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Le judéo-christianisme

Histoire des fils d’Israel

Histoire du monothÉisme

Ces pages verront progressivement la publication de nos recherches sur l’histoire du monothéisme. La base étant une recherche historique permettant de décrire le contexte du monothéisme. Mais également de comprendre le rôle que celui ci prend parmi les autres cultures, en s’appuyant en partie sur la proposition de René Girard d’une formation évolutive du phénomène religieux. Et de mettre en relation les critiques formulés par le monothéisme à ses propres sociétés : la société Babylonienne d’Abraham, la société égyptienne à l’époque de Moïse, puis les critiques de la société des fils d’Israel par tous les prophètes jusque Jésus. Et enfin l’opposition de Muhammad à la société Mecquoise.

Le travail historique du monothéisme semble être une critique simultanée du phénomène religieux et culturel, de l’organisation politique des relations sociales, et de l’ethique individuelle qui les accompagne. Le but de ces pages sera de montrer comment le monothéisme, à transformer ses critiques en une approche philosophique globale, un système ethico pratique, qui n’a pas encore été séparé par la division du travail en des catégories qui sont actuellement distinctes, le politique, le philosophique, l’ethique, la pratique.

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La Table servie et le rassemblement de la communauté, Jean 6.1-15

La Table servie et le rassemblement de la communauté,
Analyse rhétorique de Jean 6.1-15

                                                                                       

 

Dans son analyse du passage de la table servie, Michel Cuypers montre que la référence biblique dépasse le cadre de la Cène et passe aussi par la distribution des pains, façonnant des références croisées au texte biblique. La référence à la manne s’inscrit également dans le contexte de la générosité de Dieu exprimée dans la nature, développée dans la sourate Al Nahl. A travers cette distribution de pain très allégorique, Jésus invite à reconnaître Dieu, et lui-même comme Son envoyé.

Il invite les apôtres à rassembler le reste d’Israël, s’inscrivant dans un mouvement historique : des 12 tribus perdues dans le désert, un reste est entretenu par les prophètes dans le royaume, que Jésus appel à rassembler ici sur la montagne pour fonder la communauté à venir. Ce passage rentre aussi dans notre analyse de la thèse de Renée Girard, ici Jésus éduque la foule pour en faire des hommes, il fait face aux mouvements religieux des foules évoqués par Girard et refuse qu’on le fasse roi, préférant établir un mouvement vers Dieu. Nous proposons l’analyse de ce texte, qui permet de comprendre, donc démystifier, les allégories de l’Evangile de Jean concernant Jésus et permet de penser le fondement de la communauté dans l’Evangile.

L’analyse de ce passage, couplée avec celle du passage sur la femme adultère nous permettrons d’établir la continuité de l’analyse girardienne du religieux dans le Coran, à travers deux passages parallèles : le veau d’or et Abraham et les idoles.

 

 

Texte grec

1 Μετὰ ταῦτα ἀπῆλθεν ὁ Ἰησοῦς πέραν τῆς θαλάσσης τῆς Γαλιλαίας τῆς Τιβεριάδος· 2 καὶ ἠκολούθει αὐτῷ ὄχλος πολύς, ὅτι ἑώρων αὐτοῦ τὰ σημεῖα ἃ ἐποίει ἐπὶ τῶν ἀσθενούντων. 3 ἀνῆλθε δὲ εἰς τὸ ὄρος ὁ Ἰησοῦς καὶ ἐκεῖ ἐκάθητο μετὰ τῶν μαθητῶν αὐτοῦ. 4 ἦν δὲ ἐγγὺς τὸ πάσχα, ἡ ἑορτὴ τῶν Ἰουδαίων. 5 ἐπάρας οὖν ὁ Ἰησοῦς τοὺς ὀφθαλμοὺς καὶ θεασάμενος ὅτι πολὺς ὄχλος ἔρχεται πρὸς αὐτὸν, λέγει πρὸς τὸν Φίλιππον· Πόθεν ἀγοράσωμεν ἄρτους ἵνα φάγωσιν οὗτοι; 6 τοῦτο δὲ ἔλεγε πειράζων αὐτόν· αὐτὸς γὰρ ᾔδει τί ἔμελλε ποιεῖν. 7 ἀπεκρίθη αὐτῷ ὁ Φίλιππος· Διακοσίων δηναρίων ἄρτοι οὐκ ἀρκοῦσιν αὐτοῖς ἵνα ἕκαστος αὐτῶν βραχύ τι λάβῃ. 8 λέγει αὐτῷ εἷς ἐκ τῶν μαθητῶν αὐτοῦ, Ἀνδρέας ὁ ἀδελφὸς Σίμωνος Πέτρου· 9 Ἔστι παιδάριον ἓν ὧδε ὃς ἔχει πέντε ἄρτους κριθίνους καὶ δύο ὀψάρια· ἀλλὰ ταῦτα τί ἐστιν εἰς τοσούτους; 10 εἶπεν δὲ ὁ Ἰησοῦς· Ποιήσατε τοὺς ἀνθρώπους ἀναπεσεῖν· ἦν δὲ χόρτος πολὺς ἐν τῷ τόπῳ. ἀνέπεσον οὖν οἱ ἄνδρες τὸν ἀριθμὸν ὡσεὶ πεντακισχίλιοι. 11 ἔλαβε δὲ τοὺς ἄρτους ὁ Ἰησοῦς καὶ εὐχαριστήσας διέδωκε τοῖς μαθηταῖς, οἱ δὲ μαθηταὶ τοῖς ἀνακειμένοις· ὁμοίως καὶ ἐκ τῶν ὀψαρίων ὅσον ἤθελον. 12 ὡς δὲ ἐνεπλήσθησαν, λέγει τοῖς μαθηταῖς αὐτοῦ· Συναγάγετε τὰ περισσεύσαντα κλάσματα, ἵνα μή τι ἀπόληται. 13 συνήγαγον οὖν καὶ ἐγέμισαν δώδεκα κοφίνους κλασμάτων ἐκ τῶν πέντε ἄρτων τῶν κριθίνων ἃ ἐπερίσσευσε τοῖς βεβρωκόσιν. 14 Οἱ οὖν ἄνθρωποι, ἰδόντες ὃ ἐποίησε σημεῖον ὁ Ἰησοῦς, ἔλεγον ὅτι οὗτός ἐστιν ἀληθῶς ὁ προφήτης ὁ ἐρχόμενος εἰς τὸν κόσμον. 15 Ἰησοῦς οὖν γνοὺς ὅτι μέλλουσιν ἔρχεσθαι καὶ ἁρπάζειν αὐτὸν ἵνα ποιήσωσιν αὐτὸν βασιλέα, ἀνεχώρησε πάλιν εἰς τὸ ὄρος αὐτὸς μόνος.

 

Français – Bible de Jérusalem

1 Après cela, Jésus s’en alla de l’autre côté de la mer de Galilée ou de Tibériade. 2 Une grande foule le suivait, à la vue des signes qu’il opérait sur les malades. 3 Jésus gravit la montagne et là, il s’assit avec ses disciples. 4 Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche. 5 Levant alors les yeux et voyant qu’une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : "Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens ?" 6 Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car lui-même savait ce qu’il allait faire. 7 Philippe lui répondit : "Deux deniers de pain ne suffisent pas pour que chacun en reçoive un petit morceau." 8 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : 9 "Il y a ici un enfant, qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ?" 10 Jésus leur dit : "Faites s’étendre les gens." Il y avait beaucoup d’herbe en ce lieu. Ils s’étendirent donc, au nombre d’environ 5.000 hommes. 11 Alors Jésus prit les pains et, ayant rendu grâces, il les distribua aux convives, de même aussi pour les poissons, autant qu’ils en voulaient. 12 Quand ils furent repus, il dit à ses disciples : "Rassemblez les morceaux en surplus, afin que rien ne soit perdu." 13 Ils les rassemblèrent donc et remplirent douze couffins avec les morceaux qui, des cinq pains d’orge, se trouvaient en surplus à ceux qui avaient mangé. 14 A la vue du signe qu’il venait de faire, les gens disaient : "C’est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde." 15 Alors Jésus, se rendant compte qu’ils allaient venir s’emparer de lui pour le faire roi, s’enfuit à nouveau dans la montagne, tout seul.

 

 

 

 

Nous lisons dans ce texte un passage de 5 parties, composées de façon concentrique, selon le modèle suivant :

 

 

1-3                   Jésus se retire à la montagne, suivi par une foule désirant un miracle

5-7                   "Combien de pains pour les nourrir tous ?"

8-9             "Il y a un enfant avec 5 pains et 2 poissons"

10-13              Jésus rend grâce et distribue le pain

14-15              Jésus se retire à la montagne, pour échapper à la foule ayant vu le miracle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La première partie Jean 6:1-4

 

+1a μετα ταυτα                          απηλθεν                                 ο ιησους                         

+1b περαν της θαλασσης       της γαλιλαιας                       της τιβεριαδος

 

2a και       ηκολουθει                αυτω                                        οχλος πολυς

2b οτι       εωρων                        αυτου                                      τα σημεια

2c α           εποιει                         επι των ασθενουντων

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+3a ανηλθεν δε                          εις το ορος                            ο ιησους

+3b και εκει   εκαθητο              μετα των μαθητων              αυτου

 

4a ην δε   εγγυς                          το πασχα            

4b η εορτη                                   των ιουδαιων

 

 

 

+1a Après cela                             parti                                         Jésus                          

+1b au delà de la mer              de Galilée,                             de Tibériade.

 

2a Et  suivi                                  lui                                              une grande foule

2b car ils avaient vu                  de lui                                        les signes

2c qu’il a fait                                sur les malades

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+3a Monta                                    vers la montagne                Jésus

+3b Et là s’assis                            avec les disciples                de lui

 

4a Etait proche                          la pâque       

4b la fête                                     des juifs

 

 

La partie est composée de deux morceaux, chacun ayant deux segments. Le verbe "ηλθεν" (ap-ηλθεν partir et an-ηλθεν monter) et son sujet Jésus servent de termes initiaux aux deux morceaux. Jésus voyage, "à travers la mer" dans le premier morceau, puis "sur la montagne" dans le second. Les deuxièmes segments décrivent la foule le suivant, d’abord dans une vue générale d’une foule cherchant "des signes", cette foule se révèle dans le second morceau être plus spécifiquement "des juifs" préparant "la pâque". Il semble y avoir un rapport entre les signes qu’ils cherchent et la fête pour laquelle ils se préparent, ainsi qu’une référence discrète à l’Exode dans le mouvement décrit au-dessus.

 

Contexte Johannique

C’était tout d’abord à Cana en Galilée que Jésus fait un miracle (2.11) en apportant du vin. Celui-ci sera suivi d’autres non spécifiés à la fête de pâque à Jérusalem (2.23). Le peuple demandait déjà ces signes et croyait à cause d’eux. Ce sont ces miracles qui amènent à croire qu’il vient de Dieu. Entre ces deux miracles du second chapitre nous avions une double référence au temple, que Jésus nettoie, puis utilise comme une allégorie de lui-même.

 

La mer de Galilée

Cette mer est citée dans les Nombres, le Deutéronome et Joshua comme une frontière de la terre promise. Dans les synoptiques, c’est là que Jésus rencontre Simon et André sur leur bateau (Mathieu 4.18, Mark 1.14-18, Luc 5.3). Dans l’Evangile de Luc, quand Jésus rencontre Simon sur son bateau, il accompli un miracle et ils attrapent un grand nombre de poissons. Les synoptiques utilisent le même endroit quand Jésus se retire après la mort de Jean le Baptiste et nourrit les 5.000 comme ici (Mathieu 14, Marc 6). La montagne et la mer font un cadre intéressant en rapport à la pâque.

 

Interprétation

Cette première partie établie le contexte spatio-temporel, qui annonce aussi bien les personnages de notre passage que le contexte biblique. La mer, lieu des histoires de bateau dans les synoptiques prépare également le lien avec deux passages de Jean lié au notre : le prochain passage, où les disciples traversent une tempête et le passage à la fin de l’Evangile de Jean, où Jésus partage également un repas avec ses disciples.

 

Deuxième partieJean 6:5-7

 

+5a επαρας ουν              ο ιησους                    τους οφθαλμους

+5b και θεασαμενος          

+5c οτι πολυς                   οχλος                          ερχεται                      προς αυτον

 

5d                                                           λεγει                           προς τον φιλιππον

5e ποθεν                    αγορασομεν           αρτους

5f  ινα                                φαγωσιν             ουτοι

 

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=6a  τουτο δε                   ελεγεν                 πειραζων                   αυτον

=6b αυτος γαρ                 ηδει                      τι εμελλεν                  ποιειν

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7a απεκριθη                         αυτω                     φιλιππος

7b διακοσιων δηναριων                                  αρτοι                                 ουκ αρκουσιν         αυτοις

7c ινα                                 εκαστος               αυτων                               βραχυ                         τι λαβη

 

 

 

+5a Levant                         Jésus                          les yeux

+5b et voyant            

+5c quune foule             nombreuse              venait             à lui

 

5d dit                                 vers Philippe

5e Combien                    devons-nous acheter de pains

5f  pour                             nourrir                       eux

 

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=6a   tout cela            il dit                     testant                        lui

=6b   car                       il savait                ce qu’il allait             faire

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7a répondit                     à lui                       Philippe

7b deux cents dinars                                  de pains                          ne suffira pas          à eux

7c pour que                     chacun                 d’eux                                 un peu                        reçoive                     

 

 

La deuxième partie est composée de trois morceaux organisés sous une forme concentrique ABA’. L’indéfini "foule" fait inclusion avec le particulier "chacun d’eux". "200 dinars de pains" fait écho à la question de Jésus "combien de pains ?", le pain servant de terme final aux deux morceaux externes. Nous retrouvons dans chaque morceau un verbe de locution associé à Philippe, qui font la structure de la partie : Jésus pose à l’apôtre une question, que l’on apprend être un test, une question piège. Philippe y répond, voyant le besoin et pensant à chacun d’eux, mais sans trouver la réponse.

 

La partie centrale est un commentaire du narrateur omniscient, qui donne le ton de la partie, Jésus sait ce qu’il va faire, il propose un test, le lecteur est ainsi placé en face de l’énigme, aux côtés de Philippe.

 

Contexte Johannique

Philippe est lié à André et Simon, que nous introduisions dans la première partie : il vient du même village, en Galilée.

 

"Afin de le tester" apparaît également en Jean 8, quand les sadducéens et les pharisiens interrogent Jésus à propos de la femme adultère.

 

Combien de pains devons-nous acheter ?

 

La question de Jésus n’est pas posée au hasard. C’est une reprise de la question de Moïse, dans le 11e chapitre des Nombres : "13 Où trouverais-je de la viande à donner à tout ce peuple ? Quand ils m’obsèdent de leurs larmes en disant : Donne-nous de la viande à manger. 14 Je ne puis, à moi seul, porter tout ce peuple : c’est trop lourd pour moi. 15 (…) 21 Moïse dit : "Le peuple où je suis compte 600.000 hommes de pied, et tu dis : Je leur donnerai de la viande à manger pendant tout un mois ! 22 Si l’on égorgeait pour eux petit et gros bétail, en auraient-ils assez ? Si l’on ramassait pour eux tous les poissons de la mer, en auraient-ils assez ?" La réponse de Philippe reprend la dernière question de Moïse.

 

Dans le contexte de l’Exode évoqué précédemment, Jésus pose à Philippe une question qu’il devrait connaître. Ce n’est pas simplement une question sur sa foi, c’est une question juive sur le récit de l’Exode, en préparation de la pâque qui vient. Cette question entre aussi dans le contexte plus large du parallèle fait par Jean entre son récit et celui de l’Exode, et de la comparaison entre Moïse et Jésus. Ainsi Jésus est dans une situation où il doit faire face au même problème que Moïse avant lui. [1]

 

Interprétation

 

Cette seconde partie est en continuité avec le contexte établie dans la première, dans l’apparition de Philippe, et dans une question à propos de l’Exode, typique, voir même traditionnelle, dans le contexte de la pâque juive. Cette question à propos de la nourriture est aussi critique à l’existence des hommes en tant qu’êtres vivants. Il ne s’agit donc pas simplement d’une question rhétorique, ils vivent ici, dans la montagne, une situation similaire à celle des tribus dans le désert : il faut se nourrir. Jésus, comprenant la situation, interroge son disciple. C’est une question pédagogique, il veut lui enseigner, à travers l’histoire juive, qui il est.

 

 

La troisième partie

 

+8a λεγει              αυτω                     εις εκ των μαθητων     αυτου     

+8b ανδρεας       ο αδελφος          σιμωνος                           πετρου

 

9a εστιν               παιδαριον          εν ωδε

9b ο εχει              πεντε                    αρτους                              κριθινους

9c και                    δυο                       οψαρια

 

9d αλλα ταυτα τι εστιν                εις τοσουτους

 

 

 

+8a dit                    à lui                       des disciples                   de lui

+8b André             le frère                 de Simon                          Pierre

 

9a il y a                un garçon     ici

9b qui a                cinq                       pains petits

9c et                      deux                     poissons

 

9d Mais celà       qu’est-ce             pour tant de gens  

 

 

La troisième partie est composée d’un seul morceau de trois segments. L’ensemble est délimité par l’inclusion faîte par “εις εκ των μαθητων” et " εις τοσουτους ". Ce parallèle repose sur l’assonance entre "eis, un" et "eis, pour", ainsi que sur l’opposition entre "ek, de (des)" et "eis, vers (pour)", établissant un parallèle entre les disciples et la foule, comme dans la première partie. Le premier segment nous présente l’apôtre André, que notre lecteur attend déjà. Le terme "disciple" dans le premier membre est en parallèle avec les noms des apôtres dans le second. Dans le second segment, nous avons la réponse d’André à la question de Jésus, en trois membres : un enfant, des pains et deux poissons. Alors que le second segment fait une description précise (un, cinq, deux), le dernier segment reprend les mêmes sujets dans des termes plus généraux : "cela", "tant". André, à l’inverse de Philippe, ne regarde pas à ce dont ils ont besoin, mais à ce qu’ils ont.  Il voit l’un d’eux, quand Philippe voyait chacun d’entre eux. Andrée trouve un début de réponse, nous allons voir que la remarque sur l’enfant est aussi une réponse appuyée sur l’histoire des fils d’Israël, mais pas la solution, il reprend la question de Moïse, est-ce assez ?

 

Contexte Johannique

Nous avons ici, après Philippe, les deux autres apôtres liés à la Galilée. André et Simon faisaient partie des disciples de Jean le Baptiste, qui leur indiqua Jésus comme "l’agneau de Dieu" (1.35-41), autre allégorie utilisant la nourriture. Simon est celui qui confessera que Jésus est le Messie, à la fin du chapitre. Nous le rencontrerons encore, pêchant sur son bateau, et partageant du pain et du poisson avec Jésus, à la fin de l’évangile. Jésus lui demandera de "nourrir ses brebis" (21.16).

 

Qu’est-ce pour tant de gens ?

Nous avons ici une référence à Simon, qui donne une très bonne réponse à une autre question de Jésus. Dans les synoptiques, c’est lui qui répond à la question "qui dîtes-vous que je suis ?’ par "Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant". (Mathieu 16.16, Marc 8.27, Luc 9.20). Ici son frère répond à Jésus sur sa question pascale à propos de l’Exode. Il répond par un texte, et comme la réponse de Simon, cette réponse qualifie Jésus. Dans le 4e chapitre du second Livre des Rois, Elishah accomplit des miracles et vient en aide à des populations en besoin, notamment en leur apportant à manger. Le dernier épisode (2 Rois 4:38-44), se termine ainsi : "42 Un homme vint de Baal-Shalisha et apporta à l’homme de Dieu du pain de prémices, vingt pains d’orges issus des premières graines. Celui-ci ordonna : "Offre aux gens et qu’ils mangent", 43 mais son serviteur répondit : "Comment servirai-je cela à cent personnes ?" Il reprit : "Offre aux gens et qu’ils mangent, car ainsi a parlé YHWH : On mangera et on en aura de reste." 44 Il leur servit, ils mangèrent et en eurent de reste, selon la parole de YHWH." Notons, les premiers grains, références pascales, et "on aura du reste", qui prépare la partie suivante de notre texte. La question d’André est une citation, presque textuelle, de la question du servant d’Elishah dans le Livre des Rois.

 

A travers la réponse d’André, Jean nous donne une référence à Elishah nourrissant les fils des prophètes. En répondant à la citation de l’Exode faite par Jésus par celle du Livre des Rois, André répond pleinement à la question, non seulement c’est Jésus qui va nourrir la foule, mais aussi, il lui attribue un parallèle avec Elishah, qui vient après Elie pour combattre les cultes religieux en Israël et nourrir les fils des prophètes, le « reste » d’Israël, dans la famine. Ainsi, nous verrons par la suite que la première partie de l’histoire, et ses herbes amères a aussi un lien avec notre passage.

 

Interprétation

La réponse d’André est loin d’être incomplète comme elle l’apparait à première vue. Il trouve la réponse de l’énigme, et reconnait, comme son frère cité ici, un rôle particulier à Jésus. Le lien qu’il donne complète le contexte biblique du passage. Cette partie, remplit parfaitement son rôle central, par une simple question qui introduit un nouvel élément, qui sera le pivot de notre passage.

 

 

 

 

Quatrième partie – Jean 6.10-13

 

+10a     ειπεν δε                           ο ιησους

+10b     ποιησατε                         τους ανθρωπους          αναπεσειν

 

10c       ην δε                                  χορτος                               πολυς                   εν τω τοπω

 

=10d     ανεπεσον     ουν           οι ανδρες                         τον αριθμον       ωσει πεντακισχιλιοι

 

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+11a     ελαβεν δε                 τους αρτους                   ο ιησους

+11b     και                                ευχαριστησας

 

=11c      διεδωκεν                  τοις μαθηταις

=11d        οι δε μαθηται         τοις ανακειμενοις       ομοιως

 

::11e     και εκ των οψαριων         

::11f      οσον                           ηθελον

 

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+12a ως δε                                           ενεπλησθησαν

+12b λεγει                                             τοις μαθηταις                      αυτου

 

=12c συναγαγετε                               τα περισσευσαντα            κλασματα

=12d ινα                                                μη τι αποληται

 

=13a συνηγαγον       ουν

=13b και εγεμισαν                             δωδεκα                                   κοφινους                   κλασματων

=13c εκ των πεντε                                  αρτων                                        των κριθινων                α επερισσευσεν           τοις βεβρωκοσιν

 

 

 

 

 

 

 

 

+10a     Dit ensuite                      Jésus

+10b     faites                                 les hommes                    s’assoir

  

10c       il y avait                            de l’herbe                        nombreuse        en ce lieu

 

=10d     s’assirent donc              les hommes                    leur nombre       environ cinq mille

 

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+11a     prit                              les pains                           Jésus

+11b     et                                 rendant grâce

 

=11c      distribua                    aux disciples

=11d        et les disciples       à ceux qui étaient assis     de même       

 

::11e     Et des                         poissons       

::11f      autant                        qu’ils en voulurent

 

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+12a     Quand                                     ils fûrent rassasiés

+12b     Il dit                                         aux disciples                  de lui

 

=12c      rassemblez                           le reste                             des morceaux

=12d     afin que                                  rien ne se perde

 

=13a     ils les rassemblèrent donc

=13b     et remplirent                        douze coffins                  des morceaux  

=13c      depuis                                     les cinq pains                 les petits                   qui restèrent           à ceux ayant mangés

 

 

La quatrième partie est composée de 3 morceaux de 3 segments chacun. La mention des personnes fait inclusion de la partie, "les hommes" devenant "ceux ayant mangé" dans la dernière partie, ils apparaissent également dans la seconde, "ceux qui étaient assis". Le chiffre 5 est un terme final, commun aux deux morceaux externes, que l’on retrouve dans les cinq mille du premier morceau et les cinq pains du dernier. Le verbe dire est un terme initial entre les deux morceaux externes, Jésus en est le sujet, de même que du verbe " ευχαριστησας", rendre grâce dans la partie centrale. Chaque partie commence ainsi par une parole de Jésus, à l’origine de l’action qui suit. Jésus ordonne aux apôtres dans les deux parties externes, et remercie Dieu dans la partie centrale. Les deux parties externes sont construites autour de l’ordre de Jésus : "faites-les assoir" et "rassemblez les restes". La nourriture est distribuée au centre de la partie.

 

Dans le premier morceau, quand il demande à les "faire assoir", c’est comme si Jésus invitait la foule. Deux synonymes désignant les hommes (ανθρωπους, ανδρες) font inclusion, accompagnés du verbe s’assoir. Au centre, le cadre du décor, "l’herbe nombreuse", qui pourrait être une allégorie à propos de la foule, avec la reprise de πολυς[2]. Mais aussi un propos de l’abondance de nourriture et une discrète allusion à la manne, verte que l’on ramasse par terre.

 

Dans le dernier morceau, nous avons trois segments dans une construction ABB’. Le premier segment fait la connexion avec le reste de la partie, les deux derniers sont plus spécifiques. Leur symétrie est organisée autour de la récurrence de "assembler", "les morceaux" "qui restent". Jésus rajoute "afin que rien ne se perde". Nous finissons ici la prophétie "ils mangeront et auront du reste" citées en 2 Rois 4:43, avec une ouverture sur "les douze paniers" dans lesquels l’on gardera "le reste".

 

Dans le morceau central, le pain et les poissons font inclusion. Jésus ne donne pas d’ordre mais agit, en distribuant la nourriture. Le verbe d’action "distribuer" occupe le segment central et n’est pas repris, à l’inverse de deux morceaux externes ou le verbe d’action est redoublé, dans les segments externes. Le verbe de parole est différent en nature des deux autres verbes, il ne s’agit plus de "dire" mais de "rendre grâce", c’est-à-dire de remercier Dieu, qui n’est pas mentionné dans notre passage, mais invité lui aussi par ces mots de Jésus, et présent par le miracle accompli.

 

Rendre Grâce

 

Le verbe "rendre grâce" est utilisé trois fois dans l’Evangile de Jean. Deux fois à propos de l’histoire des 5.000 et une fois après que Lazare soit ressuscité, quand Jésus dit en Jean 11 "Père, je te rends grâces de m’avoir écouté. 42 Je savais que tu m’écoutes toujours ; mais c’est à cause de la foule qui m’entoure que j’ai parlé, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé." L’action est aussi liée au signe accomplit devant les gens. Jésus, en se tournant vers Dieu, espère amener les gens à croire en Lui, pas seulement à manger et trouver des signes. On retrouve un morceau semblable à la fin de l’évangile, où la finalité n’est plus le pain seulement, mais la vie : Jean 17, « 1 Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit : "Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie 2 et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés !  3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.". Ainsi ces signes accomplis attestent que Jésus est envoyé par Dieu, afin qu’ils croient et reçoivent la vie éternelle. Ces pains et l’actions de rendre grâce préparent la fin de la séquence, en particulier le difficile Jean 6.51 : "Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. Et même, le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde ". Les signes ont donc uniquement pour but de tourner les gens vers Dieu, dont la connaissance est la vie éternelle. La vraie nourriture, celle qui fait vivre, passe donc le messager. Jésus ici est le message, la parole de Dieu, allégoriquement l’agneau ou le pain, la manne céleste qui amène les gens vers Dieu, et il annonce en 6.51 la nécessité de sa mort que le message soit complet.

 

Rassembler les restes

 

Jésus invite ceux qui l’ont suivi sur la montagne et les rassemble pour manger sur l’herbe. Il demande à ses disciples de "rassembler le reste" dans "12 paniers". Si nous lisons un peu plus loin dans le texte, nous trouvons une autre occurrence de cette attention particulière : Jean 6.37 " Tout ce que me donne le Père viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors", qui dénote la même volonté de ne rien perdre. Le parallèle avec la fin de l’évangile, où nous retrouverons Simon et André, à qui Jésus demandera de "nourrir mes brebis", nous ramène en mémoire ce verset de Mathieu : 4.19 "Suivez-moi et, je vous ferais pêcheurs d’hommes". Comment ne pas lire dans ce "rassembler les restes" une invitation à rassembler les hommes ? En effet le mot grec utilisé ici, "synagô" semble préfigurer "ekklesia", ces deux mots grecs sont plus ou moins interchangeable pour traduire le même hébreu "qahal" "assembler", ces deux mots qui finissent par signifier le lieu où l’on se rassemble, la synagogue et l’église.

 

L’intérêt pour les morceaux qui restent nous rappelle également l’hébreu "char", le reste d’Israël, annoncé par les prophètes. Ainsi nous lisons chez Jérémie : 50, 19 Et je vais ramener Israël à son pacage pour qu’il paisse au Carmel et en Bashân; sur la montagne d’Ephraïm et en Galaad, il sera rassasié. 20 En ces jours et en ce temps — oracle de Yahvé — on cherchera l’iniquité d’Israël : elle ne sera plus ; les péchés de Juda : on ne les trouvera plus ; car je pardonnerai au reste que je laisse." Paul également cite ce reste en Romain 11, en faisant référence au texte des Rois : Je me suis réservé 7.000 hommes qui n’ont pas fléchi le genou devant Baal. 5 Ainsi pareillement aujourd’hui il subsiste un reste, élu par grâce…" Ainsi au temps de l’iniquité que combattait le prophète Elie, Dieu annonce s’être réservé un reste parmi les tribus d’Israël, duquel sont les fils des prophètes nourrit plus tard par Elishah. Est-ce ce reste que Jésus trouve sur la montagne et demande à rassembler ? [3]

 

Interprétation

 

Jésus répond à la foi de ceux qui l’ont suivi jusqu’à la montagne, et les invite à manger. A travers cette distribution de pain très allégorique, Jésus les invite à reconnaître Dieu, et lui-même comme Son envoyé. Il invite les apôtres à rassembler le reste d’Israël, qui doit être sauvé. Ce "reste" annoncé par les prophètes trouve son accomplissement dans les cinq mille qui suivent Jésus. Rassembler le reste des fils d’Israël construit la figure du Messie, qui invite les apôtres à construire l’église qui vient sur ce reste, ce qui semble préfigurer son conseil à la fin de l’évangile : "lancez le filet du côté droit du bateau, et vous trouverez" (Jean 21.6).

 

 

La cinquième partie

 

+14a οι ουν ανθρωποι               ιδοντες                      

+14b ο εποιησεν                          σημειον                      ο ιησους      

 

+14c ελεγον                                  

::14c οτι ουτος                              εστιν αληθως           ο προφητης

=14d ο ερχομενος                       εις τον κοσμον

 

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+15a ιησους ουν                          γνους

+15b οτι μελλουσιν                    ερχεσθαι

 

::15c και αρπαζειν                      αυτον            

::15d ινα ποιησωσιν                   αυτον                          βασιλεα

 

=15e ανεχωρησεν                       εις το ορος                αυτος μονος

 

 

 

+14a les hommes                        ayant vu

+14b accomplissant                   le signe                       Jésus

 

+14c dirent                                   

::14c Celui-là                                 est le véritable        prophète

=14d Celui qui vient                          vers le monde

 

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+15a Alors Jésus                          sachant

+15b que bientôt                         ils allaient venir

 

::15c et attraper                          lui

::15d pour faire                            lui                                 roi

 

=15e se retira                                vers la montagne   lui seul

 

 

La cinquième partie montre en deux morceaux comment la réaction de la foule provoque le départ de Jésus. L’opposition entre les verbes "ayant vu" et "sachant" sert de terme initial aux deux morceaux. Ils introduisent ce que la foule d’abord, puis Jésus, perçoivent de la situation. Puis les projections respectives qu’ils s’en font. A la supposition que Jésus "vienne vers le monde" fait écho le départ de celui-ci "vers la montagne", les deux servant de termes finaux. Les deux titres, prophète et roi, donnés par la foule, sont une réponse aux "signes" : la répétition de deux formes du verbe faire (εποιησεν, ποιησωσιν) établit un parallèle entre les signes accomplis par Jésus et la foule qui veut le faire roi.[4]

 

Dans le premier morceau, la foule fait un lien entre le "signe" opéré et la "vérité" de la mission prophétique. Comme Thomas, ils croient ce qu’ils voient. Sans forcément comprendre le sens indiqué par le signe, ils n’y voient qu’un symbole, le signe qui devait les faire réfléchir sur ce qui est en jeu n’est plus qu’une preuve de la véracité de Jésus. La seconde partie tourne autour de 3 verbes de mouvement, un dans chaque segment, venir, attraper et se retirer. Comme eux projetaient leur compréhension de Jésus, lui anticipe sur ce qu’ils vont faire, non de ce qu’il voit, mais de ce qu’il comprend de la situation. L’opposition entre "ayant vu" et "sachant" trouve sens en ceci que Jésus, à la différence de la foule, est capable d’interpréter ce qu’il voit, il comprend le sens. "Se retirer" est l’inverse de "venir" et les deux termes font inclusion. Au centre "attraper" est presque violent, et l’histoire biblique nous enseigne qu’il n’y a qu’une simple ligne entre une foule qui vous fait roi ou qui vous tue.

 

Pour le faire roi

Quand il sera confronté à Pilate, Jésus lui dira que "son royaume n’est pas de ce monde". Ce passage semble confirmer ce point. Quand le peuple dit qu’il vient "vers le monde", il semble ne pas comprendre l’antinomie entre ce monde et Jésus, que ce dernier développera plus tard à ses disciples. Il ne vient pas pour se faire roi, et nous pouvons faire ici une connexion avec les tentations de l’évangile de Mathieu, car Jésus réitère son rejet de la royauté. Même s’il a apporté du pain cette fois-ci, mais pas pour lui-même.

 

Interprétation

Nous avons vu dans la partie précédente que Jésus vient pour rassembler son peuple, mais cette invitation ne semble pas être pour le royaume terrestre qu’ils attendent. Bien que Jésus semble les inviter déjà dans son royaume. Le jeu de mouvement que l’on observe ressemble à du théâtre, "fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis", très girardien encore. Certes Jésus les fuit parce qu’ils se méprennent sur le sens de ce qui se passe, mais sa fuite pourrait aussi être une incitation à le suivre encore, vers la montagne, vers Celui qui l’a envoyé. Les apôtres dans la partie suivante traverseront la mer à la recherche de Jésus.

 

Le commencement d’un royaume ici dans le monde, casserait ce mouvement qu’il lance vers un royaume céleste. Il préfère les confier tous à ses apôtres, qui ont pour mission non seulement de les rassembler et de les garder, mais aussi de construire l’« église », la communauté chrétienne dont la formation est mise en route ici, en rassemblant le reste d’Israël.

 

 

 

 

 

 

The whole passage

1a μετα ταυτα απηλθεν ο ιησους 1b περαν της θαλασσης της γαλιλαιας της τιβεριαδος 2a και  ηκολουθει αυτω οχλος πολυς 2b οτι εωρων αυτου τα σημεια 2c α εποιει επι των ασθενουντων

 

3a ανηλθεν δε εις το ορος ο ιησους 3b και εκει εκαθητο μετα των μαθητων αυτου 4a ην δε εγγυς το πασχα 4b η εορτη των ιουδαιων

 

5a επαρας ουν ο ιησους τους οφθαλμους 5b και θεασαμενος 5c οτι πολυς οχλος ερχεται προς αυτον

5d  λεγει προς τον φιλιππον  5e ποθεν αγορασομεν αρτους 5f  ινα φαγωσιν ουτοι

 

6a  τουτο δε ελεγεν πειραζων αυτον 6b αυτος γαρ ηδει τι εμελλεν ποιειν

 

7a απεκριθη αυτω φιλιππος 7b διακοσιων δηναριων αρτοι  ουκ αρκουσιν αυτοις 7c ινα εκαστος αυτων βραχυ τι λαβη

 

8a λεγει αυτω εις εκ των μαθητων αυτου 8b ανδρεας ο αδελφος σιμωνοςπετρου

9a εστιν παιδαριον εν ωδε 9b ο εχει πεντε αρτους κριθινους 9c και δυο οψαρια

9d αλλα ταυτα τι εστιν εις τοσουτους

 

10a ειπεν δε ο ιησους 10b ποιησατε τους ανθρωπους αναπεσειν 10c ην δε χορτος πολυς εν τω τοπω 10d ανεπεσον ουν οι ανδρες τον αριθμον ωσει πεντακισχιλιοι

 

11a ελαβεν δε τους αρτους ο ιησους 11b και ευχαριστησας 11c διεδωκεν τοις μαθηταις 11d οι δε μαθηται τοις ανακειμενοις  11e ομοιως και εκ των οψαριων 11f  οσον ηθελον

 

12a ως δε ενεπλησθησαν 12b λεγει τοις μαθηταις αυτου 12c συναγαγετε τα περισσευσαντα κλασματα 12d ινα μη τι αποληται 13a συνηγαγον ουν 13b και εγεμισαν δωδεκα κοφινους κλασματων 13c εκ των πεντε αρτων των κριθινων α επερισσευσεν τοις βεβρωκοσιν

 

14a οι ουν ανθρωποι ιδοντες 14b ο εποιησεν σημειον ο ιησους 14c ελεγον 14c οτι ουτος εστιν αληθως ο προφητης 14d ο ερχομενος εις τον κοσμον

 

15a ιησους ουν γνους 15b οτι μελλουσιν ερχεσθαι 15c και αρπαζειν αυτον 15d ινα ποιησωσιν αυτον βασιλεα 15e ανεχωρησεν εις το ορος αυτος μονος

 

 

 

1 Après cela, Jésus parti au-delà de la mer de Galilée, de Tibériade. 2 Et le suivi une grande foule, qui avait vu les signes qu’il avait fait sur les malades.

 

3 Jésus monta vers la montagne, et là s’assis avec ses disciples, 4 alors que se rapprochait la pâque, la fête des juifs

 

5 Jésus levant les yeux et voyant qu’une foule nombreuse venait à lui, dit vers Philippe : combien devons-nous acheter de pains pour les nourrir ?

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6 Il dit tout cela pour le tester, car il savait ce qu’il allait faire

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 7 Philippe lui répondit : "deux cents dinars de pains ne suffiront pas à ce que chacun d’eux reçoive un peu."

 

8 Lui dit son disciple André, le frère de Simon Pierre :

9 "il y a ici un garçon qui a cinq pains petits et deux poissons, mais cela qu’est-ce pour tant de gens ?"

 

10 Jésus dit ensuite : "faites s’assoir les hommes", car il y avait de l’herbe nombreuse en ce lieu. Ils s’assirent donc , ils étaient environ cinq mille.

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11 Jésus prit les pains Jésus et, rendant grâce, les distribua aux disciples, puis les disciples de même à ceux qui étaient assis. Et des poissons autant qu’ils en voulurent

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12 Quand ils fûrent rassasiés, Il dit à ses disciples : "rassemblez le reste des morceaux, afin que rien ne se perde."

13 ils les rassemblèrent donc et remplirent douze coffins avec les morceaux des cinq petits pains, de ceux qui restèrent à ceux qui avaient mangé.

 

14 les hommes, ayant vu le signe accomplit par Jésus, dirent celui-là est le véritable prophète, celui qui vient vers le monde

 

15 Alors Jésus, sachant que bientôt ils allaient venir l’attraper pour le faire roi, se retira seul vers la montagne.

 

 

Le passage est composé de 5 parties, dans une construction concentrique.

 

Les deux parties externes sont emmenées par les verbes de mouvement et leur destination. L’arrivée à, puis le départ du décor de ce passage se font vers la même direction : "vers la montagne" (3a, 15c). Le point important dans ces deux parties est l’accomplissement d’un signe, qui était très attendu. La "foule nombreuse" devient à travers ce signe des "humains", et Jésus quitte tout le monde pour "être seul".

 

Dans les trois parties centrales nous avons des verbes de locution, qui établissent la relation entre Jésus et ses disciples, qui sont au centre de son attention. Après la question de Jésus "combien de pains ?", le dialogue établit est à propos de nombre et de nourriture. D’une question dans la seconde partie, on passe à un ordre dans la quatrième, après la proposition d’une solution par André dans la partie centrale. C’est bien d’un processus pédagogique qu’il s’agit : question de l’enseignant, réponse des élèves, conclusion de l’enseignant. Jésus d’ailleurs ne se contente pas de parler, il "fait" (poiein v.6 et v.10) : il donne l’exemple pour que ses disciples l’imitent (v.11). Il enseigne à ses disciples à prendre soin de son peuple, qui passe d’une foule rassasiée à des humains bien nourris. Les nombre, une question et 200 hypothétiques dinars deviennent 7 éléments dans la partie centrale donnés à 5000 personnes. Ce qui permettra aux disciples de remplir 12 paniers.

 

Les signes, Elie et Elishah.

 

Le contexte des termes « signes » dans l’Evangile de Jean commence par le nettoyage du temple. Elie et Elishah nettoyaient également le peuple d’Israël et gardaient un reste de 7000 personnes. Ils nourrissaient également le peuple dans un contexte de famine. Nous avons vu que la nourriture donnée aux 5000 ici renvoie à celle donnée au 7000 par Elishah.

 

Le contexte biblique introduit dans la partie centrale donne un mouvement historique : des 12 tribues perdues dans le désert, un reste est entretenu par les prophètes dans le royaume, que Jésus appel à rassembler ici sur la montagne.[5] Moïse et Elishah sont présentés comme des modèles, des précédents, pour le Jésus de son Evangile.

 

Critique des pharisiens

 

Il faut aussi rappeler le large chaudron de 2 Rois 4:38-41 qui précède directement le don de nourriture. Il y avait des herbes sauvages ajoutées au chaudron, qui rendait son contenu amer et empoisonné. L’ajout de farine par Elishah le rend à nouveau comestible. Il semblerait y avoir un indice pour comprendre la question posée dans les synoptiques : "Mt 16:9 Vous ne comprenez pas encore ? Vous ne vous rappelez pas les cinq pains pour les cinq mille hommes, et le nombre de couffins que vous en avez retirés ? 10 ni les sept pains pour les quatre mille hommes, et le nombre de corbeilles que vous en avez retirées ?  11 Comment ne comprenez-vous pas que ma parole ne visait pas des pains ? Méfiez-vous, dis-je, du levain des Pharisiens et des Sadducéens ! " Comment ces 12 paniers pourraient être liés à l’enseignement des saducéens ? Il est difficile de répondre sans passer par le texte des Rois. Si les douze paniers font références au reste des douze tribus qu’ils ont rassemblé sur la montagne, il se pourrait bien que le levain des pharisiens fasse écho à l’herbe sauvage qui avait été ajoutée à la marmite. Jean, en faisant référence à la dernière partie de 2 Rois 4:38-44 quand Elishah qui nourrit le peuple, nous invite à la lire avec sa première partie (2Rois 4:38-41).

 

Jean, dans les signes qu’il présente, est très critiques des enseignements de son époque. Il pourrait insinuer que Jésus en distribuant le pain sur la montagne, rend la Torah accessible à nouveau, malgré l’enseignement des religieux, comme la farine ajoutée dans la marmite. Ainsi il préparerait l’opposition extrêmement violente entre Jésus et les pharisiens et saducéens dans la séquence qui suit en les comparants implicitement avec les israéliens idolâtres de l’époque d’Elie et Elishah.[6]

 

Contexte Johannique

Comme nous l’avons remarqué auparavant, ce passage prend place dans un long parallèle avec l’Exode, et une comparaison entre Moïse et Jésus.

 

"6. τουτο δε ελεγεν πειραζων αυτον" nous renvoie deux chapitres plus loin, avec exactement la même phrase en Jean 8.6, quand la pharisiens et les saducéens testent Jésus sur sa compréhension de la Torah. Alors qu’ici Jésus distribue du pain, et enseigne ses apôtres en prévision d’un futur royaume céleste, ils préféreront proposer de lancer des pierres pour conforter leur royaume terrestre sur les histoires du passé.[7]

 

Ceci étant dit, le principal parallèle que nous avons trouvé est celui entre ce passage et le tout dernier de l’évangile, quand Jésus rencontre ses apôtres à nouveau, partage avec eux du pain et des poissons, et leur demande "paître ses brebis".

 

Contexte synoptique

Cet épisode est le seul miracle donné dans les 4 évangiles, et nous le retrouvons en Mathieu 14.21, Marc 6.39 et Luc 9.14. Cependant les synoptiques n’en donnent qu’une courte version. Les détails sont cependant les mêmes qu’ici, il y a autant de gens, de poissons, etc… Le contexte change un peu, car ils précisent que Jésus fuient le monde, de par sa peine après la mort de Jean le Baptiste. C’est ensuite par compassion qu’il nourrit celui qui l’ont suivi, et le fait à la requête des disciples. Comme nous l’avons vu, il leur rappel cette histoire pour faire allusion au levain des pharisiens.

 

Mise à part cette histoire, qui ne prend pas tant d’importance dans les synoptiques, toute la séquence sur le pain, par sa place à la montagne, et son importance au début du dernier évangile, nous rappelle le sermon sur la montagne au début de l’évangile de Mathieu. Si les sujets diffèrent complètement, les deux posent le contexte théologique de leurs respectifs discours finaux de Jésus.

 

Interprétation

Quand Jésus s’échappe à la montagne, il est suivi par une large foule cherchant des signes, qu’il va satisfaire et inviter à s’assoir pour partager un repas. Jésus utilise l’opportunité pour enseigner à ses apôtres, et leur demande de "rassembler les restes", construire à partir de ce peuple l’église à venir.

 

L’histoire est racontée sous le signe de la Pâque qui s’approche, et nous avons vu dans tout le passage des références à l’exode, que cette fête commémore. Les questions bibliques à propos de cette histoire fondatrice, comme celle posée par Jésus à ses disciples, est typique de la tradition juive pour cette fête. La référence implicite à la manne prépare le discours qui suit sur le pain de vie.

 

Nous avons vu qu’il y a également un lien avec des histoires plus tardives, prenant place dans la terre promise, avec des références à Elie et Elishah, dans leur combat contre les fausses religions. On peut voir dans ce prémice de rassemblement du reste des 12 tribus, l’accomplissement d’une promesse messianique annoncée chez les prophètes.

 

Le contexte est pourtant nouveau, et Jésus, dans la montagne, rafraichit la mémoire, la rend vivante et lui donne un autre sens, nouveau. Ce passage prépare l’invitation au royaume des cieux. En utilisant des histoires anciennes, et l’exemple des prophètes, Jean prépare la compréhension de Jésus comme le vrai pain de vie.

 

 



[1] Nous avons trouvé dans "Moses and the Exodus as a major theme in John’s Gospel" une analyse fine et exhaustive de cette longue comparaison au fil de l’Evangile. En ligne : [http://faithbiblechurch.s3.amazonaws.com/wp-content/uploads/2011/09/johntoolkit_mosesarticle.pdf]

[2] . Faut-il y voir une discrète référence à la Genèse et les plantes avec leur grain en elle ?

[3] Selon l’Encyclopédia Universalis : "Reste d’Israël", qui voie la naissance de ce thème chez les prophètes Isaïe, Jérémie, Michée, Sophonie. Lisons en particulier "Si l’Éternel des armées ne nous eût conservé un faible reste, nous serions comme Sodome, nous ressemblerions à Gomorrhe" (Ésaïe 1:9). Nous retiendrons également les exemples à l’époque de Noé ou du jour dernier (Genèse 6:7; Apocalypse 12:9), et l’avertissement de Matthieu 7:13-14. Paul reprend lui 1 Rois 18 "Mais je laisserai en Israël sept mille hommes, tous ceux qui n’ont point fléchi les genoux devant Baal, et dont la bouche ne l’a point baisé" et va jusqu’à en faire un schéma universel d’un reste gardé par Dieu en tout temps.

[4] Car c’est bien là le miracle de la foule que de pouvoir faire les rois, portés aux nus, et les lynchages. On retrouve ici un second parallèle avec la péricope de la femme adultère, dans laquelle à l’inverse Jésus est placé au milieu de la foule par les pharisiens pour être jugé et lapidé. Il nous semble utile de faire référence ici à René Girard qui a bien décrit ces phénomènes de foules et comment ils génèrent les religions primitives. Jésus, qui ne semble pas goûter ces emballements mimétiques, est venu rassembler le reste d’Israël, il refuse de le faire de cette manière. Il semble appeler à autre chose en se retirant. Cf. René Girard, "La Violence et le Sacré".

[5] Si Jean est Elie, alors on peut légitimement à partir de ce passage se poser la question de continuer la parallèle avec Jésus et Elias.

[6] Voir Marie-Béatrice Papasoglou, "La Fin d’un malentendu", in "Cinquième conférence de la RBS", R. Meynet, J. Oniszczuk, eds, à paraître.

[7] Faut-il voir dans ce parallèle une évocation voulue de Mathieu 7:9 "Et qui sera l’homme d’entre vous qui donne une pierre à son fils, s’il lui demande du pain ?", qui comparerait l’enseignement de Jésus à celui des pharisiens ?  Ou encore une seconde références aux tentations dans le désert, pour annoncer le pain de vie ?

An Nahl – Sequence 1

بِسْمِ اللَّـهِ الرَّ‌حْمَـٰنِ الرَّ‌حِيمِ

Sourate An Nahl

 

 

Plan de la sourate

 

Sequence 1

 

Allah descend les anges avec l’esprit            et créé les cieux et la terre en vérité

Il a créé les bestiaux                                       pour porter vos fardeaux vers un pays

 

Allah ordonne les choses                          pour que vous vous guidier

 

La générosité d’Allah est infinie,                   et il connait à travers l’apparence

Ils adorent ce qui est créé                             leurs cœurs sont arrogants

 

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Sequence 2

 

Ils confondent ce qu’Allah a fait descendre avec les légendes des anciens

Ils rejettent les messagers,                            comme les anciens avant eux

 

La promesse d’Allah                                       s’avérera sur eux

 

Vers Allah prient tous les animaux,               toute générosité vient de Lui

Ils attribuent à Allah                                      de ce qui a été créé pour eux

 

 

Sequence 3

 

Allah donne l’exemple des abeilles           qui suivent Son chemin        pour donner de la bonne nourriture.

Allah donne l’exemple de ceux                 qui ne partagent pas              Sa générosité

Allah donne l’exemple d’hommes            qui ne peuvent rien faire       et de celui qui suit Son chemin

 

Allah créé des protections pour les hommes,    qui ne croient pas         en Sa générosité

Allah envoie vers toute les communautés         des témoins

 

 

Sequence 4

 

Respectez l’alliance d’Allah

Lisez le Quran qu’Allah                         a descendu en vérité

 

Allah est misericordieux envers      ceux qui ont émigré

 

Mangez de ce qu’Allah                         a descendu de bon

Suivez l’engagement d’Abraham       sur le chemin des pieux

 

 

 

 

 

 

 

La première partie

 

1a            أَتَىٰ       أَمْرُ                   اللَّـهِ

 1b     فَلَا         تَسْتَعْجِلُو     هُ

 

 1c *                  سُبْحَانَ         هُ

1d *      وَ          تَعَالَىٰ          عَمَّا يُشْرِكُونَ

 

2a       يُنَزِّلُ     الْمَلَائِكَةَ        بِالرُّوحِ     مِنْ أَمْرِ        هِ

2b        عَلَىٰ      مَن يَشَاءُ                         مِنْ عِبَادِ       هِ    

 

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2c +       أَنْ         أَنذِرُوا

2d +      أَنَّهُ        لَا إِلَـٰهَ    إِلَّا أَنَا

2e +       فَ        اتَّقُونِ

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3a ::      خَلَقَ      السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ       بِالْحَقِّ 

3b *      تَعَالَىٰ    عَمَّا يُشْرِ‌كُونَ

 

4a ::      خَلَقَ      الْإِنسَانَ                          مِن نُّطْفَةٍ

4b ::      فَإِذَا       هُوَ                                 خَصِيمٌ مُّبِينٌ

 

 

 

1a       Il a donné     un ordre       Allah  

1b       Alors ne pas hâter              lui

 

* 1c                               Gloire             à Lui

* 1d      Et                     surpasse       ce à quoi ils associent

 

2a       Il descend     les anges                          avec l’esprit       de Son ordre

2b       Sur                   qui Il veut                                                       de Ses serviteurs

 

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+ 2c      ainsi :       "Avertissez

+ 2d      qu’             il n’y a pas de dieu       sauf Moi"

+ 2e      alors         devenez pieux

  ————————————————–

 

:: 3a      Il a créé         les cieux et la terre      en vérité

:: 3b      Il surpasse    ce à quoi ils associent

 

:: 4a      Il a créé         l’homme                                                   d’une goute

:: 4b      Alors               celui-ci                                                       un disputeur évident

 

 

La partie est construite de trois morceaux concentriques selon une forme ABA’. Les deux morceaux extérieurs décrivent deux formes d’action du Dieu, tandis que le morceau central est une adresse à l’humanité.

Le premier morceau est également de forme concentrique. Dans les deux segments exterieurs Allah agit, par la parole : le terme "ordre" se retrouve dans les deux. Son autorité est renforcée par l’injonction "ne pas précipiter" et le côté arbitraire du choix divin "sur qui Il veut". Une action est passée et définitive, c’est l’ordre, donné dès le début du monde et qui concerne la fin, l’autre est une action continue, comme la pluie qui tombe, Allah envoie constamment des anges. Ces actions sont en effet dirigées vers le monde, comme l’indique le terme "descend". Ainsi l’ordre et les anges, les deux objets, sont envoyés vers le monde et l’homme, que l’on trouve ensuite. Au centre du morceau se trouve une louange, accompagnée d’une remarque sur la supériorité d’Allah en regard des divinités des hommes.

 

Le dernier morceau est composé de deux segments bimembres, fortement parallèles. Dans leurs deux premiers membres, Allah créé, d’abord le monde, puis l’homme. Dans leurs deux second membres, nous lisons l’association de divinités avec Allah, puis l’aspect disputeur de l’homme. Dans chaque segment, le parallèle entre les deux segments suggère un sens, par parataxe [cf M. Cuypers, ] :

          dans le premier, le parallèle entre les cieux et la terre avec "ce à quoi ils associent" rappel que l’homme se choisit des divinités parmi ce qu’il voit, ce qui existe. Or pour l’auteur, ceux-ci font parti du monde créé par Allah. En ceci il leur évidement supérieur.

          dans le second segment, la mise en paralèle entre "d’une goutte" et "disputeur évident" tend à ramener l’homme à sa condition et à opposer celle-ci au rôle qu’il se donne en désignant des divinités : l’homme n’a été créé que d’une petite chose, il se comporte pourtant comme un dieu. Ce second segment renforce l’idée du premier : Allah qui a créé le monde et l’homme, est incomparable à ceux-ci.

 

Le morceau central n’a pas la même forme que les deux autres, il y a un seul segment, trimembre. L’ordre donné aux anges "Avertissez" dans le premier membre fait echo à l’ordre donné aux hommes dans le dernier "Itaqou", c’est-à-dire "soyez pieux". Au centre du morceau, la déclaration de l’unicité divine, ici à la première personne.

 

Ce second morceau est mis en valeur par plusieurs aspect du texte : il n’y a qu’un seul segment, trimembre, alors que la partie est composée partout ailleurs de segments bimembre, les deux autres morceaux décrivent une action, alors que nous avons ici un discours, Allah parle à la première personne. Ces aspects textuels mettent en valeur le discours divin, au centre d’une description de deux mondes distincts. Au niveau de sa place, il fait séparation entre les deux. Mais on remarquera qu’au niveau du sens, il créé un lien, puisque c’est un discours transmis par les anges du premier monde, et "Ina", presque "pour qu’ils" ici, fait grammaticalement le lien entre le premier morceau et le morceau central. Et c’est un discours adressé au monde du dernier morceau "devenez pieux". Remarquez que l’homme, qui peut être "de Ses serviteurs" ou "un disputeur évident" est présent dans les deux morceaux, ce sont donc "Ses serviteurs" qui comme les anges, font le lien entre les deux mondes et transmettent le discours divin. Ce morceau joue un rôle de centre entre les deux, par la forme il marque la séparation entre les deux mondes. Mais il est aussi par le sens ce qui fait le lien entre les deux, l’invitation d’Allah à le reconnaître et à la "taqwa", descendu par les anges vers les hommes.

 

Deux mondes distincts

 

L’existence du monde réel est ici attestée, "avérée" : "bil haq" donne une notion de réalité. Le texte parle "des cieux et la terre", c’est-à-dire l’univers dans sa totalité (comme dans l’expression "des pieds à la tête", l’utilisation de deux opposés est utilisé pour décrire l’ensemble) également décrite comme créée. Ainsi le discours coranique reconnait la réalité du monde : il a été créé et existe "bi lhaq", c’est-à-dire en vérité, en réalité. Ainsi que l’humanité, qui existe charnellement dans le monde.


Au dessus, un Dieu est présenté ici, qui créé, ordonne, puis agit en envoyant ses anges vers ses serviteurs, dans le monde. Son action se fait [par, avec, en] "esprit". Cet "esprit" est en miroir avec "vérité". C’est un monde différent de la réalité observable du monde créé. C’est celui qui donne la vérité du monde : il a été créé par Allah, qui n’y est pas inhérent. C’est un dieu unique, et la divinité est présentée comme surpassant l’univers, puisqu’elle l’a créé. La divinité est en dehors de l’univers observable, à l’opposé des divinités choisies par l’homme, qui elles en font parti.


On retrouve ici deux mondes distincts : l’univers dans sa totalité, dans lequel l’homme évolue, la réalité, et un monde supérieur, duquel Allah, par l’intermédiaire de ses anges, abreuve le monde réel d’esprit. Ces deux mondes sont séparés, bien qu’une descente puisse être opérée de l’un vers l’autre. [alors que le chemin inverse est barré par des meteores].

 

L’association

 

Le terme "youshrikoun", de la racine sharik, partager, décrit une action des hommes, qui "partagent", divisent, "associent" la divinité. Pour ceux là, la divinité est associée à des objets pris dans le monde réel, il y a une confusion entre le monde réél et le monde spirituel. En effet, si l’on reprend le texte du point de vue de l’homme, il y a deux actions opposées décrites :

 

          Les serviteurs de la première partie, qui réçoivent dans la réalité l’esprit venu d’un Dieu qu’ils reconnaissent unique, c’est-à-dire exterieur. Il y a là une transcendance qui "par l’esprit" contemple le monde "en vérité", et appel "à craindre", c’est-à-dire à devenir pieux, humble. L’univers n’est plus un monde clos, il existe un ailleurs, qui permet de contempler l’univers pour ce qu’il est.

 

          L’homme de la seconde partie, qui élève des choses réelles en les confondant à la divinité. Il y a là une immanence qui ne connait pas une divinité unique, mais la partage et l’associe à des choses materielles, qui sont idéalisées. Cet homme ne voit pas la différence entre les deux mondes, marquée par la partie centrale, qu’il ne reconnait pas. Il vit dans un univers clôt, duquel il choisit des idoles auquelles il confère des pouvoirs divins.

 

Il y a ici une idée paradoxale et typiquement monothéiste : la transcendance est dans l’ordre reçu par le serviteur et l’acceptation de la réalité, alors que l’immanence est ici contestation de l’ordre et idéalisation de la réalité. Le monde est bien réel, mais l’homme est invité à le dépasser [n’est qu’un lieu, réel mais temporaire, il est invité à considérer le futur des choses, voir al naba, voir Paul]. L’association, en niant l’aspect exterieur de la divinité, créé une confusion entre le monde réel et le monde spirituel, elle adore le monde pour lui-même, en niant un ailleurs. C’est une vision caractéristique du monothéisme, nous verrons si la sourate permet d’éclairer ce paradoxe, mais la partie centrale donne un indice : l’humilité du serviteur. 

 

 

 

 

La seconde partie

 

 

5a        وَ              الْأَنْعَامَ       خَلَقَ      هَا      

5b              لَكُمْ       فِيهَا         دِفْءٌ وَمَنَافِعُ

5c        وَ              مِنْهَا         تَأْكُلُونَ

 

6a        وَ  لَكُمْ       فِيهَا         جَمَالٌ       

6b                           حِينَ            تُرِ‌يحُونَ

6c        وَ             حِينَ            تَسْرَ‌حُونَ

 

7a =      وَ              تَحْمِلُ        أَثْقَالَ كُمْ      إِلَىٰ بَلَدٍ

7b =      لَّمْ              تَكُونُوا       بَالِغِي           هِ        

7c =      إِلَّا             بِشِقِّ         الْأَنفُسِ

 

  ————————————————–

7d +      إِنَّ       رَ‌بَّكُمْ          لَرَ‌ءُوفٌ رَّ‌حِيمٌ

  ————————————————–

 

8a        وَ        الْخَيْلَ وَ الْبِغَالَ وَ الْحَمِيرَ‌

8b        لِ          تَرْ‌كَبُ   هَا               

8c        وَ          زِينَةً 

 

8d ::      وَ        يَخْلُقُ             مَا   لَا تَعْلَمُونَ

 

9a =      وَ           عَلَى اللَّـهِ         قَصْدُ السَّبِيلِ

9b =      وَ        مِنْهَا              جَائِرٌ‌

9c =      وَ        لَوْ شَاءَ           لَهَدَا كُمْ             أَجْمَعِينَ

 

 

 

5a       Et                            les bestiaux          il a créé     eux     

5b             Pour vous       en eux                    chaleur et avantages

5c           Et                            d’eux                     vous mangez

 

6a       Et   pour vous       en eux                    une beauté

6b                    quand        vous les ramenez

6c           Et         quand        vous les sortez

 

= 7a       Et                            ils portent             vos fardeaux               vers un pays

= 7b          vous                       n’atteindriez pas                                       celui-ci

= 7c       Sinon                      par la division      de l’âme

 

  —————————————–——————————–       

+ 7d       Ainsi    votre Seigneur    est gentil et misericordieux

  —————————————–——————————–             

 

8a           Et                les chevaux et les mules et les ânes

8b           Pour          que vous les chevauchiez    

8c           Et                un ornement

 

:: 8d         Et                Il créé              ce que vous ne connaissez pas

 

= 9a          Et                sur Allah         la direction du chemin

= 9b          Et                de celui-ci       ja’ir

= 9c       Et                si Il voulait      il vous guiderai           tous ensembles

 

 

La partie se compose de trois morceaux, deux trimembres à l’exterieur et un morceau central unimembre. Les deux morceaux exterieurs parlent l’un des bestiaux, le betail, l’autre des animaux que l’on peut monter. Le morceau central loue l’attention du Seigneur.

Le premier morceau est composé de trois segments. Les deux premiers décrivent ce que l’homme trouve dans les bestiaux, marqué par la répétition de "pour vous" dans les deux segments et l’insistance sur "en eux" (fiha, minha).

 

Les avantages sont materiels, de la chaleur (d’eux-mêmes, et de leurs peaux ou de la laine comme vêtments) et de la nourriture dans le premier segment.

 

Le deuxième segment introduit deux choses nouvelles, à travers une parataxe très suggestive. Le premier membre reprend une forme du premier segment, cependant au lieu d’avantages, nous avons la beauté, tandis que les deux derniers membres, semblable par la forme et opposés par le sens, introduisent l’idée de déplacement. Ces deux membres évoquent l’idée du travail avec les animaux et les déplacements dans les montagnes pour les amener paître. Jusqu’au voyage des populations nomades ou semi nomades. La beauté devient celle des animaux et des paysages, la contemplation, et à travers elle la satisfaction du travail accompli, un mode de vie pastoral.

 

Le troisième morceau est de forme différente, et les bestiaux deviennent sujet. Ce sont eux qui portent les fardeaux des hommes. Les deux premiers membres mettent en opposition les bestiaux, qui portent et les hommes qui ne pourraient pas arriver à destination avec leur fardeaux. Fardeaux est placé dans le premier membre, objet de l’action des bestiaux, alors qu’il n’a pas d’équivalent dans le second membre. mais dans le troisième membre, "âme", induisant l’idée que ce sont ces fardeaux, trop lours pour l’homme seul, qui brisent son âme et l’empêchent d’atteindre le pays/la ville.

 

Le dernier morceau est plus hétérogène. C’est le déplacement qui le structure : le premier segment décrit les animaux que l’on chevauche, le troisième segment parle de la direction à suivre sur le chemin. Au centre se trouve l’inconnu, connu d’Allah seul. C’est bien l’objet de ce passage, plutôt que l’ornement, le visible inutile (8c), Allah déteint la clef de l’inconnu (8d), et est en conséquence le plus apte à guider sur le chemin(9c). [Il pourrait être le gardien de cette direction, si l’on accepte de voir un chiasme en 9a-b : "Et sur Allah / la direction du chemin / Et de celle-ci / un protecteur".]

 

Si la structure du dernier morceau est plus relâchée, le lien entre le premier et le dernier morceau est très structuré. Les animaux montés font echo au bétail, dans les deux premier morceaux. La beauté des uns (6a) se retrouve dans la valeur d’ornement des autres(8c), les premiers portent les fardeaux (7a) tandis que les seconds portent les hommes (8b). Les deux derniers segments sont liés par "la direction", subliminale dans le voyage "vers" une ville (7a), est développée dans le dernier morceau, quand Allah devient le guide. Celui-ci est présenté en connaisseur de l’inconnu dans le segment central du dernier morceau (8d), peut-être en lien avec le voyage évoqué par le déplacement du second segment du premier morceau (6b-c). Enfin, si le chemin et les fardeaux provoquent "la division", Allah pourrait "assembler", restant l’enigmatique s"il voulait", qui sera développé au cours de la sourate.

 

Dans le morceau central, la divinité est proche de l’homme, s’en occupe. C’est par sa création qu’elle se dit perceptible. Les hommes sont invités à trouver dans leur monde ce dont ils ont besoin, une aide, et finalement une direction vers une ville/un pays, dont Allah connait le chemin.

 

Les fardeaux de l’âme

 

2.286, voir aussi la charge de la terre 99, et le sens parallèle de wezr, que l’on retrouvera plus loin dans la sourate.

 

Hébreux 11;12;13 : 16 – 19

Mathieu 11:28-30 les fardeaux de l’âme.

Luc 21 19 Possédez vos âmes par votre patience. 20 Et quand vous verrez Jérusalem …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Passage 1

 

1أَتَىٰ أَمْرُ‌ اللَّـهِ  فَلَا تَسْتَعْجِلُوهُ

 سُبْحَانهُ  وَ تَعَالَىٰ عَمَّا يُشْرِ‌كُونَ

2 يُنَزِّلُ الْمَلَائِكَةَ  بِالرُّ‌وحِ مِنْ أَمْرِ‌هِ عَلَىٰ مَن يَشَاءُ مِنْ عِبَادِهِ  

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أَنْ   أَنذِرُ‌وا أَنَّهُ     لَا إِلَـٰهَ     إِلَّا أَنَا فَاتَّقُونِ

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3خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْ‌ضَ  بِالْحَقِّ تَعَالَىٰ عَمَّا يُشْرِ‌كُونَ

4خَلَقَ الْإِنسَانَ مِن نُّطْفَةٍ فَإِذَا هُوَ خَصِيمٌ مُّبِينٌ

 

 

 

5وَ الْأَنْعَامَ خَلَقَهَا لَكُمْ فِيهَا دِفْءٌ وَمَنَافِعُ وَ  مِنْهَا تَأْكُلُونَ

6وَ لَكُمْ فِيهَا جَمَالٌ حِينَ تُرِيحُونَ وَحِينَ تَسْرَحُونَ

7وَ تَحْمِلُ أَثْقَالَكُمْ   إِلَىٰ بَلَدٍ لَّمْ تَكُونُوا بَالِغِيهِ إِلَّا بِشِقِّ الْأَنفُسِ 

————————————————-

إِنَّ   رَ‌بَّكُمْ      لَرَ‌ءُوفٌ رَّ‌حِيمٌ

————————————————-

8وَالْخَيْلَ وَالْبِغَالَ وَالْحَمِيرَلِتَرْكَبُهَاوَزِينَةً 

وَ يَخْلُقُ مَا لَا تَعْلَمُونَ

9وَعَلَى اللَّـهِ قَصْدُ السَّبِيلِ وَمِنْهَا جَائِرٌ وَلَوْ شَاء لَهَدَاكُمْ  أَجْمَعِينَ

 

 

 

1 Il a donné un ordre, Allah, alors, ne le hâtez pas.

Gloire à Lui, et Il surpasse ce à quoi ils associent.

2 Il descend les anges avec l’esprit, par Son ordre, sur qui Il veut de Ses serviteurs,

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ainsi :  "Avertissez qu’il n’y a pas de dieu sauf Moi, alors devenez pieux".

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3 Il a créé les cieux et la terre en vérité, Il surpasse ce à quoi ils associent.

4 Il a créé l’homme d’une goute, ensuite celui-ci devient un disputeur évident.

 

 

 

5 Et les bestiaux, il les a créé. En eux chaleur et avantages pour vous, et d’eux vous mangez.

6 Et pour vous en eux une beauté quand vous les ramenez et quand vous les sortez.

7 Et ils portent vos fardeaux vers une ville, que vous n’atteindriez pas sinon l’âme déchirée,

  —————————————–——————————– 

ainsi votre Seigneur  est gentil et misericordieux

  —————————————–——————————-        

8 Et les chevaux et les mules et les ânes, pour que vous les chevauchiez, et un ornement.

Et Il créé ce que vous ne connaissez pas.

9 Et sur Allah, la direction du chemin, et de celui-ci un protecteur. Et s’il voulait, il vous guiderai tous ensembles.

 

 

Le passage est composé de deux parties à la structure quasi identique (seul détonne le deuxième morceaux de la première partie, unique morceau bimembre). Le terme Allah fait inclusion, il se troue dans le premier et le dernier membre du passage. Il est aussi présent dans les deux morceaux centraux, d’un seul segment ; l’importance de ceux-ci est redoublée par leur parallèlisme, qui décrivent la divinité. L’action d’Allah structure les morceaux externes, avec la répétition de "Il a créé", à l’exception du premier, où l’action par la parole, qui agit sur la création est ainsi mis een valeur.

 

Une autre incusion se trouve dans la répétition du verbe "yacha", vouloir, en terme finaux des premièrs et derniers morceau du passage. La différence entre les deux membres fait deviner un choix : celui des serviteurs, choisis parmi l’ensemble. Semble alors opposé l’homme, contestataire évident, qui n’arriverai pas seul à sa destination. On trouve d’ailleurs deux mouvements. Dans la première partie il s’agit des anges, qu’Allah envoye avec l’esprit vers le monde. La mise en parallèle des deux parties y voit une réponse dans le voyage de l’homme vers une ville, destination mystérieuse. Certes, "Il créé ce que vous ne connaissez pas".

 

 

 

 

 

 

 

Passage 2

 

Première partie

 

10a –      هُوَ        الَّذِي أَنزَلَ     مِنَ السَّمَاءِ   مَاءً

10b –                  لَّكُم             مِّنْهُ              شَرَ‌ابٌ

10c –      وَ                              مِنْهُ              شَجَرٌفِيهِ تُسِيمُونَ

 

11a –      يُنبِتُ      لَكُم             بِهِ               الزَّرْ‌عَ وَ الزَّيْتُونَ

11b –      وَ                                                النَّخِيلَ وَ الْأَعْنَابَ

11c –      وَ                                                مِن كُلِّ الثَّمَرَ‌اتِ 

 

11d +     إِنَّ         فِي ذَٰلِكَ         لَآيَةً             لِّقَوْمٍ يَتَفَكَّرُونَ

 

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12a –      وَ           سَخَّرَ‌            لَكُمُ              اللَّيْلَ وَالنَّهَارَ

 

12b =     وَ           الشَّمْسَ        وَالْقَمَرَ‌         وَالنُّجُومُ

12c =                 مُسَخَّرَ‌اتٌ      بِأَمْرِهِ 

 

12d +     إِنَّ         فِي ذَٰلِكَ         لَآيَاتٍ           لِّقَوْمٍ يَعْقِلُونَ

————————————————————–

 

13a =     وَ           مَا ذَرَأَ           لَكُمْ             فِي الْأَرْضِ          مُخْتَلِفًا أَلْوَانُهُ 

13b +     إِنَّ         فِي ذَٰلِكَ             لَآيَةً             لِّقَوْمٍ يَذَّكَّرُ‌ونَ

 

 

 

10a Lui,                        celui qui descend      du ciel              l’eau

10b                               pour vous                    d’elle               une boisson

10c Et                                                                 d’elle                un arbre dans lequel pâturage

 

11a Il fait pousser      pour vous                    par elle            la céréale et l’olive

11b Et                                                                                          la datte et le raisin

11c Et                                                                                          de tous les fruits

 

+ 11d Ainsi                    en cela                         des signes   pour un peuple qui réfléchit

 

 ————————————————————–

12a Et                           Il a assujetti                pour vous       la nuit et le jour

 

= 12b Et                          le soleil                        et la lune        et les étoiles

= 12c                              assujettis                     par Son ordre

 

+ 12d Ainsi                    en cela                         des signes   pour un peuple qui use de logique

————————————————————–

 

= 13a Et                          ce qu’Il multiplie        pour vous       sur terre,             

= 13b                              différentes                  ses couleurs

 

+ 13c Ainsi                     en cela                         des signes   pour un peuple qui se rappel

 

 

C’est une partie concentrique, en trois morceaux. Le ciel dans le premier, puis les astres celestes dans le second servent de termes initiaux, les signes, et le membre qui le contient (11d, 13c, répété en 12b) servent de termes finaux. Au centre, le jour et la nuit, phénomène astronomique.

 

Le premier morceau est composé de 3 segments, selon un arrangement AA’B. Les deux premiers ont pour cause l’eau, qu’Allah fait descendre du ciel. Les deux morceaux décrivent ce qui sort "d’elle", "pour vous". Outre une boisson, celle-ci produit une végétation qui nourrit les animaux (premier morceau), puis des fruits (second morceau). Le troisième est plus énigmatique, et invite à réfléchir pour trouver des "signes" ("ayat", même terme que "ayat", les versets) dans la description du phénomène naturelle.

 

Cette phrase est repris et structure les deux segments trimembres du dernier morceau. Dans ceux-ci les atres du ciel, puis la terre elle-même, servent de termes initiaux, et notre phrase est reprise comme membre final des deux segments, mettant l’emphase sur la logique, puis le rappel. L’action d’Allah est omniprésente dans l’univers décrit, il assujetti les astres (probablement à leur course) et invite à user de logique (à leur sujet). Il mutltiplie les choses les sur la terre, et invite à se souvenir de leur différentes couleurs.

 

Différentes ses couleurs

 

On trouve dans ces deux mots un sens omniprésent dans la partie. Au-delà de la nuit et du jour, qui forment une paire (toutes choses Nous avons créé par paire), nous avons là une invitation à contempler la multitude. Dans le ciel, les astres : au-delà du soleil et de la lune, encore une paire, il y a la multitude des étoiles, et un astre unique parmi eux, la terre où nous sommes. Il y a la végétation et sa multitude, les fruits (sont-ils donnés par deux ?) et leur multitude. Tous sont différents, notamment par leur couleur, tout comme les étoiles.

 

On retrouve les trois nombres de la grammaire arabe : la multitude (la végétation, les étoiles), le duel (la nuit et le jour, le soleil et la lune) et le singulier (la terre). Que faire de l’eau ? Le lecteur est ainsi invité à contempler la diversité de la création, sa multitude, et les particularités de chaque chose parmi la multitude, que signifient les couleurs. Pour s’en rappeler. En particulier ici, la particularité de la terre.

 

Des signes

 

L’affirmation des signes, par son aspect énigmatique, est une invitation à chercher un sens. Celui-ci n’est pas donné immédiatement, le lecteur est donc invité à le trouver. Nous avons regardé ensemble celui des couleurs.

 

Dans le premier paragraphe, nous sommes invités à contempler le cycle de l’eau, et comment on s’en nourrit : il produit à boire et des fruits. Outre un pâturage indistinct pour les animaux, il y a des fruits, que l’homme aussi peut manger. Cela nous rappelle la distinction dans la génèse, les arbres avec leur semence en eux et ceux qui produisent du fruit. C’est l’eau qui le nourrit, comme cet arbre du premier psaume, repris dans le Coran. Cette eau, qui descend du ciel, qui fait vivre la terre en faisant pousser la végétation est souvent repris, c’est le verset 7:57 qui nous paraît le plus éclairant ici : "C’est Lui qui envoie les vents comme une annonce de Sa Miséricorde. Puis, lorsqu’ils transportent une nuée lourde, Nous la dirigeons vers un pays mort [de sécheresse], puis Nous en faisons descendre l’eau, ensuite Nous en faisons sortir toutes espèces de fruits. Ainsi ferons-Nous sortir les morts. Peut-être vous rappellerez-vous." Non seulement il reprend l’ensemble des fonctions que nous avons attribué à l’eau, mais ici les vents / comme annonce de Sa miséricorde / transportent une nuée lourde, nous invitent à voir un parallèle entre l’eau descendue et la miséricorde annoncée. N’irait-on pas chercher dans l’esprit descendu avec les anges au début de la sourate l’explication du signe donné ici ? L’esprit, descendu continuellement, qui fait vivre la terre, et sortir d’elle des plantes et des fruits ? Nous avons vu dans la sourate Al-Naba, que c’est justement la présence ou l’absence de cette eau qui fait la différence entre la géhenne et le jardin.

 

Reste donc à chercher quels signes la logique permet-elle de chercher dans les astres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seconde Partie

 

14a –      وَ    هُوَ الَّذِي سَخَّرَ       الْبَحْرَ

14b –                  لِتَأْكُلُوا            مِنْهُ            لَحْمًا       طَرِيًّا

14c –      وَ           تَسْتَخْرِجُوا       مِنْهُ           حِلْيَةً       تَلْبَسُونَهَا

 

14d    وَ           تَرَ‌ى             الْفُلْكَ            مَوَاخِرَ    فِيهِ

14e    وَ           لِتَبْتَغُوا                             مِن        فَضْلِهِ

14f ::    وَلَعَلَّكُمْ    تَشْكُرُونَ

 

 ————————————————————–

 15a +   وَ           أَلْقَىٰ             فِي الْأَرْ‌ضِ   رَ‌وَاسِيَ  

15b +    أَن         تَمِيدَ            بِكُمْ

 

15c =    وَ           أَنْهَارًا          

15d =    وَ           سُبُلًا

15e ::   لَعَلَّكُمْ      تَهْتَدُونَ

————————————————————–

 

16a =    وَ           عَلَامَاتٍ

16a =    وَ           بِالنَّجْمِ   

16a ::    هُمْ         يَهْتَدُونَ

 

 

 

14a Et        Lui,             celui qui assujeti             la mer

14b                               pour que vous mangiez  d’elle         une viande fraiche   

14c Et                           que vous sortiez               d’elle         des parures que vous portez

 

14d Et                           vous voyez                        le navire   fendre elle

14e Et pour                 que vous cherchiez         de Sa grâce

 

:: 14f Et afin que vous remerciez

 

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+ 15a Et                          Il a lancé                      dans la terre  des sommets

+ 15b Qu’                       elle (ne) tremble        avec vous

 

= 15c Et                          des rivières

= 15d Et                          des chemins

 

:: 15e Afin que vous    vous guidiez

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= 16a Et                          des indications

= 16b Et                          par les étoiles

:: 16c Ils                          se guident

 

 

Toujours sur le même modèle, trois morceaux ABA’. Les mers et les rivières sont les termes initiaux des deux morceaux externes. L’homme est l’objet de cette partie, encore, marqué par "Afin que vous" qui revient dans les deux morceaux externes, "avec vous" dans la partie centrale et finalement "ils" dans le dernier membre.

 

Les deux segments du premier morceau présentent ce que l’homme trouve dans la mer. De la nourriture et l’apparat dans le premier segment, dans le second le voyage, le déplacement, dont la finalité sera de chercher la Grâce et de remercier, ce qui sera développer plus tard dans la sourate. 

 

Dans le second, des rivières fait inclusion avec les étoiles. Avec les rivières des chemins sont tracès pour l’homme sur la terre, tandis que dans le ciel les étoiles cotôient les indications. "Guider" fait terme final dans les deux segments. C’est la finalité, comme le marque la répétition de "la’alakoum" du premier morceau.

 

Au centre un seul segment bimembre, sort de la terre des montagnes, afin qu’elle ne tremble pas avec l’homme dessus. La négation n’est pas inclue dans la phrase originale en arabe, comme dans le verset 4.176 :" يُبَيِّنُ اللَّهُ لَكُمْ أَنْ تَضِلُّوا" "Allah vous éclaire que vous (ne) vous perdiez (pas)". C’est la règle du "soukout el la", la négation n’est pas écrite car elle est trop évidente.

 

Le lien entre les deux morceaux externes est fait d’abord par l’inclusion entre deux aspects de la création, la mer, et les étoiles dans le ciel. Ces deux grandes étendues créent un espace où l’homme voyage, ici sur des navires. Le voyage est suggéré partout, par les navires d’abord, les chemins et les indications, au milieu de ces deux grandes étendues où l’homme est réduit à peu de choses et potentiellement perdu. Les étoiles sont le guide universel de l’homme, aussi bien pour les navires qui vogeuent sur l’océan que pour les caravanes à travers le desert, où le long de grands fleuves comme le Tigre et l’Euphrate, le long desquels Abraham est probablement allé d’Ur en Canaan.

 

La finalité, indiquée par la reprise de "la’alakoum", afin que. Allah attend ici une reconnaissance, que l’homme plus encore que la nourriture, Le cherche, à travers Sa grâce. Allah espère que l’homme le trouve en tirant de la nature et de ses efforts sa nourriture, Le reconnaisse dans les choses qu’Il lui donne . Ainsi que "vous vous guidiez" est aussi une finalité en soi. Que l’homme remercie ou se guide, c’est vers son Dieu qu’il se dirige.

 

Au milieu de ces immensités, les montagnes, pour éviter qu’elle ne tremble. Elle, c’est la terre ferme, bien sûr au milieu des flots et sous le ciel. Notre segment est isolé comme une île au milieu de ces immensités, comme la première terre qui se découvre quand l’eau est attiré. Afin d’assurer sa stabilité on y trouve des sommets. Alors que tout le reste est mouvant, la mer, assujetti à ses marées, comme les étoiles aux mouvements celestes, il y a là une idée de stabilité. Pour éviter d’ailleurs que la terre ne bouge, comme la mer, il y a aura donc des montagnes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Second passage

 

 

10     هُوَ   الَّذِي أَنزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً لَّكُم مِّنْهُ شَرَ‌ابٌ وَ مِنْهُ شَجَرٌ‌ فِيهِ تُسِيمُونَ

11     يُنبِتُ لَكُم بِهِ الزَّرْ‌عَ وَ الزَّيْتُونَ وَ النَّخِيلَ وَ الْأَعْنَابَ وَ مِن كُلِّ الثَّمَرَ‌اتِ 

        إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَةً لِّقَوْمٍ يَتَفَكَّرُ‌ونَ

 

12     وَ سَخَّرَ لَكُمُ اللَّيْلَ وَالنَّهَارَ‌

        وَ الشَّمْسَ وَالْقَمَرَ‌ وَالنُّجُومُ مُسَخَّرَ‌اتٌ بِأَمْرِ‌هِ 

        إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِّقَوْمٍ يَعْقِلُونَ

 

13      وَ مَا ذَرَ‌أَ لَكُمْ فِي الْأَرْ‌ضِ مُخْتَلِفًا أَلْوَانُهُ 

        إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَةً لِّقَوْمٍ يَذَّكَّرُ‌ونَ

 

 

 

14     وَ هُوَ الَّذِي سَخَّرَ‌ الْبَحْرَ‌   لِتَأْكُلُوا مِنْهُ لَحْمًا طَرِ‌يًّا وَ تَسْتَخْرِ‌جُوا مِنْهُ حِلْيَةً تَلْبَسُونَهَا

        وَ تَرَ‌ى الْفُلْكَ مَوَاخِرَ فِيهِ وَ لِتَبْتَغُوا مِن فَضْلِهِ

        وَلَعَلَّكُمْ تَشْكُرُ‌ونَ

 

 15    وَ أَلْقَىٰ فِي الْأَرْ‌ضِ رَ‌وَاسِيَ أَن تَمِيدَ بِكُمْ

        وَ أَنْهَارً‌ا   وَ سُبُلًا   

        لَعَلَّكُمْ تَهْتَدُونَ

 

16     وَ عَلَامَاتٍ

        وَ بِالنَّجْمِ هُمْ يَهْتَدُونَ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Second passage

 

 

10   C’est Lui qui descend l’eau du ciel, une boisson pour vous, de laquelle des herbes à pâturage

11   D’elle Il fait pousser pour vous la céréale, l’olive, la datte et le raisin, de tous les fruits

      Il y a en cela des signes pour un peuple qui réfléchit

 

12   Et Il a assujetti pour vous la nuit et le jour

      Le soleil et la lune et les étoiles, assujettis par Son ordre,

      En cela des signes pour un peuple qui use de logique

 

13   Et ce qu’Il multiplie pour vous sur terre, différentes ses couleurs,

En cela des signes pour un peuple qui se rappel

 

 

 

14   Et c’est Lui qui assujetti la mer, que vous mangiez d’elle une viande fraiche, et en tiriez des parures que vous portez

      Et vous voyez le navire la fendre, que vous cherchiez de Sa grâce,

Et afin que vous remerciiez 

 

15   Et Il a lancé dans la terre des sommets,     qu’elle ne tremble avec vous

Et des rivières et des chemins,                     Afin que vous vous guidiez

 

16   Et des indications.

Et par les étoiles, ils se guident

 

 

Les deux parties de notre passage commencent par un segment semblable (10, 14 a-c). Ces deux segments désignent Dieu comme celui qui active le monde. Dans ces premiers morceaux, c’est l’eau qui est ainsi manipulée, et qui donne la nourriture : les plantes qui poussent de la terre, les poissons de l’eau. Ce parallèle évoque le rôle primordial de l’eau comme source de vie dans le Coran (« et nous avons tiré toute vie de l’eau » 21.30, voir aussi 24.45, 25.54).

 

Le cadre du monde est réparti selon la 4e loi de Lund, le ciel et la terre qui font l’inclusion de la première partie et se retrouve (la terre) au centre de la deuxième. A l’inverse les étoiles au centre de la première partie sont à la fin de la seconde. Allah n’est pas seulement créateur ici, c’est lui qui l’ordonne le monde. Ainsi des verbes : « assujetti » se retrouve au centre de la première partie et au début de la seconde, l’opposition entre la descente de l’eau et l’élévation de montagnes, sont également répartis selon la 4e loi de Lund.

 

Comme nous l’avons vu précédemment, dans chaque partie, les morceaux sont terminés par un segment semblable : « des signes pour un peuple qui réfléchit » est répété trois fois dans la première partie. Dans la seconde, une partie de ces signes sont utilisés par l’homme pour se guider (15,16). Il y a un double mouvement : les signes sont placés par la divinité, les hommes se guident par ces signes. En particulier, les étoiles, qui indiquent le passage du temps et le chemin dans le désert et sur la mer, sont l’exemple type. Allah assigne un mouvement aux astres (12), qui à leur tour guident les hommes dans le monde (16b). Il y a pour l’homme une autonomie et de liberté que n’ont pas les astres, ainsi si les signes ont pour finalité de le diriger(15c), c’est l’homme qui se guide (16b). Détonne de cette régularité « afin que vous remerciiez » (14c). Comme 15c il indique la finalité de ces actions divines. Il y a une double équivalence : se guider, amène à voir par ces signes l’origine divine, donc à remercier le Dieu pour ses actions. Mais aussi, la façon de remercier Dieu pour ces signes, c’est de les utiliser. Ainsi le cadre de la bienveillance divine, notée dans les passages qui entourent celui-ci (v7, v18).

 

Assujettis par Son ordre

 

L’emphase est mise sur le Seigneur comme origine de toute chose (« C’est Lui qui », terme initial des deux parties), c’est par son ordre ici que tourne l’horloge cosmique des astres, qui matérialise dans les astres le passage du temps, et provoque son expression la plus sensible, le jour et la nuit. On peut probablement y voir également les marées, autre matérialisation visible du temps par l’effet des astres, si l’on prolonge le sens de "sakhara" tel qu’utilisé pour les astres à la mer. La traduction "assujetti" indiquant qu’Allah assigne ceux-là à un mouvement. C’est un mouvement d’ensemble : les astres se contiennent ensembles dans un même mouvement, dont sont issus le jour et la nuit et les marées. La descente de l’eau appartient elle aussi à un cycle ordonné par l’astre solaire. Les montagnes, également font partie des phénomènes que l’on observe, résultat de la mécanique mise en place. L’observation de cette mécanique céleste sert de repères dans l’espace et le temps, résumé dans le dernier vers : « et par les étoiles, ils se guident » de façon à la fois très prosaïque et poétique en ouvrant sur l’imaginaire des voyages. Seule la logique, appliquée aux choses visibles, permet à l’homme observant ces phénomènes de comprendre petit à petit les causes et les effets de l’ensemble. Ultimement, le Coran invite l’homme à considérer au-delà de ces phénomènes et de leur organisation, Celui qui en est à l’origine. Ainsi l’ordre du début, qui se matérialise dans les astres et le passage du temps, annonce l’avancée inexorable vers une fin, thème majeur du Coran, qu’il convient cependant de ne pas précipiter. 

 

Des signes afin que vous vous guidiez

 

« Les signes pour que vous raisonniez » de la première partie deviennent les finalités de la seconde (« afin que », 14c, 15c) et occupent précisément la même place, en derniers membres de chaque morceau. « Afin que vous vous guidiez » (15c) la finalité des signes. Ainsi, traversant terres et mers, dans le mode de vie nomade et pastoral décrit auparavant, dans la collecte des fruits, et sur ses navires, l’homme se guide par les étoiles, sens premier et très matériel. Cependant « Afin que vous remerciiez » (14c) semble la finalité des verbes attribués à l’homme dans la première partie (réfléchir, raisonner, se souvenir/méditer), il ouvre sur une autre finalité : le Coran invite ici l’homme à chercher Dieu, non seulement dans les bonnes choses (rezqan, nayma, qui seront un des thèmes principaux de la sourate), mais aussi dans l’agencement de la création, dans les signes et les chemins qui semblent baliser le monde (v. 15-16). Le voyage occupe ici une place importante, il est occasion pour l’homme de découvrir et de traverser l’univers, pour chercher son Créateur.

 

Nous avons vu aussi que le Coran invite à trouver des signes dans le texte lui-même, à travers ces descriptions naturalistes. Nous avons vu comment la descente de l’eau qui fait vivre la terre évoque celle de l’esprit, qui produit des fruits. Nous allons continuer cette réflexion en cherchant comment comprendre le parallèle proposé entre le passage du temps, la course de la nuit et du jour, et la stabilité apportée par les montagnes, qui sont respectivement aux centres de la première et de la seconde partie.

 

Pour ce faire, intéressons-nous à la racine du terme trembler, "myd". Cette racine n’est utilisée que 5 fois dans le Coran, trois fois exactement dans le même contexte (ici, 21.31 et 31.10), et deux fois pour désigner la table descendue du ciel dans la sourate Al-Mayda. Nous reproduisons le contexte de ces deux occurrences ci-dessous, en réutilisant le même choix de couleurs que dans celui étudier ici, pour montrer la proximité des termes entre les deux passages :

 

112 – C’est alors que les apôtres dirent : Ô Jésus, fils de Marie, ton Dieu peut-Il nous faire descendre une table garnie du ciel ? Il leur dit : Craignez Dieu si vous êtes croyants !113 – Ils dirent : Nous voulons manger à cette table de façon que nos âmes soient apaisées et nous saurons si tu nous as dit la vérité. Nous en témoignerons !

114 – Jésus, fils de Marie, dit : Ô Seigneur, fais descendre sur nous une table garnie du ciel, UNE FETE pour nous du premier au dernier. Un signe manifeste de Toi ! Répands sur nous Ta gratitude, Tu es le meilleur de ceux qui gratifient.115 – Dieu dit : Je vais la faire descendre sur vous. Celui qui, après cela, sera un incroyant, je le châtierai d’une façon qui n’a jamais été utilisée à l’encontre d’un humain dans tout l’univers.

 

Outre la proximité des termes, la proximité des deux textes est aussi renforcée par les trois idées de la discussion entre Jésus et ses apôtres, qui sont importantes à notre séquence, et soulignées ci-dessus, la crainte de Dieu (16.2), l’apaisement de l’âme (a contrario 16.7) et la vérité (16.3). L’injonction coranique « craignez Dieu », vue ici se retrouve au tout début de notre sourate Les Abeilles. Le désir des disciples de voir leurs âmes apaisées par la certitude de la vérité nous ramène également à notre premier passage, ou à l’inverse, les âmes étaient épuisées sur le chemin. Enfin, la vérité, de laquelle semblent douter les disciples, mais pour laquelle ils s’engagent. Cette conversation reprend de très près notre thème de la providence divine, qui fait descendre du ciel de la nourriture, comme un signe de sa part. Cependant le point de vue change : à la place d’un acte divin, offert gratuitement, c’est ici une demande de l’homme vers Dieu. Ainsi « pour nous » remplace « pour vous ». L’homme veut à manger et veut un signe. C’est exactement le discours de l’homme à Jésus, sur la montagne à l’approche de la Pâque, dans le 6e chapitre de l’Evangile de Jean : sur la montagne, à l’approche de la fête, l’homme cherche un signe et à manger, en retour de quoi Jésus distribue miraculeusement des pains et des poissons. En revanche, dans la sourate les abeilles, la nourriture est déjà là, la montagne aussi, l’homme n’a plus qu’à contempler les signes dans la création elle-même, sans l’évènement. Si dans l’Evangile c’est Jésus qui fait des signes (les miracles) pour convertir les hommes, dans notre passage c’est le monde, ou la description naturaliste du monde, trait particulier du texte coranique, qui contient ces signes.

 

Nous invitons chaleureusement le lecteur à lire l’analyse fructueuse qu’à fait Michel Cuypers de la sourate al ma’yda. Sa conclusion à propos du passage ci-dessus, est que le Coran fait une lecture particulière du discours sur le pain de vie fait à Capharnaüm, qui suit directement la distribution des pains, évoquée plus haut. La demande de cette nourriture fait référence par ricochet à celle des fils d’Israël, sur la capacité de Dieu à dresser une table dans le désert, dans le Psaume 78. La question de la foi en Dieu est alors centrale ! Comme on le voit dans le Coran, dans les réponses de Jésus et de Dieu aux apôtres (5.112-115). M. Cuypers remarque que le verbe descente dans la cinquième sourate fait référence à la nourriture aussi bien qu’aux textes bibliques. Le pain distribué par Jésus est alors une allégorie pour le pain de vie, c’est-à-dire les paroles de Dieu, en reprenant l’image de la manne descendue par Allah pour nourrir les fils d’Israël dans le désert. Le pain dans l’Evangile est signe des paroles d’Allah qui nourrissent ("et l’homme ne se nourrira pas seulement de pain, mais de toute parole de la bouche de Dieu"). Tout comme nous avons remarqué un parallèle entre la descente de l’eau et celle de l’Esprit dans la sourate Les Abeilles. Il s’agit alors d’une nourriture spirituelle autant que matérielle, comme l’ont noté les commentateurs musulmans.

 

Quel est le lien entre « mayda » et les montagnes pour que la terre ne tremble pas ? Regardons en détail le vers 114 :

 

114 – Jésus, fils de Marie, dit :   Ô Seigneur, fais descendre   sur nous    une table garnie        du ciel,

UNE FETE                    pour nous du premier au dernier.

un signe manifeste    de Toi !

 

Et approvisionne-                         nous

Tu es le meilleur de                      ceux qui nourrissent.

 

Cette table garnie, représente tout à la fois la Cène des évangiles, la distribution des pains puis le pain de vie chez Jean, la table dressée au désert des psaumes et la manne de l’Exode. C’est-à-dire la nourriture divine et, par analogie, la parole divine, répandue pour l’homme. Dans la sourate Al-Mayda, ce que Jésus demande à Allah est aussi bien une nourriture qu’une fête et un signe divin. Référence probable à l’eucharistie, et surtout la fête annuelle (‘ayd), la Pâque qui est à la fois la fête des fils d’Israël dans le désert, et fête des chrétiens qui se souviennent de Jésus et partagent le pain. Dans l’exode, c’est non seulement une fête à fêter d’année en année, mais aussi un signe entre Dieu et l’homme. (« Cette fête sera pour vous comme un signe sur votre main et comme une marque sur votre front pour que la Loi de l’Éternel soit l’objet de vos conversations, car c’est lui qui vous a fait sortir d’Égypte par sa puissance. Vous célébrerez ce rite d’année en année au temps fixé » (Exode 13.9-10).) 

 

C’est "un signe manifeste", voilà bien ce que nous recherchons ! Le contexte de la nourriture et des signes, c’est d’un côté une fête, ‘ayd. C’est un jour de l’année, un repère fixe dans le temps, que l’on retrouve par la course des astres. Et c’est un lieu dans l’espace, où les hommes se retrouvent pour rendre grâce à leur Dieu. C’est-à-dire un rendez-vous à un endroit et un moment précis, ou la nourriture est répandue pour l’homme, et un signe de l’intervention divine. L’autre contexte, c’est la montagne, un repère dans l’espace, le lieu de la théophanie par excellence. C’est le lieu ou Allah s’est approché de Moïse et lui a fait descendre la loi. Depuis 2.63 " quand Nous avons contracté un engagement avec vous et brandi sur vous le Mont, "Tenez ferme ce que Nous vous avons donné et souvenez-vous de ce qui s’y trouve afin que vous soyez pieux!", jusqu’à "Et le figuier et l’olivier, et le mont Sinai, et ce pays sûr". La montagne est un des lieux de culte par excellence. C’est d’ailleurs le lieu où Jésus se retire avec ses disciples et partage le pain et les poissons.

 

Les astres, dont la course régulière façonne le temps et la montagne, le lieu soulevé au milieu de la mer et du ciel, qui protège de la terre "qu’elle ne tremble avec vous", sont ainsi des signes naturels de la présence divine, un élément de stabilité, de la même façon que peuvent l’être les fêtes annuelles comme celle de Pâque. Dans l’Evangile comme dans la sourate Le Festin, la nourriture n’est pas finalité en elle-même, c’est un signe de la bienveillance divine à l’égard de l’homme, et de la réponse attendue de l’homme : la foi, la piété (5.112, 5.115, 16.2) peut-être l’application pratique du remerciement (16.14c). Voilà les piliers de l’alliance entre Dieu et l’homme. Cependant dans notre passage, au contraire de la sourate Al Ma’ida, cette alliance est sortie de son contexte historique et religieux, elle est présentée dans le cadre naturaliste créé par les descriptions géographiques et astronomiques telles qu’elles peuvent être perçues par un peuple nomade. Les astres et les montagnes décrits par le texte coranique remplacent les fêtes et les commémorations. L’aventure n’est plus religieuse, sociale, c’est celle du voyageur qui, à travers l’immensité du désert, des mers et de l’univers, rencontre son Créateur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Passage 3 Partie 1

 

17a –      أَفَ        مَن يَخْلُقُ

17b –      كَ          مَن لَّا يَخْلُقُ 

17c –      أَفَ        لَا تَذَكَّرُونَ

 

18a –      وَإِن        تَعُدُّوا            نِعْمَةَ اللَّـهِ

18b –                  لَا تُحْصُو      هَا

 

 ————————————–

18c –      إِنَّ   اللَّـهَ       لَغَفُورٌ   رَّحِيمٌ

—————————————          

 

19a –      وَ    اللَّـهُ يَعْلَمُ             مَا تُسِرُّونَ

19b –      وَ                              مَا تُعْلِنُونَ

 

 

 

17a      Fi                qui créé

17b     comme     qui ne créé pas

17a      Fi                vous ne vous souvenez pas

 

18a      Et si            vous calculiez                                la générosité d’Allah

18b                        Vous ne compteriez pas              elle

 

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18c      Certes Allah est gentil et misericordieux

————————————————————–

 

19a      Et   Allah    sait       ce que vous cachez

19b     Et                            ce que vous montrez

 

 

Cette partie est de forme concentrique ABA’.

 

Le premier morceau est composé de deux segments bimembres, la négation de vous ne vous souvenez pas et vous ne compteriez pas sert de terme finaux pour les deux segments. La répétition de Fi, qui inclue le premier segment, donne le ton du morceau, une critique de l’homme qui ne reconnait pas Allah. Il lui est reproché de ne pas se souvenir, d’oublier, la différence entre le créateur et la création (17). "Vous ne vous souvenez pas" part du principe que l’homme est capable de comprendre que les choses créée, dont il fait des dieux, ne sont pas comparable à Allah, qui les lui-même créées. A l’inverse l’homme n’est pas capable de mesurer l’ensemble des choses qu’Allah fait pour lui (18). S’il peut comprendre donc, l’immensité de la création lui échappe, il ne peut la saisir dans sa totalité. C’est justement par la création, son immensité incalculable et ce qu’elle contient pour lui, que l’homme devrait considérer son Créateur.

 

Dans le dernier morceau, à l’opposé de l’homme qui ne se souvient pas, ni ne peut compter, « Allah  sait ». L’unique segment repose sur le miroir entre ce que l’homme cache et met en avant. Si le premier morceau repose sur la capacité de l’homme à comprendre, ici il lui est implicitement reproché d’être malhonnête, en effet entre ces deux faire, cacher et révéler, se dévoile un souci de l’apparence et pas du fond des choses. C’est une démarche opposée à celle de comprendre qui est proposée dans le premier morceau. Ainsi, ces deux actions sont réduite à néant, car le savoir du Dieu transcende évidemment l’apparence.

 

Au centre, la reprise des noms d’Allah tempère le reproche. Allah est "généreux" et "il sait", ainsi il comprend l’homme, même si ce n’est pas réciproque. Son attitude reste "gentil et misericordieux".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partie 2

 

20a –          وَالَّذِينَ   يَدْعُونَ          مِنْ دُونِ اللَّهِ

20b –                             لَا يَخْلُقُونَ     شَيْئًا

20c –          وَهُمْ       يُخْلَقُونَ

 

21a =                  أَمْوَاتٌ

21b =                  غَيْرُ أَحْيَاءٍ

 

21c ::         وَ           مَا يَشْعُرُونَ  

21d ::         أَيَّانَ       يُبْعَثُونَ

 

——————————–

22a +         إِلَٰهُكُمْ     إِلَٰهٌ وَاحِدٌ

——————————–

 

22b –          فَالَّذِينَ    لَا يُؤْمِنُونَ     بِالْآخِرَةِ

22c –          قُلُوبُهُمْ    مُنْكِرَةٌ

22d –          وَهُمْ       مُسْتَكْبِرُونَ

 

23a =         لَا          جَرَمَ      

23b =        أَنَّ اللَّهَ   يَعْلَمُ              مَا يُسِرُّونَ

23c =          وَ                              مَا يُعْلِنُونَ

 

23d ::         إِنَّهُ         لَا يُحِبُّ         الْمُسْتَكْبِرِينَ

 

 

 

20a      Et ceux                  qu’ils invoquent               en dehors d’Allah

20b                                     ils ne créent rien

20c      Et eux-mêmes     sont créés

 

21a      Morts

21b     non vivants

 

21c      Et                            Ils ne perçoivent pas

21d     Quand                    ils sont ressuscités

 

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22a      Votre Dieu            un Dieu Unique

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22b     Quant à ceux        qui ne croient pas      en la dernière

22c      Leurs cœurs          déniant

22c      Et eux sont           arrogants

 

23a      N’est-il pas            tranché

23b     Qu’Allah                sait                               ce qu’ils cachent

23c      Et                                                                  ce qu’ils montrent

 

23d     Et Allah                  n’aime pas                  les arrogants

 

 

 

Le premier morceau a pour sujet les divinités que les homes se font. Elles sont l’objet du premier morceau (et ceux / eux) invoquées par les hommes / créées. L’opposition entre les deux derniers membres montrent leur impossibilité à être sujet : elles ne créent rien, mais sont créées. Ainsi, elles ne sont que des objets d’adorations, mais ne servent à rien. La même opposition se retrouve dans le dernier segment, elles sont ressuscités, mais ne perçoivent pas. Au centre vient une confirmation, ce sont des choses mortes, non vivantes, elles ne peuvent agir. On

 

Le troisième morceau s’attarde sur les hommes « qui ne croient pas ». Probablement ceux qui invoquaient les idoles. Ils sont sujets des deux premiers segments et objet des deux derniers. Dans le premier segment, les deux premiers membres mettent en parallèle « eux / ne croient pas » et « leurs cœurs / déniant », le troisième posant comme leur arrogance comme une conséquence de leur incroyance, sans que le lien soit explicité. Le mot est repris dans le dernier segment, comme une conclusion. Ainsi, la négation, « Allah n’aime pas » fait inclusion avec la première négation « ne croient pas » mais son objet porte sur l’arrogance, plutôt que directement sur l’incroyance. Allah et les incroyants sont mis en relation au centre, le Dieu monothéiste est ici révélateur des incroyants, de ce qu’il y a au-delà de leur paraître, comme le cœur évoquait déjà un intérieur véritable.

 

Au centre, un seul membre rappelant l’unicité d’Allah.

 

La même inclusion est faîte dans les deux premiers segments, avec les pronoms « Aladhin » (ceux) et « hum » (eux), qui servent ainsi de termes initiaux dans les deux morceaux externes. Chaque morceau est également encadré par deux négations (ne créent rien/ ne perçoivent pas) puis (ne croient pas / n’aime pas). Les idoles ne percevant pas la vie dernière, les hommes tournés vers elles n’y croient pas. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Passage 3

 

17   أَفَ  مَن يَخْلُقُ كمَن لَّا يَخْلُقُ  أَفَ لَا تَذَكَّرُونَ  

18   وَإِن تَعُدُّوا نِعْمَةَ اللَّـهِ لَا تُحْصُوهَا

      ————————————–

      إِنَّ اللَّـهَ لَغَفُورٌ‌ رَّ‌حِيمٌ

—————————————          

19   وَاللَّـهُ يَعْلَمُ مَا تُسِرُّونَ وَمَا تُعْلِنُونَ

 

 

 

20     وَالَّذِينَ يَدْعُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ لَا يَخْلُقُونَ شَيْئًا وَهُمْ يُخْلَقُونَ

21     أَمْوَاتٌ غَيْرُ أَحْيَاءٍ

          وَمَا يَشْعُرُونَ أَيَّانَ يُبْعَثُونَ

——————————–

22     إِلَٰهُكُمْ إِلَٰهٌ وَاحِدٌ

——————————–

          فَالَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِالْآخِرَةِ   قُلُوبُهُمْ مُنْكِرَةٌ وَهُمْ مُسْتَكْبِرُونَ

23     لَا جَرَمَ أَنَّ اللَّهَ يَعْلَمُ مَا يُسِرُّونَ وَ مَا يُعْلِنُونَ

          إِنَّهُ لَا يُحِبُّ الْمُسْتَكْبِرِينَ

 

 

 

17   Fi, qui créé, comme qui ne créé pas ? Fi, vous ne vous souvenez pas

18   Et si vous mesuriez la générosité d’Allah, Vous ne la compteriez pas

————————————————————–

18   Certes Allah est gentil et misericordieux

————————————————————–

19   Et Allah sait ce que vous cachez, et ce que vous montrez

 

 

 

20   Et ceux qu’ils invoquent en dehors d’Allah, ils ne créent rien et eux-mêmes sont créés

21   Morts non vivants

      Et Ils ne perçoivent pas quand ils sont ressuscités

 ——————————————————

22   Votre Dieu un Dieu Unique

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      Quant à ceux qui ne croient pas en la dernière, leurs cœurs déniant et eux arrogants

23   N’est-il pas tranché qu’Allah sait ce qu’ils cachent et ce qu’ils montrent

      Et Il n’aime pas les arrogants

 

 

Les deux parties sont similaires dans leur construction et les expressions qu’elles emploient. Reprise de créer au tout début des deux parties, répétition de « ce qu’ils cachent et ce qu’ils montrent » dans le dernier morceau, un morceau central unimembre avec Allah pour sujet. La seconde développe plus ses thèmes.

 

La première partie est focalisée sur Allah comme sujet (qui créé, Sa générosité, Il sait) alors que la seconde à pour sujet ceux qui nient la résurrection et ce qu’ils invoquent, c’est-à-dire leurs idoles. Si l’on regarde les deux premiers membres Allah est créateur et elles sont créées. Qu’elles ne créent rien est repris dans les deux parties. Elles n’ont semble-t-il d’existence que parce qu’elles sont invoquées par l’homme et comparées à Allah. Quand l’homme « ne se souvient pas » les idoles elles « ne perçoivent pas » la résurrection, à laquelle l’homme « ne croit pas », ne pouvant « mesurer la générosité d’Allah ».

 

On peut interpréter ici que l’arrogance de l’homme, sa volonté d’être plus grand que tout « moustakbiroun », l’amène à invoquer des idoles impotentes, plutôt que de contempler la générosité d’une divinité supérieure et la vie dernière et le jour du jugement. Ainsi la dénégation est dans « leur cœur ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1ere Séquence

 

1أَتَىٰ أَمْرُ‌ اللَّـهِ  فَلَا تَسْتَعْجِلُوهُ  سُبْحَانهُ  وَ تَعَالَىٰ عَمَّا يُشْرِ‌كُونَ يُنَزِّلُ الْمَلَائِكَةَ  بِالرُّ‌وحِ مِنْ أَمْرِ‌هِ عَلَىٰ مَن يَشَاءُ مِنْ عِبَادِهِ

أَنْ   أَنذِرُ‌وا أَنَّهُ لَا إِلَـٰهَ إِلَّا أَنَا فَاتَّقُونِ

3خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْ‌ضَ  بِالْحَقِّ تَعَالَىٰ عَمَّا يُشْرِ‌كُونَ  4خَلَقَ الْإِنسَانَ مِن نُّطْفَةٍ فَإِذَا هُوَ خَصِيمٌ مُّبِينٌ

               

 

 

5وَ الْأَنْعَامَ خَلَقَهَا لَكُمْ فِيهَا دِفْءٌ وَمَنَافِعُ وَمِنْهَا تَأْكُلُونَ  6وَ لَكُمْ فِيهَا جَمَالٌ حِينَ تُرِيحُونَ وَحِينَ تَسْرَحُونَ 7وَ تَحْمِلُ أَثْقَالَكُمْ    إِلَىٰ بَلَدٍ لَّمْ تَكُونُوا بَالِغِيهِ إِلَّا بِشِقِّ الْأَنفُسِ 

إِنَّ  رَ‌بَّكُمْ لَرَ‌ءُوفٌ رَّ‌حِيمٌ

8وَالْخَيْلَ وَالْبِغَالَ وَالْحَمِيرَ لِتَرْكَبُهَا وَزِينَةً  وَ يَخْلُقُ مَا لَا تَعْلَمُونَ 9وَعَلَى اللَّـهِ قَصْدُ السَّبِيلِ وَمِنْهَا جَائِرٌ وَلَوْ شَاء لَهَدَاكُمْ  أَجْمَعِينَ

 

   

 

10   هُوَ الَّذِي أَنزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً لَّكُم مِّنْهُ شَرَ‌ابٌ وَ مِنْهُ شَجَرٌفِيهِ تُسِيمُونَ 11  يُنبِتُ لَكُم بِهِ الزَّرْ‌عَ وَ الزَّيْتُونَ وَ النَّخِيلَ وَ الْأَعْنَابَ وَ مِن كُلِّ الثَّمَرَ‌اتِ  إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَةً لِّقَوْمٍ يَتَفَكَّرُ‌ونَ

12   وَ سَخَّرَلَكُمُ اللَّيْلَ وَالنَّهَارَ

وَ الشَّمْسَ وَالْقَمَرَ وَالنُّجُومُ مُسَخَّرَ‌اتٌ بِأَمْرِهِ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَآيَاتٍ لِّقَوْمٍ يَعْقِلُونَ 3 وَ مَا ذَرَأَ لَكُمْ فِي الْأَرْضِ مُخْتَلِفًا أَلْوَانُهُ إِنَّ  فِي ذَٰلِكَ لَآيَةً لِّقَوْمٍ يَذَّكَّرُ‌ونَ

 

 

 

14   وَ هُوَ الَّذِي سَخَّرَ الْبَحْرَ لِتَأْكُلُوا مِنْهُ لَحْمًا طَرِيًّا وَ تَسْتَخْرِجُوا مِنْهُ حِلْيَةً تَلْبَسُونَهَا  وَ تَرَ‌ى الْفُلْكَ مَوَاخِرَ فِيهِ وَ لِتَبْتَغُوا مِن فَضْلِهِ وَلَعَلَّكُمْ تَشْكُرُ‌ونَ

15  وَ أَلْقَىٰ فِي الْأَرْ‌ضِ رَ‌وَاسِيَ أَن تَمِيدَ بِكُمْ

وَ أَنْهَارًا وَ سُبُلًا لَعَلَّكُمْ تَهْتَدُونَ  16وَ عَلَامَاتٍ وَ بِالنَّجْمِ هُمْ يَهْتَدُونَ

 

 

 

17   أَفَ  مَن يَخْلُقُ كمَن لَّا يَخْلُقُ أَفَ لَا تَذَكَّرُونَ  18وَإِن تَعُدُّوا نِعْمَةَ اللَّـهِ لَا تُحْصُوهَا

      إِنَّ اللَّـهَ لَغَفُورٌ‌ رَّ‌حِيمٌ         

19   وَاللَّـهُ يَعْلَمُ مَا تُسِرُّونَ وَمَا تُعْلِنُونَ

 

 

 

20     وَالَّذِينَ يَدْعُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ لَا يَخْلُقُونَ شَيْئًا وَهُمْ يُخْلَقُونَ 21  أَمْوَاتٌ غَيْرُ أَحْيَاءٍ وَمَا يَشْعُرُونَ أَيَّانَ يُبْعَثُونَ

22   إِلَٰهُكُمْ إِلَٰهٌ وَاحِدٌ

فَالَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِالْآخِرَةِ   قُلُوبُهُمْ مُنْكِرَةٌ وَهُمْ مُسْتَكْبِرُونَ 23 لَا جَرَمَ أَنَّ اللَّهَ يَعْلَمُ مَا يُسِرُّونَ وَ مَا يُعْلِنُونَ إِنَّهُ لَا يُحِبُّ الْمُسْتَكْبِرِينَ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1ere Séquence

 

 

1 Il a donné un ordre, Allah, alors, ne le hâtez pas. Gloire à Lui, et Il surpasse ce à quoi ils associent. 2 Il descend les anges avec l’esprit, par Son ordre, sur qui Il veut de Ses serviteurs,

ainsi :  "Avertissez qu’il n’y a pas de dieu sauf Moi, alors devenez pieux".

3 Il a créé les cieux et la terre en vérité, Il surpasse ce à quoi ils associent. 4 Il a créé l’homme d’une goute, ensuite celui-ci devient un disputeur évident.

 

 

 

5 Et les bestiaux, il les a créés. En eux chaleur et avantages pour vous, et d’eux vous mangez. 6 Et pour vous en eux une beauté quand vous les ramenez et quand vous les sortez. 7 Et ils portent vos fardeaux vers une ville, que vous n’atteindriez pas sinon l’âme déchirée,

ainsi votre Seigneur est gentil et miséricordieux

8 Et les chevaux et les mules et les ânes, pour que vous les chevauchiez, et un ornement. Et Il créé ce que vous ne connaissez pas. 9 Et sur Allah, la direction du chemin, et de celui-ci un protecteur. Et s’il voulait, il vous guiderai tous ensembles.

 

 

 

10 C’est Lui qui descend l’eau du ciel, une boisson pour vous, de laquelle des herbes à pâturage 11 D’elle Il fait pousser pour vous la céréale, l’olive, la datte et le raisin, de tous les fruits. Il y a en cela des signes pour un peuple qui réfléchit

12 Et Il a assujetti pour vous la nuit et le jour. Le soleil et la lune et les étoiles, assujettis par Son ordre, en cela des signes pour un peuple qui use de logique

13 Et ce qu’Il multiplie pour vous sur terre, différentes ses couleurs, en cela des signes pour un peuple qui se rappel

 

 

 

14 Et c’est Lui qui assujetti la mer, que vous mangiez d’elle une viande fraiche, et en tiriez des parures que vous portez    Et vous voyez le navire la fendre, que vous cherchiez de Sa grâce, et afin que vous remerciiez   

15 Et Il a lancé dans la terre des sommets, qu’elle ne tremble avec vous. Et des rivières et des chemins, afin que vous vous guidiez

16 Et des indications. Et par les étoiles, ils se guident

 

 

 

17   Fi, qui créé, comme qui ne créé pas ? Fi, vous ne vous souvenez pas 18 Et si vous mesuriez la générosité d’Allah, Vous ne la compteriez pas

18   Certes Allah est gentil et miséricordieux

19   Et Allah sait ce que vous cachez, et ce que vous montrez

 

 

 

20   Et ceux qu’ils invoquent en dehors d’Allah, ils ne créent rien et eux-mêmes sont créés 21 Morts non vivants Et Ils ne perçoivent pas quand ils sont ressuscités

22   Votre Dieu un Dieu Unique

Quant à ceux qui ne croient pas en la dernière, leurs cœurs déniant et eux arrogants 23 N’est-il pas tranché qu’Allah sait ce qu’ils cachent et ce qu’ils montrent Et Il n’aime pas les arrogants

 

 

Les deux passages externes encadrent la partie, en particulier par la récurrence du verbe « créer », alors que c’est le verbe « sakhara », assujettir qui domine le passage central. Les centres des 4 parties externes se correspondent exactement, de manière concentrique, on observe une forme de chiasme : « pas de dieu sauf Moi / votre Seigneur est gentil et miséricordieux / votre Seigneur est gentil et miséricordieux / un Dieu Unique ». Indiquant par-là que le passage est construit sur une forme AB ( CC’) B’A’.

 

Les deux parties externes abordent le thème des idoles (ce à quoi ils associent/ce qu’ils invoquent en dehors d’Allah). Dans le premier la description de l’action d’Allah montre Sa supériorité aux choses de l‘univers, puisqu’il le créé et y insuffle son esprit, tandis que les idoles dans la dernière partie sont-elles mêmes créées. Et celui d’un homme disputeur et arrogant : il dispute l’ordre donné, ne considère ni sa création à partir de pas grand-chose, ni qu’il sera ressuscité, se détournant d’Allah en associant ou invoquant des choses matérielles. Ce rejet s’exprime en particulier sur la fin du monde et sa recréation, objet du premier ordre donné au début de la sourate, qui revient à la fin.

 

La seconde et la cinquième partie sont liées par la reprise du verbe créer et leur centre, ainsi que par certains thèmes : l’ornement se retrouve dans « ce que vous montré », la générosité d’Allah reprend toute la description de ce que l’homme trouve d’utile dans la création.

C’est toute la description précédente de la création qui donne son argument à la question « qui créé comme qui ne créé pas ? », insistant sur la différance entre une divinité à l’orgine des choses, et des divinités choisies parmi ce qui existe.

 

L’ordre d’Allah pour la fin du monde opère aussi la descente des anges (1ère partie) et le mouvement celeste (3e partie), la descente de l’esprit (1ere partie) se retrouve dans la descente de l’eau (3e partie). En retour, le mouvement des hommes avec leurs animaux vers une ville (2e partie) se retrouve dans le mouvement des hommes sur leurs bateaux (4e partie). C’est Allah qui guide les hommes sur leur chemin (2e partie), les hommes trouvent des signes dans ce qu’Il créé, en particulier dans les étoiles et les astres, qui marquent également le passage du temps (3e et 4e partie). Il y a aussi à manger et à boire (2e, 3e et 4e parties). Tout cela marque la grâce (fadl) et la générosité (na’ima) d’Allah. Dans le 15e verset, ces thèmes du mouvement et de la grâce sont réunis (« Et vous voyez le navire la fendre, que vous cherchiez de Sa grâce, et afin que vous remerciiez »), dans une invitation à voyager pour contempler la création et y trouver des signes vers Le Créateur.

 

Antoine Menant 24.08.2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Coran et la pensée de René Girard

Al Nahl – Analyse de la sourate

بِسْمِ اللَّـهِ الرَّ‌حْمَـٰنِ الرَّ‌حِيمِ

Sourate An Nahl

 

 

Plan de la sourate

 

Sequence 1

 

Allah descend les anges avec l’esprit            et créé les cieux et la terre en vérité

Il a créé les bestiaux                                       pour porter vos fardeaux vers un pays

 

Allah ordonne les choses                          pour que vous vous guidier

 

La générosité d’Allah est infinie,                   et il connait à travers l’apparence

Ils adorent ce qui est créé                             leurs cœurs sont arrogants

 

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Sequence 2

 

Ils confondent ce qu’Allah a fait descendre avec les légendes des anciens

Ils rejettent les messagers,                            comme les anciens avant eux

 

La promesse d’Allah                                       s’avérera sur eux

 

Vers Allah prient tous les animaux,               toute générosité vient de Lui

Ils attribuent à Allah                                      de ce qui a été créé pour eux

 

 

Sequence 3

 

Allah donne l’exemple des abeilles           qui suivent Son chemin         pour donner de la bonne nourriture.

Allah donne l’exemple de ceux                 qui ne partagent pas              Sa générosité

Allah donne l’exemple d’hommes            qui ne peuvent rien faire        et de celui qui suit Son chemin

 

Allah créé des protections pour les hommes,    qui ne croient pas         en Sa générosité

Allah envoie vers toute les communautés         des témoins

 

 

Sequence 4

 

Respectez l’alliance d’Allah

Lisez le Quran qu’Allah                         a descendu en vérité

 

Allah est misericordieux envers      ceux qui ont émigré

 

Mangez de ce qu’Allah                          a descendu de bon

Suivez l’engagement d’Abraham        sur le chemin des pieux

 

 

 

NOS OBJECTIFS

Ou les finalités de l’Islam, d’après notre lecture du Coran

Autodétermination de l’homme 

  • L’humanité vis et agit à partir des ressources de la nature (rizq, na3ima). Reconnaissance de l’apport de Dieu qui nous pousse vers le haut par les dynamiques internes à la nature. 
  • L’homme ne peut pas se satisfaire de profiter des apparences et de l’amour des richesses,  mais accepte cette poussée vers le haut de la vie, de l’intelligence. Refus du mondain (dunya) au profit du réel qui tend vers des réalités supérieures. 
  • L’homme ne doit pas se soumettre à des parties de la narure, ni à des systèmes sociaux, ni a des symboliques. Le ciel des idées doit être nourrit par l’homme, mais pas son maitre. Le refus de l’association c’est le refus de l’humanité de se souemttre à ce qu’elle a construit elle même. Le dieu monothéiste n’est pas une partie du réel mais un Dieu transcendant (unicité), qui nous permet à notre tour de transcender notre réalité.  Lire aussi :  Réification, aliénation, le capital comme ordre supérieur
  • L’homme voyage et se guide par les étoiles, les ruines des civilisations, la nature, le texte révélé : le ciel des idées permet à l’homme de s’orienter au delà du mondain. Les mots et l’intelligence permettent d’échanger au delà des déterminismes naturels ou sociaux.
  • L’homme part de la réalité naturelle, mais s’en extrait. L’homme part de la réalité sociale et la dépasse. Dialectique entre la nature et la société (IMMANENCE et TRANSCENDANCE Le chemin vers la liberté et l’autodétermination de l’humanité)
  • C’est seulement à travers Dieu que l’homme se met au service d’idéaux. Dieu qui leur donne leur cohérence. L’égalité, la justice, la vérité sont des principes metaphysiques, qui ont des fondements réels, sont révélés par la pratique. 

Al Khalifa : la responsabilité sur le monde

  • Par cette distance prise, au dessus la réalité, l’humanité essaye de surnager en haut du réel. (Sabi7). L’humanité progressivement devient capable de khalifa sur terre : prendre devant Dieu la responsabilité de la vie et de l’intelligence, accepter d’accomplir le projet de Dieu, l’Islam, le Royaume de Dieu.
  • La réalisation de l’humain vient par la réalisation du plan divin : le chemin vers l’autodétermination est le chemin vers une coordination adéquate de l’individu, du groupe, de l’humanité, de la vie sur terre. L’émancipation ne peut se faire que par la transformation de la société, et du rôle collectif dans la réalité de la vie sur terre. Rendu intelligible : CALIFAT ou OUMMA L’Islam comme sujet de l’histoire

Salam, l’homme est appelé à s’extraire des conflits.

  • Partage des fruits. – Patience, foi et actions salutaires – Respect de la vie
  • Remplacement des conflits mimétiques pour l’appropriation (médiation interne) par une communauté dont la finalité est le travail de la Terre (partageable) selon le projet divin (partagé => médiation externe)
  • La généricité adéquate, l’homme au service d’une communauté qui rend la vie de chacun possible, résout les questions d’identité (quelle identité entre les gens nécessaire) et permet le développement des particularismes. En retour l’homme particulier trouve dans la communauté un espace de développement adéquat.
  • Le conflit de classe pour le contrôle de l’appareil de production a pour finalité la gestion commune du travail et de la terre, qui trouve appui dans les contraintes individuelles et collectives du commandement divin.

Réalisation de l’homme

« Lève ta face vers la religion en hanif, la conception de Dieu selon laquelle il a conçu l’homme »

  • La pratique du système éthico-pratique du Coran force l’homme au travail sur lui-même, jihad al nafs. Lui sont révélés par cette pratique des mécanismes internes et sociaux, qu’il transforme. Début d’une certaine objectivité par le respect de soi, respect de l’autre, respect de la nature. La Taqwa: le respect de l’engagement.
  • Les limites naturelles testées et validées par le jeûne sont prises en compte tout en révélant la possibilité d’une certaine volonté propre. Agir par et pour soi. Les liens sociaux sont révélés également par : les interdits alimentaires (séparation de soi du groupe), le sabbat (séparation de soi de la production commune), la zakat (compréhension de l’autre et confrontation avec les problèmes du groupe social).

La oumma, résolution du conflit entre le groupe et l’individu

  • Découverte des limites de l’affranchissement solitaire de soi : les autres, l’ordre social. La normalité quotidienne. Nécessité d’une action collective.
  • Problème de la confrontation du groupe social par la mise en évidence de la vérité, la révélation des problématiques du fonctionnement social dans ses effets réels. Confrontation entre l’idéologie et le constat objectif. Schéma prophétique des difficultés à faire passer le message, changer la société humaine.
  • Mise en branle d’un groupe minoritaire par une pratique commune visant à transformer le groupe large : la oumma.
  • Transformer le monde réel par des pratiques dont la visée est en même temps émancipation de l’individu, la formation du collectif, la réalisation du projet. La fin se trouve dans les moyens mis en œuvre.
  • Constituer une communauté dont l’intérêt permette la généricité du groupe humain, visant la place adéquate de l’humanité entre Dieu et Nature. L’Islam.peut

collectif pour une conscience active de l'islam