her ou Khyan (amorite?).

Plutôt qu’une « invasion », il semble qu’à mesure que l’autorité centralisée des rois égyptiens déclinait, les élites de Tell el-Dab’a augmentèrent leur pouvoir local jusqu’à ce que, par un coup d’État ou simplement un processus lent et pacifique, on voit l’installation d’un gouvernement autonome autour d’Avaris, que les egyptiens enregistreront dans leurs termes en 15 et 16e dynastie.

Les relations directes et intenses entre le royaume d’Avaris et le souverain de Kouch, mentionnées dans les stèles de Kamose, sont attestées par les découvertes de poteries de Basse-Égypte dans les cimetières de Kermac et dans les forteresses de Basse-Nubienne, des sceaux portant les noms de dirigeants asiatiques et des motifs Tell el-Dabaa ou cananéens trouvés dans des contextes Kerma en Nubie.

La ville d’Avaris

La ville d’Avaris, (qui deviendra bien plus tard Pi-Ramses, la capitale de Ramses II) est la capitale et le lieu principal de l’immigration levantine en Egypte.

Manfred Beitak est le responsable des fouilles de la ville d’Avaris. Il en propose un résumé ici, où l’on peut lire entre autres :

Située entre la branche la plus orientale du NIL et une branche latérale, Avaris était entourée d’eau et se trouvait au début de la route d’Horus vers le Sinaï et la Palestine.

Il semble y avoir eu des troubles plus tard, avec des statues brisées et des demeures abandonnées. Peu de temps après, un modèle de peuplement égalitaire est visible au sommet des manoirs et dans la ville de l’Est (zone A/II, phase G/1-3 (vers le 17e siècle). Les parcelles étaient vastes et les enterrements étaient effectués à l’intérieur des cours. Pendant cette période, le pourcentage de poteries de l’âge du bronze moyen importées et fabriquées localement est passé du niveau précédent de 16 pour cent à près de 20 pour cent, et peu après à 40 pour cent. Le processus d’acculturation aux normes égyptiennes non seulement s’est arrêté, mais il semble également y avoir eu une augmentation des traits et des attributs culturels cananéens.

Il existe des preuves de cultes cananéens. Un sceau cylindrique en hématite avec une représentation du dieu de la tempête de la Syrie du Nord Hadad/Ba’al Zephon date de la 13e dynastie et a été découpé localement. Dans la Ville de l’Est (A/II), un grand temple proche-oriental à larges salles a été construit, qui s’est développé peu de temps après, au cours de la phase E/3, pour devenir une formidable enceinte sacrée qui date probablement de l’époque du roi Nehesy du début 14e dynastie (vers 1720 avant notre ère). Le temple principal (III) (avec des dimensions finales de 32,5 × 21,5 m), avec un autel de feu devant, fut le premier sanctuaire à être construit. Comme les parallèles architecturaux les plus proches d’Alep, d’Alalakh et de Hazor étaient consacrés au dieu syrien de la tempête, il est probable qu’il était également la divinité titulaire de ce temple.

Sous la 14e dynastie, les animaux sacrificiels de la période Hyksos étaient des bovins, des moutons et des chèvres. Les os de porc, bien que pas rares dans les déchets des colonies, étaient largement absents. Il semble qu’une sorte de tabou du porc à des fins rituelles ait déjà été établi parmi les Cananéens vivant en Égypte.

Couches stratiagraphiques M-N
Amenemhet I (12e dynastie) a planifié une colonie, appelée Hutwaret, située dans le 19e Nome, vers 1930 avant JC. C’était une petite ville égyptienne jusqu’à environ 1830 avant JC, date à laquelle elle commença à se développer grâce à l’immigration des Cananéens (Levant âge du bronze moyen IIA). En 1800 avant JC, c’était une colonie commerciale beaucoup plus grande sous contrôle égyptien. Au cours des 100 années suivantes, l’immigration a accru la taille de la ville.[26] Des scarabées portant le nom de « Retjenu » (proche orient actuel) ont été trouvés à Avaris, datant également de la 12e dynastie (1991-1802 avant notre ère).[27]

Asiatiques entrant en Égypte à l’époque de Khnumhotep II qui régna entre l’époque de Amenemhat II et Sésostris III (12e dynastie – 19e siècle).

Couches stratiagraphiques G
Vers 1780, un temple dédié à Seth fut construit. Les Cananéens vivant à Avaris considéraient le dieu égyptien Seth comme le dieu cananéen Hadad. Tous deux dominaient la météo.[26]

Couches stratiagraphiques F
Vers 1700 avant JC, un quartier de temples dédiés à Asherah cananéenne et à Hathor égyptienne a été construit dans la partie orientale de la ville. À partir de 1700, la stratification sociale commence et une élite apparaît.[26]

Couches stratiagraphiques E
En 1650 les Hyksos arrivent et la ville s’étend jusqu’à 250 ha. On pense qu’Avaris était la plus grande ville du monde de 1670 à 1557 avant JC. Une grande citadelle fut construite vers 1550.[26]

Schéma de l’occupation de la ville. L’expansion a partir de l’immigration du levant commence bien avant la période Hyksos a proprement parler.

Une population levantine

La période hyksos proprement dite, de 1650 à 1530 commence avec des arrivées massives, constatables sur la strate E. Les travaux de Manfred Bietak montrent des liens dans l’architecture, la céramique et les pratiques funéraires cohérents avec une origine nord-levantine des Hyksos. S’appuyant particulièrement sur l’architecture des temples, Bietak montre de forts parallèles entre les pratiques religieuses des Hyksos à Avaris avec celles de la région autour de Byblos, Ougarit, Alalakh et Tell Brak, définissant la « maison spirituelle » des Hyksos : « à l’extrême nord de la Syrie ». et le nord de la Mésopotamie”. Le terme égyptien Retjenu suggère également une origine nord-levantine.

On pense qu’Avaris était la plus grande ville du monde de 1670 à 1557 avant JC. Cette ville, qui est un port sur le Nil avec accès direct à la mer, a des connections marquées avec la mer égée et la civilisation minoéenne, ainsi qu’avec le nord du levant comme on l’a vue. Ce systeme commercial méditerannéen peut être vue comme un précurseur de ce que fera par la suite la Phénicie.

Cet ensemble aussi se retrouve dans les textes : la légende d’Io, pélasge d’Argos “enlevée par des Phéniciens” et fécondée par Zeus, engendrant de là toute une descendance qui régnera sur l’Égypte… autant que la “Phénicie”, et la Crète (par Europe), prend tout son sens. De même que la légende égyptienne du Papyrus d’Astarté qui associe cette sombre période de domination étrangère au dieu levantin MARIN Yam. D’une certaine manière les légendes et l’association aux divinités, tout comme les filiations reconstruites dans le monde sémite, sont une façon de garder l’histoire des peuples.

Cependant ces immigrés levantins, dont le commerce maritime est Pendant ces 300 ans d’immigrations progressive, la ville a aussi acceulli des immigrés bédouins (la culture bédouine est largement attestée) de mésopotomie et probablement aussi des arabes. Une telle ville a forcement accueilli des marchands, des réfugiés (famines), des voyageurs, etc.


Le temple de seth

Pendant la periode Hyksos on note la présence d’un temple au Dieu Seth. Une version Hyksos de Seth, qui prend des aspects levantins est alors construite. Certains aspects font penser au dieu des tempêtes que sont les divinités principales teshub des hurrites, ou adad des amorites, ou peut etre encore le sumérien dumuzi. Vu la diversité d’origine des hyksos, il est possible qu’à travers le seth égyptiens, la population asiatique importe ses dieux suprèmes de leurs religions respectives. Les egyptiens accusent d’ailleurs les hyksos d’avoir “corrompu” seth. Le nouvel empire en fera le dieu des étrangers. Au cours de ce processus le dieu égyptien Seth a progressivement commencé à incorporer ces traits d’altérité religieuse et à assumer les caractéristiques à la fois mauvais et asiatique, également un dieu du désert.

La vidéo d’Allan Arsnann là dessus, mais il faut le corriger : ils n’adoraient pas Seth, ils ont traduit leur Dieu en Seth pour les egyptiens. Alla Arsnann fait trop de concordisme, en oubliant souvent de s’attacher aux différences, au modifications, aux prises de partis conflictuels à l’intérieur du systeme religieux antique. A l’époque des hyksos, (conc contrairement à son hypothèse) le serpent représente-t-il l’ennemi du dieu seth ? Moise le tenant dans sa main et en faisant un bout de bois semble plutot une remise en cause du serpent comme figure egyptienne, une maitrise de leurs symboles, réduits à rien. Il donne cependant des liens interessants, comme la destruction des idoles (d’après Flavius Joseph).

Apopi vs Seqenenre

Un dernier hyksos Apopi est un candidat interessant pour le Moïse historique. “”Le roi Apophis a choisi pour son seigneur le dieu Seth. Il n’adorait aucune autre divinité dans tout le pays à l’exception de Seth.” The Quarrel of Apophis and Seqenenre

Durant son règne long de plus de quarante ans, Apophi entre en guerre contre le roi thébain Seqenenrê Tâa.

« Qu’un messager aille vers le chef de la ville du Midi pour lui dire : Le roi Râ-Apôpi, (vie, santé, force), t’envoie dire : Qu’on chasse sur l’étang les hippopotames qui sont dans les canaux du pays, afin qu’ils laissent venir à moi le sommeil, la nuit et le jour»

La référence aux hippopotames est un detournement de la culture egyptienne, puisque celui-ci, une des représentations de seth, est aussi connu pour avoir tué le premier roi egyptien, Menes. Ce qui peut expliquer le malaise de Seqenre décrit par la suite. Ce roi a été tué violemment, probablement par une hache “duckbill” couramment utilisée par les asiatiques. Son premier fils meurt jeune. Pour le témoin de Jehovah Gerard Gertoux qui a fait de longues recherches sur l’histoire biblique, c’est le pharaon de l’exode. Moise, et l’exode, quelle évidence ?

La stèle de la tempête

La stèle de la tempête, écrite pendant le règne d’Ahmose marque une terrible tempête et ses conséquences sur l’Egypte. Celle-ci pourrait être liée à l’eruption de Thera et ses conséquences sur l’est de la méditerranée (voir A Storm in Egypt during the Reign of Ahmose), bien que des débats sur la chronologie continue à ce propos. Si l’on considère comme Gertoux qui appuie son analyse sur d’autres documents, comme lesTeaching for King Merikare (voir ref plus haut), que celle ci a lieu avant son règne, les dates commencent à se rapprocher, vers le début ou la mmoitié du 16e siècle.

Guerre

Kamose, le frère de Seqenenre va ensuite mener la guerre contre les hyksos et les chasser d’Avaris puis les combatre jusqu’à Sharuhen. Cependant aucune mention d’Apopi n’est faite dans ses campagnes.

Nous verrons par la suite que cette campagne et la fuite des hyksos correspondent au passage du bronze moyen II (-2000 a 1550) au fer ancien (1550 -1200) en Palestine, qui marque le début des conflits des banu Israel contre les cités états canaanites, suite de notre étude.

Y-a-t-il equivalence entre les banu Israel et les hyksos ?

Dans les textes bibliques, on ne parle pas encore d’un peuple à ce moment, mais simplement d’une famille qui va y trouver refuge. Au moment où le pouvoir égyptien commerce et est favorable aux étrangers.

La formation d’un peuple, une alliance de douze tribues autour du Dieu monothéiste, n’a lieu qu’avec Moïse. Au moment du conflit entre la population immigrée et un nouveau pharaon. Seqenenre puis Ahmose.

La Torah formule qu’une “multitude mélangée” (Ex12.38 : עֵ֥רֶב רַ֖ב) sort d’egypte. Le peuple est alors en formation, il se forme par cet évenement, avant de s’exiler de cette ville par le désert, vers Madyan. Il y a une alliance qui se forme dans la reconnaissance du Dieu de Moïse, qui rassemble, par le conflit avec le pouvoir égyptien, une multitude d’habitants, qui deviennent un peuple.

Si la présence sémite massive en Egypte fait de cette période la seule possible pour l’histoire des banu Israel en Egypte, il reste des questions a explorés:

  • ceux qui partiront avec Moise sont ils l’ensemble de la population sémitique ou une partie seulement ? y-a-t-il des conflits ou des différences entre eux ?
  • Comment comprendre les divinités Hyksos ? Dans les textes monothéistes Dieu est révélé à Moïse dans le désert de Madian, puis Moïse revient en Egypte. Le Seth/Adad des Hyksos est-il une figure hyksos de ce Dieu monothéiste avant Moïse ? Ou bien est il une forme des ba’al, les idoles moyen oriental de cette époque ?
  • Apopi n’aurait-il pas été associé à Seth, une divinité négative, par les égyptiens plus tard, pour décrire en mauvais termes le Dieu monothéistes des sémites ?
  • Qui est l’amalek en gueerre sur la voie du nord ? Une partie des hyksos, pourrait elle avoir été en opposition avec l’alliance des banu Israel qui s’enfuit ? ce que signifierait alors le probleme d’amalek sur la route du nord, un conflit entre les égyptiens de Kamose et une partie hourrite (indo européenne) des élites hyksos ? Un conflit interne aux hyksos est la théorie de cette vidéo https://youtu.be/As7DJIIUYCc?si=HSYOHdUHvqg_k6Uv&t=1009 et elle mérite d’être étudiée. La question des constructions en brique (mais qui ont lieu deux fois), y est également importante.

L’énigmatique bolchevik de Jérusalem : les mémoires de Najati Sidqi – Salim Tamari

Le sujet de ces mémoires, Najati Sidqi (1905-1979), est presque oublié dans les annales du mouvement national palestinien : même au sein de la gauche, rares sont ceux qui se souviennent de lui. Pourtant, Sidqi fût une figure marquante du communisme palestinien et arabe. Leader du mouvement syndical, il a représenté le Parti communiste palestinien (PCP) au Komintern, a été l’un des rares socialistes arabes à rejoindre la lutte antifasciste en Espagne et a contribué de manière significative au journalisme politique et culturel de la gauche. en Syrie, au Liban et en Palestine. 

Aujourd’hui, grâce à l’édition méticuleuse de Hanna Abu Hanna – et à ses nombreuses annotations et glossaire – nous possédons un témoignage précieux de ce qui s’est passé dans les coulisses des activités partisanes syriennes et palestiniennes et un récit vivant de la façon dont les socialistes et communistes arabes vivaient dans le régime soviétique.

À différentes étapes de sa carrière, Sidqi a eu des contacts personnels (et parfois intimes) avec Joseph Staline, Nicolaï Boukharine (auteur de la Constitution soviétique) et l’un des fondateurs du Komintern, Jorge Dimitrov (le chef des communistes bulgares) , Dolores Ibaruri (la légendaire dirigeante du mouvement républicain espagnol), George Marchais (dirigeant du Parti communiste français) et avec Khalid Bagdash (le dirigeant kurde du Parti communiste syrien avec lequel Sidqi avait des différends chroniques et amers sur leurs évaluations divergentes de la situation). Islam et nationalisme arabe). Il a été témoin de l’arrestation et de l’exécution de Grégoire Zinoviev et de Boukharine, de la chute de Madrid aux mains des forces franquistes et de la montée du mouvement nazi à Berlin. Il fut également témoin oculaire de l’entrée de l’armée britannique en Palestine, de l’exil du roi Fayçal de Damas et de la sortie de l’armée française de Syrie et du Liban. 

L’un des aspects importants de ces mémoires est qu’ils mettent en lumière un aspect négligé de la vie politique à Jérusalem. Pendant la période du Mandat, la ville était connue pour les rivalités factionnelles entre les deux principales familles de Jérusalem (les Nashashibis et les Husseinis) et leurs partis politiques respectifs, ainsi que pour être le siège du gouvernement colonial. Mais, en général, la vie politique était le domaine de Haïfa et de Jaffa, avec leurs activités syndicales, leur politique radicale et leur journalisme de gauche. 

Sidqi met en lumière les premières apparitions de la politique de gauche à Jérusalem – et sa propre participation à celle-ci, d’abord dans le contexte des tentatives des groupes juifs radicaux de rompre avec le mouvement sioniste, puis dans la tentative des socialistes arabes d’« s’infiltrer » des regroupements traditionnels tels que les processions quasi-religieuses de Nebi Musa (voir extraits ci-dessous). Sidqi souligne également le degré de mobilité avec lequel les militants de gauche, et probablement d’autres militants, se déplaçaient d’une ville à l’autre et la relative facilité avec laquelle ils traversaient clandestinement la frontière vers la Syrie et le Liban. Quatre ans seulement avant la rédaction de ces mémoires, la Syrie, le Mont-Liban, la Palestine et la Transjordanie faisaient partie d’un seul domaine ottoman sans frontières entre eux. 

Sidqi a publié un fragment de ses mémoires « publiques » en 1968. Les mémoires actuelles sont censées exposer l’aspect « secret » et clandestin de son histoire politique. Pourtant, ils laissent de nombreuses questions sans réponse et plusieurs problèmes non résolus, que l’éditeur, lui-même un vétéran du socialisme palestinien, aurait pu clarifier. Par exemple, pourquoi le jeune Sidqi a-t-il rejoint le mouvement communiste dans les années 1920 alors que ses sympathies étaient clairement nationalistes ? Et pourquoi a-t-il été exclu du mouvement dans les années 1940 ? Pourquoi son frère aîné Ahmad, un militant du parti qui vivait avec lui à Moscou, est-il devenu témoin à charge contre Sidqi lorsqu’il a été arrêté par la police britannique pendant le mandat – un facteur crucial dans son emprisonnement ? Mais surtout, la dimension personnelle de la vie de Sidqi est absente des mémoires. 

Dans l’introduction d’Abu Hanna, nous apprenons de manière schématique la biographie de Sidqi, mais la propre interprétation des mémoires par le chroniqueur reste rigide et énigmatique. Tout se passe comme si son style de vie militant bolchevique clandestin l’empêchait de dévoiler ses pensées intimes par crainte d’une révélation posthume. Sidqi est né dans une famille de Jérusalemite de classe moyenne en 1905. Son père, Bakri Sidqi, était un professeur de turc qui rejoignit plus tard le prince Faisal dans le Hijaz dans la campagne contre le mouvement wahhabite. Sa mère était Nazira Murad, issue d’une importante famille marchande de Jérusalem. Najati a passé son enfance à Djeddah et au Caire, puis a déménagé avec sa famille à Damas lorsque Faisal a été proclamé roi. Au début des années 1920, il retourna à Jérusalem et travailla au Département des Postes et Télégraphes où il rejoignit le PCP naissant, alors dominé par des immigrants juifs d’Europe de l’Est et des sionistes de gauche. 

En 1921, il est envoyé par le Parti étudier à Moscou à la KUTV (l’Université communiste des travailleurs d’Orient), où il fait la connaissance du poète turc Nazim Hikmat et des membres de la famille Nehru. Sa thèse universitaire portait sur le mouvement national arabe, depuis la rébellion unioniste contre l’État ottoman jusqu’à la formation du bloc national. Cette courte thèse, jointe aux mémoires, jette un peu de lumière sur le type d’études menées à KUTV et établit Sidqi comme un érudit marxiste mineur (bien qu’il soit tout à fait possible de supposer, comme le suggère Abu Hanna dans son introduction, que le manuscrit disponible – qu’il a rassemblé en fragments provenant de trois sources différentes – est incomplet). 

À Moscou, Siqdi a épousé une communiste ukrainienne qui reste anonyme, sans visage et sans voix tout au long de son journal. Paradoxalement, la seule fois où on l’entend dans les mémoires, c’est lorsqu’elle est arrêtée par des gendarmes libanais lors d’une des escapades de la famille, alors qu’elle est voilée déguisée et ne baisse la tête qu’en réponse à leurs interrogatoires. De même, son fils et ses filles – dont l’une est devenue un éminent médecin en Union soviétique – ne sont mentionnés qu’en passant. 

Après avoir terminé sa formation universitaire, Sidqi retourna en Palestine – ou plutôt fut envoyé pour participer à l’arabisation de ce qui était essentiellement un parti juif. Dans les années trente, il fut arrêté par la police britannique et passa trois ans incarcéré à Jérusalem, Jaffa et Akka. Le Komintern l’a fait sortir clandestinement du pays dans les années trente à Paris où il a édité le journal arabe du Komintern, L’Orient arabe , qui était distribué clandestinement en Afrique du Nord et au Mashriq. Finalement, les autorités françaises ont fermé le journal, probablement en raison de son ton anticolonial en Algérie. En 1936, le Komintern envoya Sidqi mobiliser les soldats marocains contre Franco. (Au début de la rébellion fasciste, il faut le rappeler, une partie importante de l’armée franquiste débarquée à Malaga était composée de mercenaires marocains, tandis que la majeure partie des Brigades internationales qui combattaient aux côtés de la république étaient des volontaires européens de gauche. C’est dans ce contexte que le mouvement communiste avait intérêt à se rapprocher des Marocains). Siqi vivait dans les rangs du mouvement républicain à Barcelone et à Madrid, distribuant des tracts en arabe aux milices nord-africaines du mouvement fasciste. (On peut imaginer à quel point ces tracts étaient inefficaces, étant donné l’arabe palestinien de Sidqi et le faible niveau d’alphabétisation des troupes rurales marocaines de Franco). Au début de 1937, il fut envoyé en Algérie pour créer une station de radio arabe, sa propre idée, pour diffuser de la propagande anti-franquiste auprès des combattants marocains – une mission qui échoua pour des raisons inexplicables. À ce stade, le Komintern a ordonné à Sidqi de s’installer au Liban où sa carrière de journaliste dans les journaux de gauche a prospéré. 

C’est à cette époque que ses relations avec Khalid Bagdash sont devenues si tendues que Sidqi a finalement été expulsé du parti. Abu Hanna suggère que la principale raison de l’expulsion était son opposition au pacte de non-agression entre Hitler et Staline en août 1939, mais cela ne ressort pas clairement du propre récit de Sidqi. En fait, l’évaluation par l’auteur de ses divergences avec les partisans de Bagdash est symptomatique d’une naïveté politique frappante qui prévaut tout au long de son journal. Il affirme, par exemple, que l’accord a été bien accueilli par les partisans du parti parce qu’il signifiait un rapprochement entre le communisme international et le national-socialisme allemand ; il s’est opposé au traité parce qu’il s’agissait d’un « faux accord, destiné à faire gagner du temps [à Staline] » (pages 165-166). Il est plus probable que ce soit le contraire qui soit vrai : les communistes arabes pro-soviétiques ont soutenu l’accord, peut-être avec quelques hésitations, parce qu’ils voulaient donner aux Russes un sursis face à leur isolement mondial. Il est extrêmement improbable, comme le prétend Sidqi, qu’ils aient été favorables à l’affinité idéologique entre les deux mouvements. 

Finalement, Sidqi se présente comme un nationaliste arabe avec des sympathies socialistes. Sa rupture avec le Komintern et Bagdash ne l’a pas retourné contre la gauche. Il a plutôt poursuivi une carrière réussie dans la critique littéraire et la radiodiffusion au Liban et à Chypre. Au moment de sa mort à Athènes en 1979, il avait produit une douzaine de livres sur la littérature russe, des pièces de théâtre et des volumes de critique littéraire. L’un de ses livres, Un Arabe qui a combattu en Espagne, sur son expérience dans la lutte antifasciste, a été faussement publié sous le nom de Bagdash – un épisode qui a enflammé Sidqi contre Bagdash et le Parti. Un autre ouvrage Nazisme et Islam, qu’il a publié pour mobiliser les musulmans traditionnels contre le mouvement nazi, a été traduit en anglais et a reçu des citations des gouvernements français et britannique. Le livre est devenu un facteur décisif dans son expulsion du parti (p. 167) car – selon Sidqi – il s’appuyait trop sur des textes islamiques au goût de ses collègues laïcs du parti. Nonobstant ces réserves, les Mémoires de Najati Sidqi apportent une contribution significative à la littérature biographique palestinienne et offrent aux historiens un aperçu précieux des étapes formatrices du socialisme arabe et palestinien d’avant-guerre.

Le bolchevisme arrive à Jérusalem 

Dans les extraits traduits suivants de son journal, Sidqi retrace sa propre implication dans le mouvement bolchevique à Jérusalem dans les années 1920, alors qu’il était fonctionnaire dans le gouvernement mandataire. 

L’immigration juive en Palestine a apporté à ce pays des idéologies, des coutumes et un mode de vie en contradiction avec l’environnement arabe palestinien. Au début des années 1920, nous avons commencé à entendre parler du bolchevisme, de l’anarchisme, de Marx, de Lénine, de Trotsky et de Hertzl. Nous avons également rencontré des mouvements ouvriers parmi ces immigrants juifs, comme l’Histadrut – le syndicat des travailleurs juifs – la « Fraktsia », l’opposition de gauche au sein de l’Histadrut, le parti Poaleh Tsion et les Kibboutzim, les campements quasi socialistes des nouveaux les immigrants. 

Les immigrés de gauche commencèrent à s’agiter parmi les Arabes. L’une de leurs premières manifestations a eu lieu dans les rues de Jaffa lors du défilé du 1er mai 1921. Ils ont brandi des drapeaux rouges dans les quartiers de Manshiyyeh et scandé des slogans en hébreu et en arabe [cassé]. Les habitants arabes les regardaient avec émerveillement, incapables de comprendre ce que criaient ces ouvriers, ni ce qu’on attendait d’eux. 

J’étais à l’époque [1921] un jeune homme employé au département des Postes et Télégraphes à Jérusalem, qui était situé dans l’ancien complexe du consulat italien, en face de la banque Barclays aujourd’hui [1939], c’est-à-dire que c’était située aux frontières séparant les zones arabes des zones juives hors des murs de la ville. 

Le département des Postes comprenait des employés des deux groupes et d’une variété d’ethnies et de modes de vie. Vous observeriez des habitants locaux portant des vêtements arabes, des Juifs ashkénazes portant des manteaux de velours colorés et des chapeaux de fourrure ; Halutsim (« immigrants juifs pionniers »), hommes et femmes, portant des shorts ; Sépharades (Juifs arabisés originaires d’Espagne) ; et Kurgis – les restes des Juifs babyloniens exilés du huitième siècle avant JC. 

Dans le département, nous avions l’habitude de nous associer avec des immigrants juifs, soit comme collègues de travail, soit dans le cadre de relations sociales. Beaucoup d’entre nous fréquentaient un petit café derrière le bâtiment où se trouve aujourd’hui la banque Barclays. Il appartenait à un juif russe de constitution robuste, qui portait toujours un pantalon blanc surmonté d’une chemise noire, dont les boutons étaient ouverts sur l’épaule gauche. Il se rasait la tête avec un rasoir pour garder la tête fraîche pendant l’été, et avait une barbe taillée et une énorme moustache bouclée à la manière russe. La serveuse était une Polonaise blonde et séduisante, aux joues rougeâtres et aux yeux bleus. 

Dans ce café, mes amis et moi nous réunissions le soir et socialisions avec ses clients étrangers. Je me souviens de cette époque d’un capitaine tsariste à barbe blanche qui affirmait que les bolcheviks s’étaient emparés de son navire à Odessa ; et un jeune employé municipal dont le père était russe et la mère arabe ; un peintre immigré qui dessinait les clients pour quelques piastres ; une dame élégante qui revenait toujours sur ses biens immobiliers perdus en Ukraine, et des dizaines de jeunes immigrés qui achetaient de l’eau gazeuse pour étancher leur soif en été. 

Je me souviens dans cet environnement des débats fréquents qui tournaient autour de l’immigration juive et de la résistance arabe ; de la rébellion de Jabotinsky, de Tell Hai au nord de la Palestine… ; de la rébellion de Jaffa [1921] ; et des affrontements armés entre Juifs et Arabes à Jérusalem après que Jabotinsky ait conduit ses partisans au Mur des Lamentations. Beaucoup de ces débats étaient accompagnés de discussions idéologiques qui nous ont été traduites par ces immigrants qui connaissaient l’arabe familier. J’ai appris que le socialisme vise à établir l’autorité des conseils ouvriers, que l’anarchisme ne reconnaît pas l’autorité de l’État et qu’il vise l’autonomie gouvernementale du peuple par le biais des syndicats. J’ai également appris que le bolchevisme (nous n’utilisions pas le mot arabe pour le communisme – shuyu’iyya – à l’époque) a établi un État socialiste en Russie grâce à la révolution et à l’Armée rouge. 

Ces discussions m’ont paru étranges et plutôt éloignées de nos préoccupations locales. Nous étions alors préoccupés par l’avenir inconnu, par l’occupation britannique et par la Déclaration Balfour. De nos parents nous avons appris que les Britanniques et les Français étaient apparemment arrivés pour nous libérer [de la domination ottomane], que Lawrence était l’ami des Arabes et que la rébellion de [Chérif] Hussein ben Ali visait à établir un État unifié. Etat arabe. Nous avons grandi dans cette atmosphère… les hordes coloniales et sionistes s’emparaient de la Palestine, tandis que les doctrines internationales imprégnaient nos pensées impressionnables. Nous étions prêts à entendre n’importe quoi et à accepter n’importe quelle préposition pour lever le cauchemar de la nouvelle occupation qui a succédé à la domination turque. 

Au Café Postal, je me suis lié d’amitié avec un groupe de nouveaux immigrants russes appartenant à la Fraktsia et au Parti des travailleurs palestiniens. Leur propagande était centrée autour des thèmes suivants : 

Premièrement, le colonialisme britannique était l’ennemi à la fois des Juifs et des Arabes et sa politique était basée sur le principe « diviser pour régner ». 

Deuxièmement, ces immigrants juifs étaient composés d’une bourgeoisie aisée et de travailleurs pauvres, et le sionisme était un mouvement bourgeois qui ne profitait qu’aux juifs riches. Les travailleurs juifs ont intérêt à s’allier au socialisme international et finiront par se débarrasser de leurs maîtres. 

Troisièmement, les effendis arabes sont des opportunistes qui collaborent avec les autorités coloniales et ne sont pas fiables en tant qu’alliés. 

Quatrièmement, seul un parti ouvrier pour tous les Palestiniens sera capable de concilier les intérêts des travailleurs des deux peuples et de résoudre radicalement le problème palestinien. 

C’étaient des notions nouvelles et intrigantes pour moi, ce qui m’a amené à y réfléchir profondément. Certains de ces immigrants m’invitaient dans leur club derrière l’hôpital allemand de Jérusalem. Là, j’ai appris l’arrestation de leurs camarades en Égypte et la mort d’un des militants, un Arabe libanais, en prison après une grève alimentaire prolongée. Ils distribuaient un journal arabe – al-Insaniyya – publié à Beyrouth par Yusif Yazbek. Ils m’ont aussi donné un pamphlet en arabe du prince Kropotkine sur l’anarchisme. 

Nous nous retrouvions alternativement au club et dans la forêt de Shniller. De temps en temps, nous nous rencontrions dans les collines de Ratzbone. Un jour, fin 1924, alors que je n’avais que 19 ans, mes camarades m’ont demandé si je serais intéressé à voyager à Moscou pour étudier à l’université sans payer les frais de voyage, d’éducation ou de subsistance. Je n’ai pas hésité un seul instant à accepter cette offre. Ils m’ont demandé de préparer mon voyage dans un délai de six mois. 

J’ai commencé par prendre des cours particuliers de russe élémentaire auprès d’un jeune immigrant russe qui connaissait un peu l’arabe. Il m’a appris l’alphabet et quelques compétences conversationnelles rudimentaires. Durant cette période, le groupe m’a invité à sa conférence de la jeunesse à Haïfa, où j’ai été élu au comité central de la section jeunesse du Parti. Ce fut mon initiation formelle au mouvement bolchevique en Palestine. Depuis ce jour, je devais assister à toutes les réunions clandestines du mouvement et distribuer les tracts et brochures du parti. 

Durant cette période, je suis devenu actif dans le festival Nebi Musa. Cette célébration a été initialement créée par Salah ed Din al Ayyubi, en même temps que la fête de Nebi Rubin à Jaffa, dans l’espoir qu’elle rappelle aux gens les conquêtes islamiques. Les partisans du parti m’ont porté sur leurs épaules. J’avais un kuffiyyeh et un iqal comme couvre-chef et je portais des lunettes noires. J’étais élevé parmi les étendards des sectes religieuses, au milieu des tambours et des trompettes, des chants et des dabkes des villages. J’ai crié quelques slogans qui me sont venus à l’esprit. Les camarades ont brandi le drapeau rouge et un immense slogan saluant la lutte pour l’indépendance. Les manifestants étaient en délire et la nouvelle s’est répandue : les bolcheviks arabes sont arrivés !! 

Cet événement a conduit les autorités britanniques à lancer une campagne pour m’arrêter. Des informateurs diffusaient des informations contradictoires à mon sujet. Certains ont affirmé m’avoir vu couvert d’une abaya de femme, avec un voile noir sur le visage ; un autre prétendait m’avoir vu dans le quartier chrétien habillé en prêtre orthodoxe avec une barbe assez longue ; un troisième a dit que le mendiant qui dort dans la Porte Sombre menant au complexe du Haram est aussi un autre déguisement, et ainsi de suite. Toutes ces rumeurs ont obligé le CID à rechercher une photo de moi à jour. Ils ont amené une jeune connaissance à moi et lui ont demandé de décrire mes traits à un artiste policier. Ils ont distribué des copies du croquis au personnel de sécurité. En quelques jours, ils avaient arrêté un professeur d’école, un courtier immobilier et un vendeur de textile ambulant. Finalement, ils les ont tous relâchés.

Salim Tamari est directeur de recherche à l’Institut d’études de Jérusalem et président du conseil consultatif du JQF.

Article Original :

Les mémoires de Najat Sidqi, PDF en arabe :

Nazisme et Islam sont ils compatibles ? PDF en arabe :

Le facteur Dahlan – Joseph Massad

Par Joseph Massad

Note de la rédaction d’Intifada-Palestine.com : Le site Al Jazeera en anglais a une nouvelle fois retiré un article du professeur de l’Université Columbia Joseph Massad quelques heures après sa publication. L’article, “Le Facteur Dahlan”, est apparu pendant plusieurs heures sur le site de l’organe de diffusion basé au Qatar à ce lien mais il a été retiré plus tard sans explication (l’article complet est republié ci-dessous). [L’article n’est plus non plus sur le site ISM Palestine, et intifada palestine n’est plus. Retrouvé, je le poste ici pour conservation. D’autres articles sont présents sur electronic intifada à propos de Dahlan.

La résurrection récente de Mohammad Dahlan par plusieurs gouvernements arabes, Israël et les Etats-Unis est un développement très important pour l’avenir de la cause palestinienne, les négociations entre l’Autorité palestinienne (AP) et Israël et Gaza gouverné par le Hamas. Dahlan est considéré par de nombreux Palestiniens comme le responsable le plus corrompu de l’histoire du mouvement national palestinien (et les prétendants à ce titre ne manquent pas).

M ohammad Dahlan, au centre, entouré par l’ex-Premier ministre du gouvernement sioniste Ehud Olmert (à g.) et l’ex-ministre de la “Défense” Shaul Mofaz


Dahlan, faut-il le rappeler, fut l’homme de l’AP en charge de Gaza après la signature des Accords d’Oslo, où il commandait à 20.000 agents palestiniens de sécurité qui relevaient de la CIA et du renseignement israélien. Ses forces ont torturé des membres du Hamas dans les geôles de l’AP tout au long des années 1990.


Sa corruption, à l’époque, était telle qu’il aurait détourné plus de 40 pour cent des impôts prélevés aux Palestiniens pour son compte personnel dans ce qu’on a appelé le Scandale de Karni Crossing en 1997.

Dahlan, qui a été accusé à maintes reprises tant par le Hamas que par le Fatah d’être un agent du renseignement étasunien, israélien, égyptien et jordanien, a tenté de fomenter à Gaza un coup d’Etat organisé par les Etats-Unis contre le gouvernement Hamas démocratiquement élu en 2007, tentative qui s’est retournée contre lui et qui s’est terminée par son expulsion de la Bande (j’avais mis en garde contre ce coup d’Etat plusieurs mois avant qu’il ne se produise).


Un coup d’Etat simultané conduit par Abbas et ses forces de sécurité soutenues par Israël et les Etats-Unis en Cisjordanie a réussi à déloger le Hamas élu du pouvoir. Dahlan s’est replié dans ce bastion du pouvoir US et israélien, à savoir la Cisjordanie sous contrôle de l’AP, où il a commencé à tramer de nouveaux complots avec ses nombreux patrons pour saper non seulement le Hamas mais aussi Abbas, dont il enviait et convoitait le poste.


Les Américains et l’Union européenne (cette dernière sur ordre des Etats-Unis) ont commencé ensuite à faire pression sur Abbas pour qu’il prenne Dahlan comme adjoint, montrant clairement qu’ils aimeraient le voir succéder à Abbas. Abbas a résisté à la pression et a refusé.


Entretemps, Dahlan a été accusé par le Hamas et par l’AP d’ourdir des tentatives d’assassinat contre plusieurs responsables palestiniens, dont le Premier ministre Hamas Ismail Haniyeh et des ministres Fatah à l’AP. Des accusations qu’il a constamment réfutées. Sa participation dans l’assassinat par le Mossad d’un responsable Hamas à Dubai en 2010 [Mahmoud Abdel Raouf al-Mabhouh, ndt] impliquait que deux hommes appartenant à ses escadrons de la mort (arrêtés plus tard par les autorités de Dubai) ont aidé à l’opération, une accusation qu’il a également niée. Sa fortune personnelle fut prudemment estimée par un groupe d’expert israélien en 2005 à 120 millions de dollars.

La somptueuse demeure de Dahlan à Ramallah, dans le quartier chic de Maysoon


Lorsque les intrigues de Dahlan sont devenues trop évidentes pour être ignorées, Abbas l’a dépouillé du pouvoir et l’a chassé hors de la Zone verte de Ramallah en 2010. Il a déménagé dans l’Egypte de Moubarak et plus tard, après l’éviction de ce dernier, à Dubai (et à l’occasion en Europe) où il est resté jusqu’à sa résurrection récente par les héritiers de Moubarak qui siègent maintenant sur le trône de l’Egypte.

L’homme de tous les patrons

Le pouvoir de Dahlan réside dans son aptitude à servir les plans de plusieurs clients. Pour les Israéliens, c’est un homme assoiffé de pouvoir impitoyable et corrompu qui se soumettrait à toutes leurs demandes docilement s’il accédait au pouvoir à Gaza et en Cisjordanie . Les Américains et les Israéliens voient en lui un homme tout-à-fait disposé à signer, sans hésitation, un accord sous parrainage US avec Netanyahu.

Pour les Egyptiens et les monarchies du Golfe (on dit qu’il est en affaires avec un dirigeant du Golfe), il s’occupera de leurs intérêts et obéira à leurs ordres en éliminant toute résistance à une capitulation palestinienne finale à Israël imposée par les Etats-Unis et en supprimant le Hamas une fois pour toutes.

Pour les putschistes égyptiens, dont le coup d’Etat est la reproduction de celui de Dahlan à Gaza en 2007, à part qu’ils ont réussi, il les débarrassera du Hamas, qu’ils considèrent comme une extension du pouvoir des Frères musulmans, et il rendra leurs relations avec Israël encore plus étroites qu’elles ne le sont déjà. Le rôle le plus important de Dahlan, toutefois, est celui pour lequel les Américains ont besoin de lui, à savoir remplacer Abbas si ce dernier ne signe pas la reddition finale que Barack Obama et John Kerry ont concoctée sur ordre de Netanyahu au cours de ces derniers mois.

Exactement comme George Bush Jr et Bill Clinton ont mis fin aux services d’Arafat après que ce dernier se soit révélé incapable de signer la capitulation palestinienne finale exigée de lui à Camp David à l’été 2000 (une incapacité qui lui a certainement coûté la vie par Abbas ou Dahlan – ça dépend avec lequel des deux vous discutez – agissant sur ordre des Israéliens, et très vraisemblablement des Américains), Obama mettra fin aux services d’Abbas s’il ne signe pas la reddition commanditée par les Etats-Unis. Et même si Abbas signe un tel accord, dans la mesure où il approche de son 80ème anniversaire, Dahlan sera nécessaire, et prêt à prendre la relève après sa mort.

C’est dans ce contexte que de hauts gradés de l’armée égyptienne ont récemment visité Israël pendant toute une semaine tandis que la chaîne de télévision privée égyptienne Dream (appartenant à Ahmad Bahgat, un homme d’affaires allié de Moubarak) a diffusé un entretien avec Dahlan dans lequel il a attaqué Abbas, dans une nouvelle tentative de le délégitimer.

Dahlan s’est vu offrir le soutien de l’homme d’affaire égyptien de droite Naguib Sawiris (tristement célèbre pour avoir couper les lignes des téléphones cellulaires pendant le soulèvement égyptien en janvier 2011 sur ordre de l’appareil sécuritaire de Moubarak), qui a chanté les louanges de Dahlan (ainsi que ceux de Mohammad Rashid, alias Khaled Salam, ancien assistant d’Arafat et lui aussi fugitif et soupçonné de corruption et de détournement de fonds) comme l’un des hommes d’affaires les plus honnêtes avec lequel il a jamais travaillé et il a ensuite traité Abbas de “menteur”.

En effet Sawiris, qui a eu auparavant des investissements en Israël, est allé jusqu’à affirmer que si la Palestine avait eu “trois hommes” comme Dahlan, “elle serait maintenant libérée.”

Pendant ce temps, après des mois de fermeture des frontières avec Gaza et de harcèlement des Palestiniens en Egypte par les héritiers de Moubarak, la fille du défunt leader égyptien Gamal Abdel Nasser, Huda, a, comme ses autres frères et sœurs, rendu un hommage public abject au leader du coup d’Etat, publié une lettre au Premier ministre Hamas Ismail Haniyeh, l’accusant lui et le Hamas de terrorisme visant les soldats égyptiens dans le Sinaï.

En outre, la Syrie n’étant plus un refuge pour les dirigeants du Hamas en exil, les Saoudiens et les Emirats arabes unis resserrent leur poigne sur le Qatar, la nouvelle base pour la direction Hamas en exil et sponsor des Frères musulmans. Ils espèrent aussi que certaines des concessions que l’Iran consentirait dans le cadre de son nouveau modus vivendi avec les Etats-Unis comprendraient l’abandon du soutien au Hamas.

Le plan de prise de contrôle

Alors qu’un tribunal égyptien a récemment rejoint Israël et les Etats-Unis pour bannir le Hamas du pays et pour le considérer comme une organisation terroriste, et tandis que les Israéliens ont menacé ouvertement cette semaine qu’une invasion de Gaza serait nécessaire, le plan de prise de contrôle par Dahlan avance lentement mais sûrement et est considéré comme une telle menace qu’Abbas a envoyé ses partisans et ses petits copains dans les rues de Ramallah pour prouver aux Américains et aux Israéliens qu’il jouit toujours d’un large soutien en Cisjordanie .

La compétition entre Abbas et Dahlan est essentiellement une lutte dans laquelle chacun veut montrer qu’il peut être plus servile aux intérêts israéliens, américains, égyptiens et du Golfe, tout en maintenant sa légitimité et son contrôle total sur la population palestinienne.

Les détails du complot ne sont pas clairs. Ils pourraient comprendre l’invasion de Gaza depuis l’Egypte et Israël (et les responsables égyptiens ont déjà menacé de lancer une telle invasion il y a quelques semaines), une sorte de coup d’Etat en Cisjordanie , et même les assassinats de Haniyeh et/ou d’Abbas.

Pour le moment, tous les paris sont ouverts puisque Abbas, comme Arafat avant lui, fait preuve d’une obéissance totale aux diktats étasunien et israélien et qu’il ira beaucoup plus loin que n’est allé Arafat, mais il ne comprend que trop bien qu’il perdrait toute légitimité et contrôle s’il signait la capitulation humiliante finale que les Etats-Unis et Israël exigent de lui. Dahlan bien sûr n’aura pas ce genre de problème.

Quant au Hamas qui, contrairement aux Frères musulmans, est un mouvement de résistance et non un parti politique, on ne peut pas le rafler ou l’écraser si facilement, et l’entrée de Dahlan à Gaza, et en Cisjordanie , entraînerait une guerre civile qui pourrait à nouveau se terminer par sa défaite, à moins d’une invasion israélienne de toute la Bande de Gaza pour le ramener au pouvoir (Dahlan a également été accusé par l’AP de collaborer avec les Israéliens lors de leur invasion de Gaza fin 2008 et a récemment été accusé d’avoir aidé la contre-révolution en cours en Egypte

Le même scénario serait reproduit en Cisjordanie .

L’avenir du peuple palestinien est en danger et les ennemis des Palestiniens les cernent, à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine. Des plans Obama-Israël-Egypte-Golfe pour liquider leur cause et leurs droits se trament en ce moment.

Cependant, tout comme les dirigeants palestiniens corrompus du passé n’ont pas réussi à liquider les droits des Palestiniens et leur cause, le pari israélien et étasunien sur le cheval Dahlan ne fera que décupler la conviction du peuple palestinien et de ses partisans que la résistance palestinienne ne cessera qu’après la liquidation finale du racisme d’Etat et du colonialisme israélien dans toutes ses manifestations sur l’ensemble de la Palestine historique.


(1) Dans un article intitulé “L’émigration, la dernière menace au droit au retour des Palestiniens“, son auteur Qassem Qassem révélait le rôle du couple Dahlan dans une campagne dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban pour les pousser à émigrer. ISM-France, 4 mars 2014 (ndt).

Source : Intifada Palestine Traduction : MR pour ISM

LA FOSSILISATION DU SAVOIR ET LE SCHEME PROPHETIQUE

un probleme religieux que l’on observe aussi en science.

La science est confrontée au réel. L’humanité construit, à partir de la logique, des catégories et des constructions symboliques pour rendre intelligible le réel. Ces constructions ont une capacité d’explication qui fonctionne au moins partiellement. Mais ces schémas ne sont jamais qu’une construction imparfaite. Ce que va faire la science, c’est de continuellement confronter les résultats au réel, pour y arrimer la connaissance, par le moyen de tests et d’experiences. Même ainsi on voit que la démarche scientifique nécessite de periodiquemlent renouveller l’infrastructure générale de la construction symbolique par des “révolutions scientifiques”. Une révolution scientifique marque la fin d’un moment où la science s’est arcboutée sur un formalisme de constructions symboliques, en apparence logiques, mais qui ne fonctionnent plus avec les nouvelles expériences e surtout freine les nouvelles construction. Ces révolutions viennent renouveler, simplifier les anciennces constructions symboliques, devenues complexes et bancales. On se rend compte qu’on avait un ensemble devenu trop arrangé, trop branlant et que paradoxalement l’irruption du réel vient simplifier. il faut souvent une génération pour que l’humanité intègre la révolution scientifique.

La religion aussi est confrontée au réel, en particulier social, donc à la nécessité d’explication du texte et de renouvellement de la jurisprudence. Cette confrontation se fait y compris au réel du texte saint, qui lui resiste étonnament bien au passage du temps. Ainsi l’on créé des tafsirs, de la paraphrase et surtout l’on essaye de définir des catégories sur lesquelles on peut appliquer de la logique. Cet effort de compréhension subit lui aussi le passage du temps : la necessité de jurisprudence avec l’évolution de la civilisation humaine, et la construction d’interpretations religieuses. Là aussi se forme une structure de constructions symboliques, que ce soient sur les termes du texte ou bien sur la morale, la loi, qui elles aussi à leur tout deviennent bancales et contestées par le réel. Comment expliquer la tendance conservatrice du religieux ? Le prêtre, le rabbin, l’imam autonome, ancré dans sa population et guidé par sa connaissance, va constamment adapté son discours en devenant conseil, service, assistance parmi ses frères, cette approche autonome, communale, fonctionne, s’adapte. Mais plus il y a de constructions hiérarchiques, plus les symboliques sont ancrées dans le bati, le corps mort du religieux. Opposé aux corps vivant des croyants et à la vivacité de la parole prophétique, qui forme son assemblée (jama’a, ekkelsia, synago). A l’opposé, plus les religions revetent d’importance politiques pour la structure du monde (cad la structure sociale), plus elles vont devenir abstraction, symbole, resistants à la critique du réel (devenu “dictature de la vérité” dans leurs termes), et se fossiliser en idéologie de pouvoir. Jusqu’à justuifier des guerres. Le terme “sépulcre blanchi” utilisé par Jésus est d’une ironie acide, en ce qu’il décrit à la fois la fossilisation du religieux : du religieux mort, et son ancrage dans le sacrifice, le culte des morts, cad la violence sociale, autoritaire, des structures de pouvoir.

Parenthèse. J’avais du mla à situer l’ésoterisme dans tout ça : le souffisme, l’alchimie, etc. On voit bien que ces mouvements introduisent de l’intelligence, manient les symboliques avec plus de souplesse, et produisent leur propre materiel textuel, des constructions symboliques utilisées comme telles. Cependant elles perdent la litteralité du texte et ont un rapport au réel, prisonnier de leur propre symbolique, qui souvent manque de corps social. L’esoterisme semble instituer un middle ground utile pour les cercles de reflexion. En constatant la dualité de la fossilisation du savoir et l’autoritarisme appuyé sur cette structure, ils refont des constructions symboliques à mi chemin entre celles du moment et un “éternel métaphysique” assez idéel. L’idéalisme apporte la souplesse necessaire à ‘lintelligence pour survivre et répondre aux enjeux des réels. Il peut y avoir un esoterisme populaire, revolutionnaire, mué par la necessité de renverser la structure autoritaire, comme un ésoterisme de pouvoir, manié par les cercles de reflexions qui sont necessaires au pouvoir. On pensera à TENET, acronyme chrétien voyageant dans les légions romaines. Ce qui manque à mon sens ici, c’est de sortir du symbolisme, qui continue d’emprisonner l’ésoterisme. les formes poétiques semblent plus riches et porter une critique plus profonde.

Le mouvement prophétique est autre. On remarquera que les moments fondateurs du religieux monothéisme sont ancrés dans une base sociale populaire et en conflit avec les stuctures de pouvoir. La réponse monothéiste est alors formée de conflit, exil et reformulation du texte sacré, à une époque ou le religieux est la structure idéologique du monde. La critique propéhtique opère alors une démystification des textes et du religieux, ancrées dans un refus réel et pratique des structures de pouvoir. Relecture, démystification et critique sociale. Pour donner un exemple moderne, il y a de la critique prophétique dans la demarche situationiste. Ainsi Abraham va se confronter à la cité état mésopotamienne (peut etre à cause du sacrifice humain ?), fonder une caravane araméenne sur le départ et réécrire les textes mésopotamiens, désormais libérés du fantastique. Moïse se confronte au Pharaon égyptien et emmène les immigrés d’Avaris (Pi Ramses) dans le désert avec une reformulation de la morale en loi. Jésus, en plein conflit colonial judéo romain va se confronter à la prétrise herodienne compradore et appliquer la critique prophétique au monothéisme lui même (dans la tradition propéhtique des banu Israel) et à la structure clericale. Son message va décupler l’expansion du judaisme et nourrir les révoltes juives (particulierement celle dite de Kitos). Muhammad va se confronter au mercantilisme mecquois, formuler une critique sociale du mercantilsme, fonder une nouvelle société à Yathrib et fournir une deuxième critique interne du monothéisme, un renouvellement capable de résoudre ses questionnements et de confronter les empires de son époque. Le règne de l’Islam sur l’humanité de 750 à 1150 marque l’accomplissement de l’antiquité et du religieux comme idéologie humaine.

Demarre ensuite dans les croisades une nouvelle époque, qui va marquer l’expansion européenne, l’accumulation primitive du capital (colonialisme à l’exterieur de l’europe et privatisation des communs à l’interieur), où le navire et la plantation plantent un nouveau fontionnement du monde. Construction des états nations avec le capitalisme pour nouvelle forme idéologique en construction. Les sciences elles, ancrées dans la critique du réel, vont continuer à se developper à travers le monde occidental comme elles l’avaient fait dans le monde musulman. Il est interessant que la fin du capitalisme soit marquée par un renouveau spirituel, qui manque encore sa forme prophétique (méfiez vous d’ailleurs des pseudo prophètes et pseudo messie qui accompagnent l’ecroulement de la structure). Il m’a ainsi paru historiquement interessant de chercher dans les outils critique du capitalisme, la dialectique historique, l’anthropologie anarchiste, si on peut y trouver des moyens pour poursuivre la critique prophétique, et situer historiquement le monothéisme comme irruption dans la pensée des “communismes primitifs” que ces recherches ont plus ou moins mis en valeurs, tout en étant hébreu, araméens et arabes, ce que la critique a completement oublié. Peut-on renouveler l’arch ennemi du capitalisme autoritaire : formuler un judeo-bolshevisme qui permette de rassembler plus largement, et soutenir la la resistance humaine contre l’oppression par une démarche ethico pratique, qui se permet d’aborder le champs spirituel. C’est ce que nous essayons de faire au collectif attariq.

Pour la science ça fonctionne assez bien, puisque la recherche a intégré que la carte n’est pas le territoire. On va même jusqu’à ausculter tout l’univers proche pour rechercher les moyens de bousculer sa structure. Dans l’organisation sociale c’est beaucoup plus compliqué puisque la classe qui dirige la structure se bat pour continuer sa domination. Ce qui est surement une des raisons du maintien dans le ciel des idées des définitions comme carcan des structures symboliques, occultant les mouvements du réels qu’elles décrivent.

Marx pose qu’une révolution a lieu quand l’organisation des forces productives déborde les structures politiques : une révolution a lieu au moment où elle est déjà à peu près accomplie, dans la praxis humaine (l’organisation sociale du travail sur le monde). Est-ce que le monothéisme, en developpant une ethique et une pratique d’entraide et de reformation du lien entre nous peut apporter quelques pierres à la resistance ? En renouant avec l’habitus tribal des bédouins arabes, des arbres à palabre africains et des assemblées commanche, pour rassembler les sentiments confus d’un ordre du monde injuste dans des points d’ancrage de solidarité locale.

Liens annexes

  1. j’ai préféré employer “révolutions scientifiques” que changement de paradigme, ayant en mémoire la critique sur Kuhn de l’article ci dessous paru dans la recherche. invoquant l’importance du réel. l’article est disponible gratuitement en regardant une pub, et il vaut vraiment le coup des 15s de pub https://www.larecherche.fr/une-vision-corrosive-du-prog%C3%A8s-scientifique
  2. Le collectif chrétien anastasys s’est donné des buts similaires, et des groupes juifs aussi marqués par le besoin de justice sociale sont en train d’émerger. Dont Tsedek.
  3. Sur l‘aliénation en philosophie. avec la clarté de Tertulian.
  4. La démystification, critique sociale du monothéisme, initiée par Abraham ?
  5. Sur l’accumulation primitive, lire Alain Biehr
  6. Le Hilf al Fudhul, confrontation originel de l’Islam à la destruction du lien social par le mercantilisme.

« La violence de la fraternité », le dernier discours de Malcolm X

Le 16 février 1965, Malcolm X, l’un des plus grands militants et activistes afro-américain, livrait ce qui sera son dernier discours. Cinq jours plus tard, il fut assassiné à Harlem.

Ce dernier discours fut prononcé à l’église méthodiste de Corn Hill Rochester de New York. Malcolm X y parle ouvertement de la relation complexe entre la France et les noirs français : discours encore terriblement d’actualité aujourd’hui dans un climat où les médias français dépeignent une image peu flatteuse des immigrés et fils d’immigrés français. Le célèbre activiste met le doigt sur un sujet épineux : Il existe certes, une haine des blancs envers les noirs, mais il est aussi essentiel de prendre conscience de la haine des noirs envers eux même, véhiculée par la culture blanche :

« Avant toute chose, mes frères et sœurs, je tiens à vous remercier d’avoir pris le temps de venir ici ce soir, à Rochester, et surtout de m’avoir invité, à cette petite tribune informelle pour débattre de préoccupations communes à tous les membres de la communauté, de la communauté de Rochester dans son ensemble. Si je suis ici, c’est pour parler avec vous de la révolution Noire, en marche sur cette terre, des formes qu’elle prend sur le continent africain et de son impact sur les communautés noires. Non seulement ici, en Amérique, mais aussi aujourd’hui en Angleterre, en France, et dans toutes les anciennes puissances coloniales.

La plupart d’entre vous ont sans doute appris par la presse, la semaine dernière, que j’avais pris la peine d’aller à Paris et qu’on m’avait éconduit. Or Paris n’éconduit personne. Comme chacun sait, qui veut est supposé pouvoir se rendre en France ; ce pays a la réputation d’être très libéral. Pourtant, la France connaît des problèmes dont elle n’a pas fait grand étalage. L’Angleterre aussi, connaît des problèmes dont elle n’a pas fait grand étalage, parce que l’Amérique elle, étale ses problèmes. Mais ces trois partenaires, ces trois alliés, rencontrent aujourd’hui des difficultés communes, dont les Noirs américains, les Afro-américains, n’ont pas vraiment idée.


Afin que vous et moi connaissions la nature de la lutte dans laquelle vous et moi sommes engagés, nous devons connaître les différents éléments qui entrent en jeu, au niveau local et national, mais aussi sur le plan international. Les problèmes de l’homme Noir ici, dans ce pays, aujourd’hui, ne sont plus seulement le problème du Noir Américain, ou un problème Américain. C’est un problème devenu si complexe, aux implications si nombreuses, qu’il faut le considérer dans son ensemble, dans le contexte mondial ou international, afin de bien le voir tel qu’il est en réalité. Sinon, vous ne pouvez même plus prendre la mesure des problèmes locaux, à moins d’en saisir la portée dans le contexte international tout entier. Et quand vous l’observez en contexte, il vous apparaît sous un jour nouveau, mais avec plus de clarté.

Vous devriez vous poser cette question : pourquoi un pays comme la France devrait autant s’inquiéter de la venue d’un pauvre petit Noir américain, au point qu’elle lui en interdise ses frontières, quand tout un chacun ou presque peut s’y rendre quand bon lui semble ? C’est avant tout parce que ces trois pays font face aux mêmes problèmes. Or le problème est précisément celui-ci : dans l’hémisphère Ouest, vous et moi n’en avons pas pris conscience mais, nous ne formons pas précisément une minorité sur cette terre. Sur ce continent, il y a les … c’est le peuple brésilien, dont les deux-tiers ont la peau foncée, comme vous et moi. Ce sont les Africains par leurs origines, Africains sont leurs ancêtres ; Africain est leur passé. Et pas seulement au Brésil, mais à travers toute l’Amérique Latine, les Antilles, les États-Unis et le Canada, vous avez des gens d’origine africaine.

Beaucoup d’entre nous se pourvoient en imaginant que seuls sont afro-américains ceux qui se trouvent aux États-Unis… l’Amérique, c’est l’Amérique du Nord, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud. Quiconque a des ancêtres africains en Amérique du Sud, est afro-américain. Quiconque en Amérique Centrale a du sang africain, est afro-américain. Quiconque ici, en Amérique du Nord y compris au Canada, est afro-américain s’il a des ancêtres africains… et même jusqu’aux Antilles, c’est un Afro-américain. Quand je parle des Afro-américains, je ne parle pas seulement des vingt-deux millions d’entre-nous qui sommes ici, aux États-Unis. Les Afro-américains, c’est ce grand nombre d’être humains de l’hémisphère Ouest, depuis l’extrême sud de l’Amérique du Sud, jusqu’à la pointe la plus au Nord de l’Amérique du Nord. Tous ont un héritage commun, une origine commune, quand vous remontez jusqu’à leurs racines.


Aujourd’hui, il existe quatre sphères d’influence dans l’hémisphère Ouest, que subit le peuple noir. II y a l’influence espagnole, héritage du passé colonial de l’Espagne sur une partie du Continent. Il y a l’influence française qui concerne la région qu’elle a autrefois colonisée. La région que les britanniques ont autrefois colonisée. Et puis ceux d’entre nous qui sommes ici, aux États-Unis (…)

A cause de la mauvaise santé économique de l’Espagne, et parce qu’elle a perdu sa position prédominante sur la scène mondiale en termes d’influence, très peu de gens de peau noire ont émigré en Espagne. En revanche, le niveau de vie élevé en France et en Angleterre a poussé nombre de Noirs à émigrer des Antilles anglaises en Grande-Bretagne, et nombre de Noirs des Antilles françaises à émigrer en France, et puis vous et moi, déjà ici.

Ça signifie donc que les trois grands alliés, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont un problème aujourd’hui, un problème commun. Mais on ne nous a jamais donné suffisamment d’informations, ni à vous, ni à moi, pour comprendre qu’ils avaient un problème commun. Et ce problème commun, c’est ce nouvel état d’esprit qui est reflété dans la complète division du peuple Noir, en France métropolitaine, en Angleterre et ici, aux États-Unis. Et ce… c’est état d’esprit a évolué au même rythme que les transformations dans les mentalités, sur le continent africain. Donc, quand vous considérez le processus de la révolution africaine et par révolution africaine je veux dire que l’émergence des nations africaines dans l’indépendance qui a lieu depuis les dix ou douze dernières années, a absolument affecté l’état d’esprit des Noirs en occident. A tel point que lorsqu’ils émigrent en Angleterre, ils posent des problèmes aux anglais. Et lorsqu’ils émigrent en France, ils posent des problèmes aux français. Et quand ils… déjà ici aux États-Unis… mais une fois qu’ils s’éveillent, ce même état d’esprit se reflète chez l’homme Noir, aux États-Unis, alors il pose un problème à l’homme blanc, ici en Amérique.

Et ne pensez pas que le problème du blanc en Amérique soit unique. La France a le même. La Grande-Bretagne a le même. Mais la seule différence entre la France, la Grande-Bretagne et nous, c’est que de nombreux leaders Noirs se sont levés ici à l’Ouest, aux États-Unis, et ont créé une sorte d’engagement (militancy) qui a effrayé les américains blancs. Mais ça n’a pas eu lieu en France ou en Angleterre. Ce n’est que récemment que la communauté noire américaine et la communauté anglaise des Antilles, ainsi que la communauté africaine en France ont commencé à s’organiser entre elles. La France meurt de peur. C’est le même phénomène en Angleterre. Jusqu’à … très récemment, c’était la désorganisation complète. Et c’est seulement depuis peu qu’en Angleterre, les Antillais, la communauté africaine et les Asiatiques, ont commencé à s’organiser et à travailler en coordination et en étroite collaboration. Et cela a posé un problème très sérieux à l’Angleterre.

Il me fallait exposer cette situation afin que vous compreniez quelques-uns des problèmes actuels qui se développent ici sur cette terre. Et vous pouvez rapidement comprendre les problèmes entre les Noirs et les Blancs ici à Rochester, entre les Noirs et les Blancs du Mississippi, et entre les Noirs et les Blancs de Californie, à moins que vous ne compreniez le problème fondamental entre Noirs et Blancs… non limité à l’échelle locale, mais au niveau international et de la planète toute entière aujourd’hui. Si vous essayez de le considérer dans cette perspective, vous comprendrez. Mais si vous essayez uniquement de l’appréhender dans sa dimension locale, vous ne le comprendrez jamais. Vous devez considérer la tendance qui se dessine sur cette terre. Et le but de ma venue ici ce soir, est de vous en donner une vision aussi actuelle que possible.

Comme beaucoup d’entre vous le savent, j’ai quitté le mouvement des Black Muslims, et pendant l’été, j’ai passé cinq mois au Moyen-Orient et sur le continent africain. Pendant cette période, j’ai visité de nombreux pays dont le premier a été l’Égypte, puis l’Arabie, puis le Koweit, le Liban, le Soudan, le Kenya, l’Éthiopie, Zanzibar, le Tanganyika – qui s’appelle aujourd’hui la Tanzanie – le Nigeria, le Ghana, la Guinée, le Liberia, l’Algérie. Et pendant ces cinq mois, j’ai eu la chance de discuter longuement avec le président Nasser en Égypte, le président Julius Nierait en Tanzanie, Jomo Kenyatta au Kenya, Milton Obote en Ouganda, Azikiwe au Nigeria, N’krumah au Ghana et Sékou Touré en Guinée. Les nombreuses informations échangées avec les hommes et d’autres africains, sur ce continent, au cours de ces entretiens, ont élargi ma compréhension et, je le sens, mon acuité intellectuelle. Car, depuis mon retour, je n’ai eu aucun désir d’aucune sorte de me retrouver embourbé dans quelque querelle stérile avec des cervelles d’oiseaux, des esprits étroits qui font partie d’organisations. On y débat de faits trompeurs et qui ne mènent nulle part quand on essaie de trouver des solutions à des problèmes aussi complexes que le nôtre.

Je ne suis pas ici ce soir pour parler de certains de ces mouvements qui sont en désaccord total les uns avec les autres. Je suis ici pour vous parler du problème auquel nous sommes tous confrontés. Et pour avoir… et pour le faire de façon très informelle. Je n’aime pas être tenu à être formel dans ma méthode ou ma façon de procéder, lorsque je m’adresse au public, parce que je trouve qu’habituellement la conversation dans laquelle je m’engage tourne autour des problèmes de race ou de choses raciales, ce qui n’est pas de ma faute. Je n’ai pas créé le problème de race. Et vous le savez, je ne suis pas venu en Amérique sur le Mayflower ou de mon propre gré. Notre peuple a été conduit ici malgré lui, contre notre volonté. Donc, si nous posons le problème maintenant, ils ne devraient pas nous blâmer d’être ici. Ils nous ont amenés ici. (Applaudissement) (…).

Pour défendre ma propre position, tout comme je l’ai fait plus tôt aujourd’hui à Colgate, je suis Musulman, ce qui signifie simplement que ma religion est l’Islam. Je crois en Dieu, l’Être Suprême, le Créateur de l’Univers. C’est une forme de religion très simple, facile à comprendre. Je crois en un Dieu unique. Et c’est simplement bien mieux comme ça. Mais je crois en un Dieu et je crois que ce Dieu avait une religion, a une religion et aura toujours une religion. Et que ce Dieu enseigna la même religion à tous les prophètes, il n’y a donc pas à se quereller à propos de qui était le plus grand, ou qui était le meilleur : Moïse, Jésus, Mahomet, ou quelques autres. Tous étaient des prophètes et venaient d’un seul Dieu. Ils avaient une doctrine, et cette doctrine était conçue pour apporter la lumière sur l’humanité, de telle sorte que toute l’humanité pouvait voir qu’elle était Une et partager une sorte de fraternité qui pourrait être vécu ici sur cette terre. Je crois en cela.

Je crois en la fraternité des hommes. Mais en dépit du fait que je crois en cette fraternité, je dois être réaliste et comprendre qu’ici, en Amérique, nous sommes dans une société qui ne connaît pas la fraternité. Elle n’applique pas ce qu’elle prêche. Elle prêche la fraternité, mais ne l’applique pas. Et parce que… cette société n’applique pas la fraternité, ceux d’entre nous qui sont musulmans – ceux d’entre nous qui ont quitté le mouvement des Black Muslims et se sont regroupés en tant que Musulmans, dans un mouvement fondé sur l’Islam orthodoxe… nous croyons en la fraternité de l’Islam.

Mais nous comprenons aussi que le problème auquel sont confrontés les Noirs de ce pays est si complexe et si difficile, existe depuis si longtemps sans solution, qu’il nous est absolument nécessaire de former une autre organisation. Ce que nous avons fait, sous la forme d’une organisation non religieuse dans laquelle… est connue comme étant l’Organisation de l’Unité afro-américaine, et dont la structure est organisée de manière à permettre une participation active de tout Afro-américain, tout Noir américain, selon un programme conçu pour éliminer les maux politiques, économiques et sociaux auxquels notre peuple est confronté dans la société. Et nous avons mis cela en place parce que nous comprenons que nous devons nous battre contre les maux d’une société qui a échoué à créer la fraternité pour chaque membre de cette société. Ceci ne veut en aucun cas dire que nous sommes anti-blancs, anti-bleus, anti-verts ou antijaunes. Nous sommes anti-Mal. Anti-Discrimination. Anti-Ségrégation. Nous sommes contre quiconque désirant appliquer quelque forme de ségrégation, ou de discrimination contre nous, parce que nous n’avons pas la chance d’être d’une couleur acceptable à vos yeux… (Applaudissements)

Nous ne jugeons pas un homme à cause de la couleur de sa peau. Nous ne vous jugeons pas parce que vous êtes Blancs ; nous ne vous jugeons pas parce que vous êtes Noirs ; nous ne vous jugeons pas parce que vous êtes foncés de peau. Nous vous jugeons à cause de ce que vous faites et de ce que vous appliquez. Et aussi longtemps que vous appliquerez le mal, nous serons contre vous. Et pour nous la plus… la pire forme de mal, c’est le mal fondé sur la condamnation d’un homme à cause de la couleur de sa peau. Et je ne pense pas que quelqu’un ici puisse nier que nous vivons dans une société qui ne juge pas un homme uniquement en fonction de ses talents, de son savoir-faire, de sa possibilité… de son milieu, ou de son manque de diplôme. Cette société juge un homme seulement sur la couleur de sa peau. Si vous êtes blancs, vous pouvez avancer, et si vous êtes noir, vous devez vous battre à chaque pas, sans toute fois pouvoir avancer. (Applaudissements)

Nous vivons dans une société entièrement contrôlée par des gens qui croient en la ségrégation. Nous vivons dans une société entièrement contrôlée par des gens qui croient au racisme, et qui pratiquent la ségrégation, la discrimination et le racisme. Nous croyons en une… et je dis qu’elle est contrôlée non pas par des blancs bien intentionnés, mais contrôlée par les ségrégationnistes, les racistes. Et vous pouvez voir par le schéma que cette société suit partout dans le monde. A l’heure actuelle en Asie, l’armée américaine lance ses bombes sur des gens à peau sombre. Vous ne pouvez pas dire que… c’est comme si vous pouviez justifier le fait d’être si loin de chez soi et de lancer des bombes sur quelqu’un d’autre. Si vous habitiez tout près, j’en suis certain, mais vous ne pouvez pas partir si loin de ce pays, lancer des bombes sur quelqu’un d’autre, et justifier votre présence là-bas, pas avec moi. (Applaudissements)

C’est du racisme. Le racisme tel que l’Amérique le pratique. Du racisme qui entraîne une guerre contre le peuple à peau foncée d’Asie, un e autre forme de racisme réside dans le fait d’engager une guerre contre le peuple à peau foncée du Congo… tout comme il entraîne une guerre contre le peuple à peau foncée du Mississipi, de l’Alabama, de Georgie et de Rochester, État de New York. (Applaudissements)

Nous ne sommes pas contre les gens parce qu’ils sont blancs. Mais nous sommes contre ceux qui pratiquent le racisme. Nous sommes contre ceux qui lancent des bombe sur des gens parce que leur couleur a la malchance d’être d’une teinte différente de la vôtre. Et parce que nous sommes contre ça, la presse dit que nous sommes violents. Nous ne sommes pas pour la violence. Nous sommes pour la paix. Mais les gens contre lesquels nous nous battons sont pour la violence. Vous ne pouvez pas être pacifiques quand vous avez à faire à eux. (Applaudissements)

Ils nous accusent de ce dont ils sont coupables. C’est toujours ce que fait un criminel. Es vous lancent des bombes, puis vous accusent de vous les lancer vous-mêmes. Ils vous fracassent le crâne, puis vous accusent de vous frapper. C’est ce que les racistes ont toujours fait… le criminel, celui qui développe en une science son processus criminel. Ils appliquent l’action criminelle.
Puis, ils utilisent la presse pour faire de vous une victime… voyez comme la victime est le criminel et le criminel la victime. C’est ainsi qu’ils procèdent. (Applaudissements) (…)

Donc, ils n’aiment rien faire sans le soutien du public blanc. Les racistes qui ont habituellement beaucoup d’influence dans la société, ne font pas un geste sans l’opinion publique à leurs côtés. Alors, ils utilisent la presse pour mettre l’opinion publique de leur côté. Lorsqu’ils veulent supprimer ou opprimer la communauté noire, que font-ils ? Ils prennent les statistiques et, par le biais de la presse les communiquent au public. Es font apparaître que la criminalité est plus élevée dans la communauté noire qu’ailleurs.

Quel effet cela produit-il ? (Applaudissements). Ce message… c’est un message très astucieux utilisé par les racistes pour faire croire aux Blancs qu’ils ne sont pas racistes, que le taux de criminalité dans la communauté noire est très élevé. Cela maintient l’image de criminel de la communauté noire. Et dès que cette impression est donnée, alors on rend possible ou on trace la voie de l’instauration d’un État policier dans la communauté noire, tout en obtenant l’approbation complète du public blanc quand la police y entre et utilise toutes sortes de mesures brutales pour supprimer les Noirs, leur fracasse le crâne, leur lance des chiens, ou des choses de ce genre. Et les Blancs les suivent, parce qu’ils croient que tous là-bas sont des criminels. C’est ce que… la presse fait cela. (Applaudissements)

C’est de l’habileté. Et cette habileté s’appelle… cette science s’appelle : « faire de l’image ». Ils vous tiennent en échec par le biais de cette science de l’imagerie. Ils vous conduisent même au mépris de vous-mêmes en vous donnant une mauvaise image de vous. Certains d’entre nous ont ingurgité cette image, et l’ont digérée… jusqu’à ce que d’eux-mêmes, ils ne veuillent plus vivre dans la communauté noire. Ils ne veuillent plus approcher les Noirs eux-mêmes. (Applaudissements)
C’est une science qu’ils utilisent avec beaucoup d’habileté pour faire du criminel la victime et de la victime, le criminel. Par exemple : pendant les émeutes de Harlem j’étais en Afrique, heureusement ! (rires). Pendant ces émeutes, ou à cause de ces émeutes ou bien après ces émeutes, la presse, à nouveau, a dépeint les émeutiers avec une grande habileté, comme étant des truands, des criminels, des voleurs, parce qu’ils s’étaient approprié des biens.

Maintenant, figurez-vous, il est vrai que des biens ont été détruits. Mais considérons cela sous un autre angle. Dans ces communautés noires, l’économie de la communauté n’est pas entre les mains de l’homme Noir. L’homme Noir n’est pas son propre propriétaire. Les bâtiments dans lesquels il vit appartiennent à d’autres. Les magasins de la communauté sont tenus par d’autres. Tout, dans la communauté est hors de son contrôle. Il n’a rien à dire en la matière, il ne peut rien faire si ce n’est y vivre et payer le loyer le plus élevé en échange de l’habitation la plus médiocre, (applaudissements) payer les prix les plus élevés pour se nourrir, pour la plus mauvaise nourriture. Il est victime de cela, victime de l’exploitation économique, de l’exploitation politique et de tout autre type.
Aujourd’hui, il est si frustré, tellement sous la pression de cette énergie explosive qui l’habite, qu’il voudrait attraper celui qui l’exploite. Mais celui qui l’exploite n’habite pas dans son voisinage. Il est seulement le propriétaire de sa maison. Il est seulement le propriétaire de son magasin. Il est seulement le propriétaire du voisinage. Si bien que lorsque l’homme Noir explose, celui qu’il voudrait attraper n’est pas là. Alors, il détruit ses biens. Ce n’est pas un voleur. Il n’essaie pas de voler vos meubles ou votre nourriture de médiocre qualité. Il veut vous attraper, mais vous n’êtes pas là. (Applaudissements)
Au lieu que les sociologues n’analysent le vrai problème, tel qu’il est, n’essaient de le comprendre, tel qu’il est, ils utilisent la presse pour faire croire que ces gens sont des voleurs, des truands. Non ! ce sont des victimes du vol organisé, des propriétaires organisés qui ne sont rien d’autre, que des voleurs, des marchands qui ne sont rien d’autre que des voleurs, des politiciens qui siègent au gouvernement et qui ne sont rien d’autre que des voleurs complices des propriétaires et des marchands. (Applaudissements)

Mais, une fois de plus, la presse est habituée à faire de la victime le criminel et du criminel la victime… c’est de l’imagerie. Et tout comme cette imagerie est employée à l’échelon local, vous pourrez la comprendre mieux grâce à cet exemple pris au plan international : le meilleur exemple, et le plus récent témoignant de mes paroles se trouve dans la situation du Congo. Écoutez ce qui s’est passé : nous nous sommes trouvés dans une situation où des avions lançaient des bombes sur des villages africains. Un village africain n’a aucune défense contre les bombes ; un village africain ne constitue pas une menace suffisante pour être bombardé ! Les avions lançaient pourtant des bombes sur les villages africains. Et lorsque les bombes frappent, elles ne font pas la distinction entre les amis et les ennemis, elles ne font pas la différence entre les hommes et les femmes. Lorsque les bombes sont lancées sur les villages africains du Congo, elles sont lancées sur des femmes noires, sur des enfants noirs, sur des bébés noirs. Les êtres humains se retrouvent déchiquetés… Je n’ai entendu aucun cri de protestation, aucune compassion à l’égard de ces milliers de Noirs abattus par les avions. (Applaudissements)

Et pourquoi n’y eut-il pas de cris de protestation ? Pourquoi ne nous sommes nous pas sentis concernés ? Parce que une fois de plus, très habilement, la presse fait des victimes les criminels et des criminels, les victimes. (Applaudissements)

(…) Mais c’est une chose que vous devez considérer et à laquelle vous devez répondre. Parce qu’il y a des avions américains, des bombes américaines, des parachutistes américains armés de mitrailleuses. Mais vous savez, ils disent que ce ne sont pas des soldats, qu’ils sont simplement là-bas en services d’escorte, qu’ils ont commencé comme conseillers au Sud Vietnam. Vingt mille hommes uniquement conseillers et uniquement en « service d’escorte ». Ils sont capables de commettre ces tueries, et de s’en tirer à bon compte en les qualifiant d’ « humanitaires », d’actions humanitaires. Ou d’agir au nom de l’ « indépendance », de la « liberté ». Toutes sortes de slogans retentissants, mais c’est un crime de sang-froid, une tuerie. Et c’est fait si habilement, que vous et moi nous qualifions d’êtres subtils, en ce vingtième siècle, sommes capables d’en être les spectateurs et de l’approuver. Simplement parce que tout cela est perpétré contre des hommes à peau noire, par des hommes à peau blanche.

(…) Bien que je vous cite cet exemple, vous pourriez me dire : « Qu’est-ce que cela a-t-il à voir avec l’homme noir, en Amérique ? et qu’est-ce que cela a-t-il à voir avec les relations entre Noirs et Blancs, ici à Rochester ? »
Vous devez comprendre une chose. Jusqu’à 1959, l’image du continent africain fut créée par des ennemis de l’Afrique. L’Afrique était dominée par des puissances extérieures dominée par les européens. Et comme ces européens dominaient le continent africain, ils créèrent eux-mêmes l’image de l’Afrique qui fut projetée à l’étranger. Et ils projetèrent une image négative de l’Afrique et du peuple africain. Une image détestable. Ils nous ont fait croire que l’Afrique était un pays de jungles, d’animaux, un pays de cannibales et de sauvages. C’était une image détestable.
Et parce qu’ils réussissaient si bien à projeter cette image négative de l’Afrique, nous qui, ici à l’ouest, étions d’ancêtres africains, les Afro-américains, nous avons considéré l’Afrique, comme un lieu détestable. Nous avons considéré l’africain comme une personne détestable. Et, se référer à nous comme à des africains, c’était nous prendre pour des serviteurs, des enfants, ou parler de nous d’une façon dont nous ne voulions pas que vous parliez de nous.

Pourquoi ? Parce que ceux qui oppriment savent que l’on ne peut faire haïr les racines, sans faire haïr l’arbre. Vous ne pouvez pas haïr les vôtres, sans finir par vous haïr vous-mêmes. Et puisque nous avons tous des origines africaines, on ne peut nous faire haïr l’Afrique, sans nous faire nous haïr nous-mêmes. Et ils l’ont fait, très habilement.

Quel en a été le résultat ? Ils se sont retrouvés avec vingt-deux millions de Noirs, ici, en Amérique qui haïssaient tout ce qu’il y avait d’africain en eux. Nous haïssions les caractéristiques africaines, les caractéristiques africaines. Nous haïssions nos cheveux, nous haïssions notre nez, la forme de notre nez et celle de nos lèvres, la couleur de notre peau. Oui, nous les haïssions. Et c’est vous qui nous avez appris à nous haïr nous-mêmes simplement en usant de votre stratégie astucieuse pour nous faire haïr la terre de nos ancêtres et le peuple de ce continent…

Aussi longtemps que nous avons haï ce à quoi nous pensions qu’ils ressemblaient, nous avons haï ce à quoi nous ressemblions. Et vous dites que j’enseigne la haine ! Pourquoi ? C’est vous qui nous avez enseigné la haine de nous-mêmes. Vous avez enseigné au monde la haine de tout une race, et vous avez maintenant l’audace de nous blâmer parce que nous vous haïssons, simplement parce que nous refusons la corde que vous nous avez mise au cou. (Applaudissements)

Lorsque vous enseignez à un homme la haine de ses lèvres, des lèvres que Dieu lui a donné, de la forme de ce nez que Dieu lui a donné, de la nature de ces cheveux que Dieu lui a donnés, de la couleur de cette peau que Dieu lui a donnée, vous commettez le crime le plus hideux qu’une race puisse commettre. Et c’est le crime que vous avez commis.
Notre couleur est devenue une chaîne. Une chaîne psychologique. Notre sang… le sang africain… est devenu une chaîne psychologique, une prison parce que nous avions honte. Nous croyons… ils vous le lanceraient à la figure, et vous diraient que non. Mais si, ils en avaient honte ! Nous nous sommes sentis piégés parce que notre peau était noire. Nous nous sommes sentis piégés parce que nous avions du sang africain dans nos veines.

Voici comment vous nous avez emprisonnés. Non pas uniquement en nous émanant ici et en faisant de nous des esclaves. Mais l’image que vous avez créée de notre terre et l’image que vous avez créée de notre peuple sur ce continent était un piège, une prison, une chaîne, c’était la pire forme d’esclavage jamais inventée par une race soi-disant civilisée et une nation civilisée, depuis le commencement du monde.

Vous en voyez encore le résultat dans notre peuple, dans ce pays, aujourd’hui. Parce que nous haïssions notre sang africain, nous ne nous sentions pas à la hauteur, nous nous sentions inférieurs, impuissants et notre sentiment d’impuissance ne nous a pas été favorable. Nous nous sommes tournés vers vous pour vous demander de l’aide et vous avez refusé de nous aider. Nous ne nous sentions pas à la hauteur. Nous nous sommes tournés vers vous pour vous demander conseil et vous nous avez donné le mauvais conseil. Nous nous sommes tournés vers vous pour vous demander notre chemin et vous nous avez laissé tourner en rond.

Mais un changement est apparu. En nous. Et de quoi provient-il ? En 1985, en Indonésie, à Bandung, un rassemblement d’hommes de peau foncée fut organisé. Ces hommes d’Afrique et d’Asie sont venus ensemble pour la première fois depuis des siècles. Ils n’avaient pas d’armes nucléaire, pas d’aviation, pas de flotte. Ils ont discuté de leur situation et ont découvert une chose que nous tous en commun… l’oppression, l’exploitation, la souffrance. Et nous avions en commun un oppresseur, un exploiteur.
Si un frère venait du Kenya, il appelait son oppresseur, anglais. Si un autre frère venait du Congo, il appelait son oppresseur, belge. Si un autre venait de Guinée, il appelait son oppresseur, français. Mais, quand vous placiez les oppresseurs ensemble, ils avaient tous une chose en commun, ils venaient tous d’Europe. Et cet européen opprimait le peuple d’Afrique et d’Asie.

Et puisque nous pouvions voir que nous partagions l’oppression et l’exploitation en commun, le chagrin, la tristesse et la douleur, en commun, notre peuple a commencé à se rassembler et à décider, à la conférence de Bandung, qu’il était temps d’oublier nos différences. Nous avions des différences. Certains étaient bouddhistes, hindous, chrétiens ou musulmans, certains n’avaient pas de religion. D’autres étaient socialistes, capitalistes, communistes ou ne revendiquaient aucun système économique. Pourtant, malgré toutes ces différences, ils se mirent d’accord sur un point : l’esprit de Bandung était dès lors d’adoucir les ères de différence et d’accentuer les ères communes.
Et ce fut l’esprit de Bandung qui nourrit les flammes du nationalisme et de la liberté non seulement en Asie, mais particulièrement sur le continent africain. De 1955 à 1960, les flammes du nationalisme, de l’indépendance sur le continent africain devinrent si lumineuses et furieuses qu’elles pouvaient tout brûler et tout atteindre sur leur passage. Et ce même esprit ne resta pas en Afrique. Il se faufila subrepticement à l’ouest et pénétra l’âme et le cœur de l’homme Noir, sur le continent américain qui était séparé de l’Afrique depuis quatre cents ans.

Mais ce même désir de liberté qui avait bouleversé l’âme et le cœur de l’homme Noir sur le continent africain, commença à brûler dans l’âme et le cœur de l’homme Noir ici, en Amérique du sud, en Amérique centrale et en Amérique du nord, nous prouvant que nous n’étions pas séparés. Bien qu’il y ait un océan entre nous, nous étions toujours mus par le même battement de cœur.

L’esprit du nationalisme, sur le continent africain… il commença à retomber ; les puissances… les puissances coloniales ne pouvaient rester là. Les Britanniques eurent des problèmes au Kenya, au Nigeria, au Tanganyika, à Zanzibar et dans d’autres pays du Continent. Les Français eurent des problèmes dans toute l’Afrique du Nord équatoriale, y compris en Algérie, qui devient un point de tension extrême pour la France. Le Congo ne voulait plus tolérer la présence belge. Le continent africain tout entier devint explosif entre 1954 et 1955 et jusqu’en 1959. En 1959, ces puissances ne pouvaient plus rester.
Ce n’est pas qu’elles voulaient partir. Ce n’est pas que tout à coup elles devenaient généreuses. Ce n’est pas que tout à coup elles ne souhaitaient plus exploiter les ressources de l’homme noir. Mais, c’est cet esprit d’indépendance qui consumait l’âme et le cœur de l’homme noir.

Il ne s’autorisait plus à être colonisé, opprimé et exploité. Il ressentait cette volonté d’être maître de son existence et de prendre la vie de ceux qui essayaient de lui prendre la sienne. C’était cela, le nouvel esprit.
Ces puissances ne partirent pas, mais que firent-elles ? Lorsque quelqu’un joue au basket-ball, si… vous le regardez… les joueurs de l’équipe adverse le piègent et s’il ne veut pas se débarrasser de la balle, de la laisser entre les mains de l’autre équipe, il doit la passer à quelqu’un qui n’est pas dans une position dangereuse, qui est de la même équipe que lui. Et puisque la Belgique, la France, la Grande-Bretagne et les autres puissances coloniales étaient piégées… se trouvaient exposées en tant que puissances coloniales… elles devaient trouver quelqu’un qui n’étaient pas dans cette position dangereuse, et les seuls à ne pas être dans cette position à l’égard des Africains étaient les États-Unis. Donc, elles passèrent la balle aux États-Unis. Le gouvernement la ramassa et court comme un fou depuis. (Rires et applaudissements)
Dès qu’ils saisirent la balle, ils comprirent qu’ils étaient confrontés à un nouveau problème. Les Africains s’étaient réveillés, et n’avaient plus peur. Il était devenu impossible aux puissances européennes de rester sur le continent de force. Donc, notre ministère des Affaires Étrangères, tout en saisissant la balle, comprit dans sa nouvelle analyse, qu’il faudrait déployer une nouvelle stratégie, s’il fallait remplacer les puissances coloniales européennes.

Quelle fut sa stratégie ? L’approche amicale. Au lieu d’aller sur place, les dents serrées, il a commencé par sourire aux Africains : « Nous sommes vos amis » (…) C’était une approche pleine de bienveillance, philanthropique. Appelez cela du colonialisme bienveillant, de l’impérialisme philanthropique. De l’humanitarisme soutenu par le dollarisme. De la politique de pure forme (tokenism). C’est l’approche qu’il choisit. Il ne s’est pas rendu là-bas avec de bonnes intentions : comment peut-on partir d’ici et se rendre sur le continent africain avec le « peace Corps », les « Cross roads » et d’autres organisations, lorsque l’on pend des Noirs dans le Mississipi ? Comment peut-on faire cela ? (Applaudissements)

(…) On peut considérer la période allant de 1954 à 1964 comme celle de l’émergence de l’État africain. Comme l’État africain a commencé à se dessiner entre 1954 et 1964, quel impact, quel effet cela eut-il sur les Afro-américains ? sur les Noirs américains ? Comme l’homme Noir en Afrique devenait indépendant, cela le mettait dans la position d’être enfin l’artisan de sa propre image. Jusqu’en 1964, lorsque vous et moi pensions à un Africain, nous l’imaginions nu avec des tam-tams et un os dans le nez. Oh oui !

C’était la seule image d’un Africain qui nous venait à l’esprit. Et depuis 1959, lorsqu’ils ont commencé à rejoindre les Nations-Unies et que vous les voyiez à la télévision, vous étiez sous le choc. On vous présentait un Africain parlant un anglais meilleur que le vôtre. Doué d’un raisonnement plus pertinent que le vôtre. Plus libre que vous. Pourquoi ces pays où vous ne pouviez vous rendre ? (Applaudissements. Ces pays où vous ne pouviez pas vous rendre, tout ce qu’il avait à faire était d’enfiler son costume et de marcher juste devant vous. (Rires et applaudissements)

Il devait vous ébranler et ce n’est qu’à ce moment-là, que vous avez commencé à vous réveiller. (Rires)

Donc, les nations africaines ayant gagné leur indépendance, et l’image du continent africain commençant à charger, les choses s’harmonisèrent, l’image de l’Afrique passant du négatif au positif. Inconsciemment. En Occident l’homme Noir commençait à s’identifier à l’image positive qui apparaissait.

Et lorsqu’il vit que l’homme noir du continent africain prenait une assise, il se sentit empli du désir de prendre une assise aussi.
La même image, la même… aussi négative… on entendait parler d’air servile, d’esprit de compromis, de regard empli de crainte… de la même façon. Mais, lorsque nous avons commencé à en savoir plus sur Jomo Kenyatta, Mau-Mau et les autres, on a trouvé des Noirs dans ce pays qui commençaient à suivre la même ligne. Et qui s’en retrouvaient plus proches que certains ne voulaient l’admettre.

Lorsqu’ils virent… tandis qu’ils devaient changer leur approche du peuple du continent africain, ils ont aussi commencé à modifier leur approche des Noirs sur notre continent. Comme ils appliquaient une politique de pure forme (tokenism) et toute une série d’approches amicales, bienveillantes, et philanthropiques du continent africain, qui n’étaient que des efforts de pure forme, ils commencèrent à faire la même chose avec nous, ici, aux États-Unis.

La politique de pure forme (tokenism)… Ils proposèrent toutes sortes de mesures qui n’étaient pas réellement conçus pour résoudre les problèmes. Chacun de leur mouvement n’était qu’un mouvement de pure forme. Ils n’ont jamais entrepris aucune action réaliste, pour réellement résoudre le problème. Ils proposèrent une décision visant à désagréger la Cour Suprême, qu’ils n’ont jamais appliquée. Pas même à Rochester et encore moins dans le Mississipi. (Applaudissements)

Ils ont grugé les gens du Mississipi en essayant de leur faire croire qu’ils allaient imposer la déségrégation à l’université du Mississipi. Ils y firent venir un Nègre, escorté d’environ six mille à quinze mille soldats, si je me souviens bien. Et je crois bien que ça leur a coûté six millions de dollars. (Rires)

(…) Cette politique de pure forme, consistait en un programme conçu pour protéger les avantages d’à peine quelques Noirs, soigneusement sélectionnés. On leur attribuait une importante situation, ce qui leur permettait ensuite de proclamer haut et fort : « Regardez comme nous faisons des progrès ! » Ils devraient plutôt dire, regarde comme il fait des progrès. Car, pendant que ces Nègres choisis avec soin, vivaient comme des princes, parmi les Blancs, siégeaient à Washington D.C., les masses d’hommes et de femmes noirs de ce pays continuaient à vivre dans des bidonvilles et dans le ghetto. Les masses, (applaudissements) les masses d’hommes et de femmes noirs dans ce pays demeuraient sans emploi et les masses d’hommes et de femmes Noirs de ce pays continuaient à fréquenter les pires écoles et à recevoir le plus mauvais enseignement.
C’est à cette même époque qu’apparut le mouvement des Black Muslims. Et voici ce qu’il fit : jusqu’à l’apparition du mouvement des Black Muslims , le NAACP était considéré comme un mouvement radical. (Rires). Ils voulurent faire une enquête à son sujet. CORE et tous les autres étaient suspects… étaient l’objet de suspicions. On n’entendait plus parler de King. Lorsque les Black, Muslims sont arrivés avec leur discours, l’homme blanc s’est écrié : « Heureusement que le NAACP existe ! » (Rires et applaudissements).

Le mouvement des Black, Muslims avait rendu le NAACP acceptable aux yeux des blancs. Il avait rendu ses leaders acceptables. Alors, ils commencèrent à se référer à eux comme à des leaders Noirs responsables. (Rires) Ce qui signifiaient qu’ils étaient responsables aux yeux des Blancs (applaudissements). Je ne suis pas en train d’attaquer le NAACP. Je vous en parle (rires). Et ce qui le rend si ridicule, vous ne pouvez pas le nier. (Rires).
(…) Le mouvement en soi, attire les éléments de la communauté noire, les plus militants, les plus insatisfaits, les plus intransigeants. Il attira aussi les éléments le plus jeunes de la communauté noire. Le mouvement se développant, il attira les éléments militants, intransigeants et insatisfaits.

Le mouvement était censé être fondé sur la religion de l’islam et par conséquent être un mouvement religieux. Cependant, parce que le monde de l’islam et le monde des musulmans orthodoxes, n’auraient jamais reconnu l’appartenance véritable des Black Muslims à l’islam, il prit ceux d’entre nous qui étaient dans une sorte de vide religieux. Il nous mit dans la position de nous identifier nous-mêmes par le biais de la religion, tandis que le monde dans lequel cette religion était pratiquée, nous rejetait parce ,que nous n’étions pas des pratiquants véritables, des pratiquants de cette religion.

Le gouvernement essaya de nous étiqueter comme politiques, plus que comme religieux de telle sorte qu’il pouvait nous accuser de sédition et de subversion. C’était la seule raison. Mais, bien qu’il nous ait étiqueté comme politiques, parce qu’aucun engagement politique ne nous a autorisé, nous étions dans le vide politiquement. Nous étions dans un vide religieux. Nous étions dans un vide politique. Nous étions aliénés, en fait, coupés de tout type d’activités, même avec le monde contre lequel nous nous battions.

(…) Nous pouvions alors comprendre qu’il nous fallait agir, et ceux qui, parmi nous, étaient activistes commencèrent à se sentir insatisfaits, désillusionnés. La dissension s’installa en définitive, et nous nous séparâmes. Ceux qui rompirent étaient les vrais activistes du mouvement. Ils étaient suffisamment intelligents pour vouloir un programme qui nous permettrait de nous battre pour les droits de tous les Noirs, ici, à l’Ouest.
Cependant, nous voulions aussi notre religion. Si bien que lorsque nous avons quitté le mouvement, la première chose que nous fîmes, fut de nous regrouper au sein d’une nouvelle organisation : « la Mosquée musulmane », dont le siège se trouve à New York. Dans cette organisation, nous avons adopté la religion musulmane, réelle et orthodoxe, qui est une religion de l’islam, une religion de fraternité. Tandis que nous acceptions cette religion et mettions en place cette organisation qui nous permettait de pratiquer cette religion… immédiatement, cette « Mosquée musulmane » particulière était reconnue et acceptée par les officiels religieux du monde musulman.

Nous avons compris en même temps que nous avions un problème dans cette société qui dépassait la religion. Et c’est pour cette raison que nous avons fondé l’Organisation de l’Unité Afroaméricaine, à laquelle tous pouvaient se joindre dans la communauté, grâce à un programme d’action visant à la reconnaissance et au respect des Noirs, en tant qu’être humains.

La parole d’ordre de l’Organisation de l’Unité Afroaméricaine est « Par tous les moyens nécessaires ». Nous ne croyons pas en une lutte menant à… dont les règles sont fixées par ceux qui nous suppriment. Nous ne croyons pas en une lutte dont les règles sont fixées par ceux qui nous exploitent. Nous ne croyons pas pouvoir continuer la bataille en essayant de gagner l’affection de ceux qui nous oppriment et nous exploitent depuis si longtemps.
Nous croyons en la légitimité de notre combat. Nous croyons en la légitimité de nos revendications. Nous croyons que les pratiques mauvaises à l’encontre des Noirs dans cette société sont criminelles et que ceux qui engagent de telles pratiques criminelles ne sont rien d’autre que des criminels. Et nous estimons être en droit de nous battre contre ce criminels, par tous les moyens nécessaires.
Ceci ne veut pas dire que nous sommes pour la violence. Mais nous… nous avons vu l’incapacité du gouvernement fédéral, son manque d’absolu de disposition à protéger les vies et les biens des Noirs. Nous avons vu où les Blancs racistes et organisés, les membres du Klu-Klux-Klan, ceux du Citizen’s Council et les autres peuvent aller dans la communauté noire, pour prendre un homme noir et le faire disparaître, sans que rien ne soit fait. Nous avons vu qu’ils peuvent y entrer. (Applaudissements).

Nous avons à nouveau analysé notre condition. Si nous remontons à 1939, les Noirs, en Amérique, étaient cireurs de chaussures. Les plus éduqués ciraient les chaussures dans le Michigan, à Lansing, la capitale, d’où je viens. Les meilleurs emplois que l’on pouvait trouver, étaient de porter les plateaux et les plats destinés à nourrir les blancs du Country club. Le serveur était toujours considéré comme ayant la plus enviable position, parce qu’il occupait un bon emploi, au milieu des « bons » blancs, vous voyez ! (Rires).

(…) Ça, c’était la condition du Noir jusqu’en 1939… jusqu’à ce que la guerre commence, nous étions confinés dans ce rôle domestique. Lorsque la guerre a éclaté, ils ne voulaient même pas que nous nous enrôlions dans l’armée. Un Noir n’avait pas le droit de s’engager sous les drapeaux. Le pouvait-il ou pas ? Non ! vous ne pouviez pas vous engager dans la marine. Vous vous souvenez ? Ils n’en prenaient pas un seul. C’était en 1939, aux États-Unis d’Amérique !

Ils nous ont appris à chanter : « Sweet land of liberty » et tout le reste. Mais non ! vous ne pouviez pas vous engager. Vous ne pouviez pas incorporer la marine non plus, ils ne voulaient pas que vous vous engagiez. Ils ne prenaient que des blancs. ils n’avaient pas le droit de nous incorporer, jusqu’à ce que les leaders noirs clament haut et fort. (Rires). Qu’ils disent : « Si les blancs doivent mourir, alors nous devons mourir aussi ». (Rires et applaudissements).

Les leaders noirs envoyèrent un bon nombre de noirs se faire tuer, pendant la Seconde Guerre mondiale. Si bien que lorsque l’Amérique entra dans la guerre, elle manqua très vite d’hommes. Jusqu’à la guerre, vous ne pouviez pas entrer dans une usine. J’habitais à Lansing où se trouvaient les usines Oldsmobile et Reo. Il y en avait environ trois dans toute l’usine, et chacun tenait son balai. Ils avaient fait des études. Us étaient allés à l’école. Je crois même que l’un d’entre eux était allé au collège. Il était diplômé de « balaillogie ». (Rires).

Lorsque la vie est devenue difficile, et que l’on a manqué d’hommes, alors, ils nous ont laissé entrer à l’usine. Sans que nous ayons fait le moindre effort. Sans aucun réveil moral soudain. Ils avaient besoin de nous. Ils avaient besoin de main-d’œuvre, de toutes sortes d’ouvriers. Et lorsque la situation devint désespérée et que le besoin se fit sentir, ils ouvrirent tout grand les portes de l’usine et nous firent entrer.

Alors, nous avons appris à faire fonctionner les machines, lorsqu’ils avaient besoin de nous. Ils firent entrer nos femmes ainsi que nos hommes. Comme nous commencions à faire marcher les machines, nous avons commencé à gagner plus d’argent. Comme nous gagnions plus d’argent, nous pouvions vivre dans un meilleur quartier. Comme nous avions changé de quartier, nous allions dans une école un peu meilleure. Comme nous étions dans une école un peu meilleure, nous voulions recevoir un enseignement un peu meilleur, et nous nous trouvions dans de meilleures dispositions pour trouver un emploi un peu meilleur.

Ceci ne provenait pas d’un changement d’inclination de leur part. Ceci ne correspondait à un réveil soudain de leur conscience morale. C’était Hitler. C’était Tojo. C’était Staline. Oui, c’était la pression de l’extérieur, mondiale, qui nous donnait cette possibilité de faire quelques pas en avant.

Pourquoi ne nous autorisèrent-ils pas à nous engager dans l’armée, dès le début ? Ils nous avaient si mal traités, ils avaient peur qu’en nous plaçant dans l’armée, en nous donnant un fusil et en nous montrant comment l’utiliser (rires)… ils avaient peur de ne pas avoir à nous dire sur quoi tirer ! (Rires et applaudissements).

Ils n’auraient probablement pas eu à le faire. C’était leur conscience. Je fais remarquer cela pour insister sur le fait que ce n’est pas un changement d’inclination de la part d’Oncle Sam qui permit à certains d’entre nous de faire quelques pas en avant. C’était la pression mondiale. C’était la menace qui provenait de l’extérieure, le danger venant de l’extérieur qui provoqua… qui occupa son esprit et qui l’obligea à nous autoriser, à vous et à moi, de nous lever un peu plus. Ce n’est pas parce qu’il voulait que nous levions. Ce n’est pas parce que qu’il voulait que nous avancions. Mais parce qu’il était forcé de le faire.
Une fois que vous analysez correctement ces éléments qui ont ouvert les portes, même si elles le furent de force, quand vous considérez leur nature, vous comprendrez mieux votre situation, aujourd’hui. Et vous comprendrez mieux la stratégie que vous devez suivre aujourd’hui. tout mouvement vers la liberté du peuple Noir, s’il est limité à la seule Amérique, est voué à l’échec. (Applaudissements).
Aussi longtemps que votre problème ne sera de portée américaine, vos seuls alliés seront les Américains. Aussi longtemps qu’il paraîtra sous la dénomination de droits civiques, il demeurera un problème intérieur dépendant de la juridiction du gouvernement des États-Unis. Le gouvernement des États-Unis est constitué de ségrégationnistes et de racistes. Les hommes les plus puissants du gouvernement sont-ils racistes. (…).
Maintenant, qu’allons-nous faire ? Comment allons-nous trouver justice avec un Congrès qu’ils contrôlent, un sénat qu’ils contrôlent, une Maison Blanche qu’ils contrôlent une Cour Suprême qu’ils contrôlent ?

Regardez cette décision déplorable rendue par la Cour Suprême. Mes frères, regardez donc ! Ne savez-vous pas que ces messieurs de la Cour Suprême sont passés maîtres dans l’art du juridique… pas uniquement du droit, mais de la phraséologie juridique. Ils sont devenus si bons maîtres en l’art du langage juridique, qu’ils ont pu sans difficulté rendre un décret sur la déségrégation scolaire, et en termes si bien choisis que personne n’aurait pu le contourner. Ils ont proposé cette chose tournée de si belle manière, que dix années plus tard, on y trouve toutes sortes de vides. Ils savaient très bien ce qu’ils faisaient. Il feignent de vous donner quelque chose, tout en sachant à chaque fois que vous ne pourrez jamais l’utiliser.

L’année dernière, ils ont déposé un projet de loi sur les Droits Civiques à grand renfort de publicité, un peu partout dans le monde, comme si cela devait nous conduire à la Terre Promise de l’intégration. Oh oui ! La semaine dernière, le Bon Révérend Martin Luther King est sorti de prison et s’est rendu à Washington D.C., disant qu’il demanderait chaque jour une nouvelle loi sur la protection du droit de vote des Noirs en Alabama. Pourquoi ? Vous venez à peine d’obtenir une loi. Vous venez à peine d’obtenir le projet de loi sur les Droits Civiques. Vous voulez dire que cette loi dont les mérites furent si longtemps vantés, ne donne même pas suffisamment de pouvoir au gouvernement fédéral pour protéger les Noirs d’Alabama qui n’ont qu’un seul désir, celui de s’inscrire sur les listes électorales ? Pourquoi cette autre ruse infecte, parce qu’ils… nous ont eu par la ruse, année après année. une autre ruse infecte. (Applaudissements).

Donc, depuis nous voyons… je ne veux pas que vous pensiez que je professe la haine. J’aime tous ceux qui m’aiment. (Rires). Mais je peux vous assurer que je n’aime pas ceux qui ne m’aiment pas. (Rires).

Donc, depuis que nous avons compris ce subterfuge, cette supercherie, cette manipulation… non seulement au niveau fédéral, mais national, local, à tous les niveaux. La jeune génération de Noirs qui arrive peut voir qu’aussi longtemps que nous attendrons le Congrès, le Sénat, la Cour Suprême ou le Président pour résoudre nos problèmes, nous serons relégués à être serviteurs pendant encore mille ans. Or, ces temps sont révolus.

Depuis la proposition du projet de loi sur les Droits Civiques… j’ai vu des diplomates africains aux Nations-Unies exprimer haut et fort leur indignation contre l’injustice perpétrée contre les Noirs au Mozambique, en Angola, au Congo et en Afrique du Sud et je me suis demandé comment et pourquoi ils pouvaient rentrer à leur hôtel, allumer la télévision et voir des chiens mordre des Noirs, juste au coin de la rue, des policiers saccager des magasins de Noirs à coups de matraques, juste au coin de la rue, et diriger vers les Noirs leurs lances à eau de pression si forte que leurs vêtements s’en trouvaient mis en pièces, juste au bas de la rue. Je me demandais comment ils pouvaient dire tout ce qu’ils disaient sur ce qui se passait en Angola, au Mozambique et ailleurs, voir ce qui se passait juste au coin de la rue, et montrer à la tribune des Nations-Unies sans rien permettrait un règlement de la situation, avant qu’elle ne devienne en dire explosive et incontrôlable. Je vous remercie. (Applaudissement).
Je suis donc allé en discuter avec certains d’entre eux. Ils (Traduit par Pascale About).

m’ont alors dit qu’aussi longtemps que le Noir d’Amérique appellerait sa lutte, une lutte pour les Droits Civiques… que dans le contexte des Droits Civiques, cela resterait intérieur et demeurerait partie intégrante de la juridiction des États-Unis. Et que, si quiconque se permettait d’émettre le moindre commentaire à ce sujet, il serait considéré comme une violation des lois et des règles du protocole. La différence avec les autres est qu’ils ne considèrent pas leurs revendication comme des revendications concernant les Droits Civiques, mais les Droits de l’Homme. Les Droits Civiques appartiennent à la juridiction de leur pays, tandis que les Droits de l’Homme font partie de la Charte des Nations Unies.

Toutes les nations qui ont signé la Charte des Nation-Unies, ont voté la Déclaration des Droits de l’Homme et quiconque considère ses revendications comme étant une violation des Droits de l’Homme, peut les porter devant les Nations-Unies et les faire ainsi porter à la connaissance du Monde. Car, aussi longtemps que vous les considérez comme Droits Civiques, vos seuls alliés seront les membres de la communauté avoisinante, dont la plupart sont responsables de l’injustice causée. Mais dès lors que vous les considérerez comme Droits de l’Homme, leur portée deviendra internationale et vous pourrez les porter devant la Cour Mondiale. Vous pourrez les porter à la connaissance du Monde. Et chacun, partout sur cette terre, pourra devenir votre allié.

L’une des premières dispositions que nous ayons prise, pour ceux d’entre nous qui ont rejoint l’Organisation de l’Unité Afro-américaine, était de présenter un programme qui donnerait à nos revendications une portée internationale et qui montrerait au monde que notre problème n’est plus un problème Noir, ou un problème américain, mais un problème humain. Un problème qui concerne l’humanité. Et un problème qui devrait concerner tous les aspects de l’humanité. Un problème si complexe pour l’Oncle Sam, qu’il lui fut impossible de le résoudre. En conséquence, nous aimerions créer un corps et entrer en consultation avec ceux dont la position nous aiderait à trouver une forme d’ajustement qui permettrait un règlement de la situation, avant qu’elle ne devienne explosive et incontrôlable. Je vous remercie. » (Applaudissement).

(Traduit par Pascal About) source : https://www.nofi.media/2015/02/la-violence-de-la-fraternite-le-dernier-discours-de-malcolm-x/11238