Le Collectif Attariq propose une relecture historique et sociale des origines de l’Islam et la Sirah nabawyah — activation d’un réseau préexistant de solidarités claniques, commerciales et yéménites, vingt ans avant la révélation. Cette section rassemble les études qui reconstruisent ce contexte, des biographies de compagnons et des analyses du premier État islamique.
Contexte arabe
Histoire des arabes et Imperialisme Mecquois
Vidéo du Collectif Attariq (avril 2024, Sidqi) s’inscrivant dans la série « Les Débuts de l’Islam ». Elle traite de l’histoire des Arabes et de l’impérialisme mecquois — la domination commerciale et sociale exercée par Quraysh — comme contexte socio-économique ayant précédé la révélation, en lien avec l’étude « Muhammad avant l’Islam ».
Le Calendrier Arabe et une archéo-astronomie des sanctuaires préislamiques à La Mecque – Hisham Abad
Hisham Abad soutient que le calendrier arabe préislamique était lunisolaire, maintenu en alignement saisonnier par l’intercalation (nasiʾ). Sa preuve centrale est archéoastronomique : les sanctuaires mecquois du Ḥajj (ʿArafāt, Quzaḥ, Kaʿbah) sont alignés avec le coucher du soleil au solstice d’été (à 0,94° près), démontrant une observation solaire intentionnelle. S’appuyant sur les rapports byzantins (Nonnosus, Procope) et l’étymologie des mois, il propose un modèle d’intercalation empirique contrôlé par al-Qalammas de Kināna, et explique le rejet islamique de l’intercalation comme un démantèlement doctrinal du culte polythéiste de la Déesse-Soleil.
Avant l’Islam
Abd al-Muttalib b. Hâshim (m. v. 578 EC / 40 av. H.)
Analyse historique et critique d’ʿAbd al-Muṭṭalib ibn Hāshim, chef de Quraysh et grand-père du Prophète, qui dépasse l’hagiographie pour examiner son rôle central dans la structuration politique et économique de La Mecque préislamique. De la redécouverte du puits de Zamzam à la négociation face à Abraha (Année de l’Éléphant), en passant par les alliances avec Khuzāʿa et les Banū Zuhra, son action a façonné l’environnement socio-politique de l’émergence de l’Islam. Comprendre ʿAbd al-Muṭṭalib, c’est saisir les racines matérielles et sociales du message coranique face à l’ordre mercantile et impérial de son époque.
Muhammad avant l’Islam
Reconstruction historique des 15-20 ans séparant le mariage de Muhammad de la révélation, fondée sur l’étude de son entourage : famille (ʿAbd al-Muṭṭalib, Abū Ṭālib, Khadīja), esclaves et affranchis (Bilāl, Zayd ibn Ḥāritha, ʿAmmār), et réseaux yéménites et chrétiens monothéistes (Zayd ibn ʿAmr, Quss ibn Saʿīda, Waraqa ibn Nawfal). L’article soutient que l’Islam naît de l’activation de ces solidarités préexistantes — claniques, commerciales et spirituelles — qui ont façonné la première communauté.
Hilf al-Fudul
Le Collectif Attariq soutient que le Hilf al-Fudul (« Pacte des Vertueux »), alliance conclue vers 590 à La Mecque par plusieurs clans de Quraysh, est l’un des derniers événements connus de la vie de Muhammad avant la révélation — avec son mariage à Khadija. Initié par son oncle Al-Zubayr, auquel le futur prophète participa dès l’âge de 30 ans, ce pacte visait à défendre collectivement les personnes sans protection clanique contre l’injustice. L’article fait de ce contexte de solidarités tribales brisées et d’injustice sociale le creuset de l’éthique des débuts de l’Islam, dont les premiers convertis — esclaves, affranchis et mawālī — étaient précisément liés à ce pacte.
Hanafyah et Intertextualité
L’article défend l’idée que l’intertextualité entre le Coran et les textes monothéistes antérieurs (chrétiens, juifs) constitue une richesse pour la compréhension du Coran, et non un problème : le Coran est un texte autonome qui relit et corrige parfois ces textes. L’auteur soutient que l’Arabie préislamique était en contact direct avec les formes les plus anciennes du christianisme (Yémen, Najran, christianisme éthiopien, nazoréens, ebionites), rendant le concept de « jahiliya » caduc. Il appelle les musulmans à s’engager avec la recherche académique sur ces proximités textuelles plutôt qu’à la rejeter, pour mieux comprendre l’islam et combattre l’orientalisme.
Islam
La Constitution de Médine
L’article présente deux travaux sur la ṣaḥīfa de Médine : la thèse de Yahia Bellahcene, qui en propose une relecture critique en montrant que le texte, produit durant la période prophétique, a été ultérieurement modifié (ajouts, omissions, réorganisations), illustrant le passage de l’oralité à l’écrit ; et l’étude d’Orsolini Gonzague, qui interroge la théorie politique exprimée par ce document — préambule et 47 articles — et sa portée pour la recherche d’une structure constitutionnelle moderne de l’État islamique après la disparition du califat.
La riba et l’esclavage
L’article examine la ribā (intérêt/usure) comme mécanisme structurel de destruction du lien social, en croisant l’interdit scripturaire (Torah, Évangile, Coran), l’analyse marxienne du capital portant intérêt et l’anthropologie de La Mecque préislamique. Marx identifie le capital usuraire et le capital marchand comme « formes antédiluviennes » jumelles qui concentrent la richesse par prélèvement sur le surtravail d’autrui, faisant de l’esclavage un investissement productif d’intérêts — la muḍāraba mecquoise masquant une stratification de classe (sayyid, mawālī, qinn). Le Coran (2:275-277) oppose ontologiquement le bay’ (commerce fondé sur travail, transport, risque) et la ribā (valorisation « occulte » de l’argent sans travail), distinction fondant le waqf et le Sawad irakien comme contre-institutions. L’article démonte enfin la « finance islamique » contemporaine (murābaḥa indexée sur LIBOR/SOFR, tawarruq), qui reproduit sous conformité formelle la logique d’extraction qu’elle prétend abolir, seule l’expérience de Mit Ghamr (1963-1967) ayant réalisé une muḍāraba véritable.
Omar, les qurra’ et la conquête de l’Iraq
L’article examine la conquête de l’Irak sous le calife Omar et le rôle des qurra’ — mémorisateurs et réciteurs du Coran — qui forment une classe sociale distincte dans les villes garnisons de Kufa et Basra, vivant de la solde et de la gestion collective des terres du Sawad. Il montre comment Omar tente de construire un État social redistributif, fondé sur la date d’entrée dans l’islam, tout en luttant contre l’enrichissement d’une aristocratie militaire et administrative naissante. L’article souligne l’importance des qurra’ dans la transmission du Coran, après les pertes massives à la bataille de Yamama, et leur rôle politique dans les conflits d’intérêts du premier État islamique.
Biographies des compagnons
‘Ammār b. Yāsir (m. 37 H / 657 EC)
Cet article retrace la vie d’’Ammār b. Yāsir, Yéménite sans clan mecquois et fils d’une affranchie, qui incarna dès les débuts de l’islam la figure des persécutés (mustaḍ’afūn) : sa mère Sumayya fut la première martyre de l’islam, et lui-même fut torturé avant de devenir un compagnon inséparable du Prophète, participant à toutes les batailles. Nommé gouverneur de Kūfa par ‘Umar, il s’opposa au califat d’’Uthmān et mourut en martyr à la bataille de Siffīn (37 H / 657) en combattant pour ‘Alī contre Mu’āwiya, réalisant la prédiction prophétique d’une « faction rebelle ». L’article fait d’‘Ammār l’archétype du compagnon fidèle, dont la trace coranique et hadithique dense incarne la légitimité d’’Alī et la primauté de la valeur islamique sur les hiérarchies tribales.
‘Abd Allâh b. Mas’ûd
L’article reconstitue le parcours d’’Abd Allâh b. Mas’ûd, humble Mecquois devenu l’un des tout premiers convertis et le premier à réciter le Coran publiquement à La Mecque, serviteur intime du Prophète puis qāḍī et trésorier de Kūfa. Reconnu comme une autorité coranique majeure — sa lecture domina Kūfa pendant plus d’un siècle — il refusa de livrer son codex lors de la recension ʿuthmānienne. Son conflit avec ʿUthmān, qui le fit expulser de la mosquée et assigner à résidence, fait de lui aux yeux de l’article l’incarnation d’un islam des origines fondé sur le savoir et l’égalité, tenu en échec par l’ordre omeyyade naissant.
Abû Mûsâ al-Ash’arî (m. 44-52 H / 664-672 EC)
L’article reconstitue le parcours d’Abû Mûsâ al-Ash’arî, Yéménite qaḥṭānite converti à La Mecque, émigrant à Médine, puis grand récitant du Coran, fondateur-gouverneur de Basra et figure clé de la transmission coranique en Iraq. Il met en lumière son codex personnel (Lubāb al-Qulūb), son rôle dans les guerres de la Ridda et l’expansion en Khūzistān, avant de suivre son engagement politique jusqu’à l’arbitrage de Ṣiffīn, où apparaît un homme de compromis dépassé par les forces qu’il ne maîtrisait plus.
Abû Dharr al-Ghifârî (m. 32 H / 653 EC)
Biographie d’Abû Dharr al-Ghifârî (m. 32 H / 653 EC), cinquième converti à l’islam et membre des Ahl al-Ṣuffa, qui incarna dès les origines une ascèse radicale et une critique socio-économique de l’accumulation des richesses. L’article retrace son parcours — de sa conversion à La Mecque à son opposition à Abū Bakr, puis à Muʿāwiya et ʿUthmān — qui le mena à l’exil à al-Rabadha où il mourut seul, accomplissant la prophétie de Ṭābūk. En croisant les sources sunnites et chiites avec l’historiographie moderne (Caetani, Madelung, Cameron), il apparaît comme un authentique « agitateur religieux » et une figure fondatrice du socialisme islamique, revendiquée aussi bien par les réformateurs sociaux que par les shīʿa et les ibāḍīs.