A la recherche d’une définition pratique de la liberté.

A la recherche d’une définition pratique de la liberté.

Les captures d’écran ci-dessous sont des extraits de l’article de Giuseppe Prestipino trouvé dans ce magasine sur Luckas et Bloch : https://www.persee.fr/issue/homso_0018-4306_1986_num_79_1.

L’articulation de sa formulation de l’être social permet déjà d’entrevoir le “nous” et quelques pistes sur ce qu’il reste ontologiquement du concept métaphysique de liberté.  

Le texte pose l’unité dialectique de la causalité de l’action humaine et d’une position téléologique à partir de sa représentation subjective du monde. A la différence de la nature qui ne souhaite pas, et à la différence de la pensée utopique qui ne cherche pas sa réalisation. L’ensembles des relations humaines, que l’on étudiera en particulier à travers l’économie, forme un être social, dont l’aboutissement est mis en question.

La dynamique interne des structures issues du capital provoque une polarisation des positions téléologiques individuelles qui va nous intéresser. Ce “deuxième règne de la nécessité” d’après les termes de Prestipino, impose quand même ses propres volontés. On pensera à une entreprise. La finalité de celle-ci en tant que corps constitué induit des causalités sur les corps et les esprits qui la composent. D’où l’a propos des nouvelles formes religieuses new-age pour ses cadres, déclinées en développement personnel ( comment exister dans la structure, adopter son système de valeur, et surtout former une téléologie individuelle dont les objectifs coïncident avec ceux de la structure : comment se mettre en harmonie avec l’univers ou comment utiliser la structure en la servant ) et néo management ( comment créer les conditions objectives pour que la structure puisse révéler et éliminer les comportements “déviant” des autres, principalement des “subalternes”).

Cela constitue une contradiction interne entre nécessité du travail à accomplir et nécessité de sa gestion, souffrance amenant des salariés au suicide, et appelant plus de management pour continuer à gérer. Se forme un tout et sa dynamique d’auto-affirmation intérieure de plus en plus marquée. On peut parler de totalitarisme au niveau de l’entreprise et de réification progressive des intentionnalités. Aliénation. Sur la base d’une polarité entre, soit alignement des téléologies individuelles sur celle du tout, soit confrontation pénible des téléologies individuelles avec l’ensemble. Si en haut de la hiérarchie il y a unité entre gestion et objectifs, en bas il y a une division entre la gestion subie et les objectifs du travail dans sa finalité propre. Qui fait porter les contradictions du modèle sur les subalternes. (on pourra a profit rechercher les qqs pages de 1libertaire sur le neo management, dont http://1libertaire.free.fr/PostGauchismeManagement.html ).

Ce cours exposé basé sur des faits vécus, permet de poser cette trivialité : face à la constitution d’un être social, fortement marqué par le capital et la réification technique qu’il opère sur le monde, il y a des polarisation des téléologies individuelles qui vont avoir tendance à s’aligner ou s’opposer à la téléologie de l’être sociale en gestation. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. Première définition ontologique de la liberté : l’indépendance de choix en fonction des positions téléologiques de l’ensemble. A défaut un choix contraire ou transversal, porté par des conditions sociales, on parlera alors d’un vecteur de liberté.

On remarquera que toutes les fonctionnalités en mouvement n’existent que parce qu’elles sont effectuées. “la base irrévocable de l’objectivité spécifique et des lois de la réalité économique est qu’elles sont, comme Marx le souligne à plusieurs reprises, un processus historique que les hommes qui les exécutent réalisent eux-mêmes, et qui constitue leur propre histoire, faite par eux-mêmes.” C’est là tout le paradoxe. Et toute possibilité d’intervention porte ici : au-delà de toute entropie commune, le monde est ce que les hommes individuellement en font.

Exemple impertinent révélé par Gunter Grass sur son passé pendant la guerre : dans toute la caserne, un homme refusait de porter le fusil. Et cela posait un problème à tous, au point qu’il fut fusillé. Ce que raconte Grass, c’est le soulagement de tous après sa mort. Le simple refus qu’il opposait révélait non seulement le problème de porter le fusil, mais également la possibilité de le refuser. Processus christique, très girardien. 

On notera que l’unité reconstituée par sa mort se fait sur l’élimination d’une décision alternative et la constitution d’une culture commune d’où cette possibilité est bannie. Ainsi la pression structurelle de l’être social sur les individus, bloque un certain nombre de décisions alternatives, portant en elle les choix historiques qui l’ont constitué. Pression accrue voire par la suite verrouillée par la technique. Comme un corps entravé par des fers et des œillères, l’être social est privé d’une grande partie de son dynamisme interne. Ainsi l’on peut entrevoir ici une première liberté qui est une liberté interne de mouvement, le corps tordu par les chaines, le muscle bloqué par une position forcée et un usage répété, la souffrance appele à une reconfiguration de la dynamique interne, à la possibilité de refaire vivre des décisions alternatives oubliées. Voilà une seconde définition ontologique de la liberté, nécessaire pour notre projet de recherche de l’auto-détermination du genre humain, la souplesse des dynamiques internes. Probablement pourquoi le sport est un élément important de l’émancipation chez Clouscard. Agrandissement des possibles par la pratique corporelle libre, nécessaire à l’accomplissement futur d’une téléologie personnelle. 


De notre réunion sortait la question du monothéisme comme possibilité d’un changement sur la structure économique, technique et politique. De la possibilité de l’Islam comme une plateforme d’élaboration pédagogique. Je noterai que celui-ci semble intervenir principalement sur le comportement individuel, et que c’est via la science de la complexité, qu’on pourrait étudier en quoi le changement de fonctionnement individuels pourrait provoquer des changements micro et macro. En quoi ne jamais mentir et tuer a des répercussions sur l’ensemble de l’être social. On notera aussi que légiférer semble le moyen d’orienter l’être. On avait déjà évoqué la pratique du jeune ou du sabbat comme moyen pratique de révéler et de s’extraire des contingences. Ne pas fêter noël est un sport extrême très révélateur de l’ensemble. Pourrait être un premier objectif. Il y a aussi des dimensions positives, pratiques et plus collectives, sur lesquelles chacun semble engagé de son côté, et qu’il faudra sans doute partager. 

Autre choix révélateur de l’importance de la composition humaine de l’être sociale, la négation de leur rôle par tous les accusés de Nuremberg : je ne faisais que suivre des ordres. variantes : le système informatique est prévu comme ça, c’est la loi, je suis libre de fumer, tout le monde fait ça, c’est normal. abdication volontaire de l’être humain dans sa capacité de percevoir, ressentir et choisir.

à l’inverse nous proposons 4 possibilités ontologiques de liberté :

liberté intérieure de l’être de reconfigurer ses dynamismes internes et maintenir possibles les décisions alternatives qui l’ont constitué.

liberté d’évoluer et d’en choisir l’orientation.

liberté extérieure de l’être d’opposer sa propre téléologie à des téléologies d’êtres d’ordre supérieur

liberté agissante de l’être pour penser et changer en commun les êtres supérieures, d’en choisir l’évolution, et d’en garantir les deux précédentes.

Quelles perspectives alors ? Clouscard pointe du doigt le manager et l’animateur comme vecteur du capital sur l’humanité (gérants de la production et de la consommation). On pensera cependant à l’ingénieur, à l’educ spé, au paysan, au chercheur, comme métiers dont la fonction est l’intelligence de mettre en œuvre. dont le travail pourrait se faire autrement de manière autonome et ayant l’objet de leur travail comme finalité. Les directeurs de centre à tendance anarchiste, qui font de leur lieu des possibilités d’épanouissement en commun. N’est-il pas possible de ré formuler d’autres modèles de ce type dans des centres sociaux, des troupes scoutes, des ateliers auto gérés ? Est-ce que l’homme restauré dans ses capacités, capable de mettre en œuvre la nature et l’autre, capable d’adapter son système d’extériorisation entre ce but collectif et les siens propres, n’est-il pas un homme capable d’être particulier ? Tandis que l’homme inscrit dans une division du travail subie et dont les objectifs lui échappe, n’est-il pas l’homme façonné, identique, fonctionnel ?

Comment alors penser des groupes humains qui soient l’expression de cette capacité, qui la nourrissent, et dont la généricité, le service collectif, articulent l’épanouissement individuel et la construction de l’ensemble ?

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