De la hallalisation de l’abattage industriel

Que penser de l’abattage hallal ? Posons la question autrement. Que pensez-vous de la marque « le gaulois » à côté des poulets hallal ? Est-ce que le poulet Le Gaulois transforme celui qui le mange en Asterix ? Y aurait-il un sens à faire tourner des mp3 avec des chansons d’Abraracourcix ? Qui n’a pensé que c’est du fétichisme ? En effet on attribue à un objet un sens, une image, qui occulte sa réalité concrète, la production et l’abattage des animaux.

Dieu nous demande de prononcer Son Nom lorsque l’on tue l’animal. Il demande aussi de tuer l’animal avec une lame effilée pour ne pas qu’il souffre. Voilà pourtant qui nous sort de l’imagerie publicitaire : la responsabilité humaine des êtres vivants devant Dieu. Aucune des deux conditions n’est respectée aujourd’hui, puisque le nom n’est prononcé par personne et que l’animal est abattu dans des conditions indignes et abominables.

Deux questions doivent être posées. Quelle est le sens du commandement divin et Que faisons-nous ? Car c’est bien le sens de la parole divine que de nous interroger sur nos actes et de nous interroger en tant que société. Dieu nous demande de respecter l’animal comme un être vivant et de ne pas rajouter la souffrance à sa mort. Il nous demande de prononcer Son Nom lorsque l’on tue, c’est un engagement, une responsabilité du boucher devant Dieu. Dieu avait interdit aux fils d’Israël de prononcer Son Nom pour la destruction, interdit semble-t-il repris par l’absence du nom divin au début de la 9e sourate. La mort n’est acceptable que parce qu’elle donne la vie. Or dans l’abattage personne n’est présent pour prendre la responsabilité devant Dieu, et le bétail est tué sans égard pour sa souffrance. Le sens du commandement divin est qu’il nous interroge encore aujourd’hui. Il nous fait savoir qu’il y a des abattoirs industriels, il nous fait savoir que le poulet n’est pas un produit de consommation qui pousse dans les supermarchés. Il nous révèle le mensonge idolâtre de l’emballage.

Si nous n’intervenons pas dans l’abattage, que faisons-nous ? Nous consommons les produits qui nous sont fournies. Le sheikh est devenu expert, certificateur de poulet conforme pour un emballage musulman. Le sheikh est maintenant salarié de l’industrie agroalimentaire comme expert emballage. Il nous valide consommateurs de produits génétiquement modifiés, ayant vécu sur des tapis roulant, gavés, déchiquetés, étiquetés (tout parallèle avec la transformation de la vie humaine est de la responsabilité du lecteur). Au prix d’un partage raisonnables des emplois salariés de vendeurs de frites, et d’une taxe sur l’abattage, nous sommes intégrés dans la production capitaliste (on se souvient que l’intérêt est haram ?) et industriel. Et certifiés conformes.

Si l’on ne peut se satisfaire du commerce du hallal, nous pouvons cependant remarquer que nous avons désormais un poids économique reconnu et avons obtenu le passage de cassettes et le ralentissement de la chaine alimentaire. Ô combien dérisoire. Nous pourrions être conséquents et obtenir un meilleur compromis. Des webcams dans les abattoirs, des conditions de morts dignes. Il y aura cependant une ligne de rupture, et devenus clergé assermenté, nos experts salariés n’iront pas jusqu’à s’affranchir de la dime sur l’abattage pour une victimisation boboïsante et gauchiste.

Nous inspire plus le trafic de l’aïd et le lien économique qu’établie de fait, entre l’éleveur raciste et l’islamiste égorgeur, l’échange de mouton de nuit dans les arrière-cours du bled français et autres ruelles mal éclairées. Ou dans des abattoirs ad hoc, construit pour la journée en bordure de ferme, bypassant de fait l’industrie et sa prise d’intérêt. A l’heure des bondieuseries bobos et autres circuit cours, il est légitime de penser des bouchers musulmans achetant et égorgeant sur place, en présence de l’éleveur, des bêtes préalablement auscultées et certifiées par le vétérinaire lors de visites habituelles. Au lieu de payer la riba et un clergé, éléments étrangers à l’Islam, l’agent irait à ceux qui travaillent, élèvent, soignent et tuent les bêtes. Ramenant de fait des bêtes à l’étable, et des médecins dans les campagnes, tout en fournissant du travail à la communauté. Les camions ne transportant plus les bêtes vers des abattoirs ignobles, mais leur viande directement vers les boucheries et les marchés. De consommateurs d’emballages communautaires, nous deviendrions un poids dans l’élevage du bétail et sa distribution. En établissant des relations économiques autonomes entre le quart monde des banlieues et le tiers monde des campagnes.

Nous entendons par ce court papier critiquer l’impuissance entretenue du commandement de Dieu, sa marchandisation, et l’intégration du musulman dans le fétichisme de la marchandise, le masque idolâtre de la consommation, qui nous masque au quotidien notre intégration dans le processus industriel, et par là, notre incapacité à agir de manière adulte et responsable. La souffrance du bétail est de toute façon haram et devrait alerter sur les process en cours. Nous espérons par cet exemple donner des pistes pour rétablir l’Islam comme sujet actif de l’histoire humaine, et le musulman comme acteur conscient de sa propre vie. Le monothéisme s’est pensé comme mouvement critique de la conscience humaine, critique du phénomène religieux, idolâtrie et fétichisme, critique de la société humaine dans sa violence et son injustice. Toujours dans le pardon de la nécessité, jamais dans sa validation.  Quelle praxis l’Islam peut-il mettre en oeuvre, comment se manifeste-t-il ?

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